Déploiement des entreprises algériennes en Afrique: Les banques, l’obstacle majeur

Liberté, 13 février 2019

“Les banques algériennes devraient développer des produits export et des partenariats avec des banques africaines”, recommandent les opérateurs algériens tout en plaidant pour ”un plus grand assouplissement de la réglementation”.

“Les entreprises algériennes sont-elles prêtes à l’exportation ?” a été la grande question soumise au débat initié, lundi en fin de journée à Alger, par le “Club Export” de World Trade Center (WTC) piloté par Ahmed Tibaoui, en sa qualité de CEO. M. Tibaoui a rappelé dans son discours inaugural que “l’année 2019 est décrétée par les pouvoirs publics comme celle de l’export”, ce qui donne au débat toute sa pertinence notamment en ces temps de crise financière. “Nous sommes si peu présents en Afrique”, dira
M. Tibaoui qui est également vice-président du FCE, pour donner le ton à une préoccupation majeure à même de permettre à l’économie algérienne de se diversifier et de s’affranchir de la dépendance des hydrocarbures. Le Club Export représente, ainsi, l’occasion propice pour les experts du domaine et les opérateurs algériens pour exposer les enjeux, l’attractivité et d’autres approches qui concernent le “déploiement des entreprises algériennes en Afrique”. Un échange dont il ressort en substance la présentation d’expériences assez encourageantes, voire des success stories pour certaines entreprises algériennes pionnières dans l’externalisation dans les pays africains à l’image du groupe Al-Mokadem (AMD), et ce, en dépit de toutes les entraves. Il n’en demeure pas moins que parler “export” aujourd’hui c’est évoquer un niveau qui demeure au stade du balbutiement, compte tenu des difficultés rencontrées comme souligné par les opérateurs algériens. Ces derniers relèvent “des obstacles bancaires comme écueil majeur” sans occulter d’autres paramètres, à l’image des taxes douanières et de la rigidité du contrôle des changes. Bruno Messerschmitt de Ernst and Young, une société d’avocats spécialisés, entre autres, dans la fiscalité, le droit des affaires et la mobilité internationale, a présenté, à l’occasion, le rapport 2018 qui couvre l’année 2017 et inhérent à l’attractivité industrielle de l’Afrique. Il parle d’une augmentation de 6% en termes d’IDE avec 784 projets. L’orateur évoque, ainsi un regain d’intérêt après avoir constaté une baisse en 2016 et affirme que “la tendance vers la hausse se poursuivra pour 2018”. C’est donc au vert que sont les clignotants en Afrique. Ils sont annonciateurs “de très bonnes perspectives jusqu’en 2020 du moins” comme souligné par Messerschmitt qui cite les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France en haut du podium en nombre de projets avec l’apparition de l’Allemagne qui se place sur l’échiquier. Mais en termes de volume, la Chine demeure l’investisseur le plus important (40%) ou encore l’Afrique du Sud qui est rattrapée par le Maroc. Des indications précises et révélatrices de changements autant d’acteurs économiques que sur les produits à commercialiser et leur provenance. Ce qui devrait donner à réfléchir aux Algériens qui, selon les experts participants, détiennent de nombreux atouts à même de leur permettre de constituer un partenaire économique de choix. “Les banques algériennes devraient développer des produits exports et des partenariats avec des banques africaines”, recommandent les opérateurs algériens tout en plaidant pour “un plus grand assouplissement dans la réglementation”. D’autres rappelleront l’existence du Fonds spécial des exportations (FSPE) et évoquent la nécessité de revoir ses mécanismes de fonctionnement. Il a été question aussi d’un déficit flagrant en termes d’informations et de communication entre opérateurs algériens et communautés d’affaires dans les pays d’Afrique surtout que nous nous dirigeons vers l’élaboration de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). 

Nabila Saïdoun