Ali Benflis dénonce “les forces anticonstitutionnelles”, marque sa différence avec Ali Ghediri

Hassane Saadoun, TSA,  10 février 2019

Ali Benfllis n’a pas encore tranché sur sa candidature à la présidentielle d’avril prochain. « Nous préparons le dossier complet, nous le présenterons au Comité central (du parti), avec un rapport détaillé sur la situation du pays et ce à quoi nous nous attendons lors de ces élections et ça sera au Comité central, qui est souverain entre deux congrès du parti, de prendre une décision », a déclaré ce dimanche le président de Talaie El Hourriyet sur TSA Direct.

Et d’ajouter : « Nous avons à Talaie El Hourriyet deux courants, il y a ceux qui souhaitent la participation en tant que parti et en tant que soutien au président du parti et ceux qui préfèrent le boycott et ne lient absolument pas ceci à ce qui est appelé le cinquième mandat », a-t-il expliqué. 

« Le premier mandat pour les forces non-constitutionnelles »

Ali Benflis s’est dit inquiet quant à l’éventualité de la candidature de Bouteflika. (Le président a annoncé sa candidature en début d’après-midi, après le passage de Benflis sur TSA Direct).

« S’il y a un cinquième mandat, il ne sera pas pour le président Abdelaziz Bouteflika mais pour les forces non-constitutionnelles qui ont pris le contrôle du destin de notre pays et ceci est un grand danger », a-t-il dit à ce sujet.

Ces forces « non-constitutionnelles », sont, selon lui « l’argent sale » et « ceux qui se sont empêtrés dans des positionnements politiques irresponsables ».

« S’il y a un cinquième mandat, ça sera le premier mandat pour les forces non-constitutionnelles», selon Benflis pour qui le président est « absent depuis 7 ans ». Cette situation « pousse l’Algérie vers l’inconnu » et en fait « la risée du monde », a-t-il dénoncé.

Un cinquième mandat de Bouteflika et des élections qui ne seraient pas « propres », risquent de plonger l’Algérie « dans l’inconnu », a averti Benflis, expliquant que ces « comportements » qui veulent imposer le candidat Bouteflika « ne sont pas novembristes » et « n’auraient eu l’accord du Président si celui-ci était conscient. »

« Comment, avec un quatrième mandat qui se termine sur des difficultés, l’émission d’argent sans contrepartie, la harga, un déficit budgétaire et la désillusion de tout le peuple algérien, veulent-ils un cinquième mandat ? », s’est interrogé M. Benflis.

Pour lui, la « continuité » à laquelle appellent les partis du pouvoir est celle « de la corruption, de l’inacceptable, de la harga et du pillage ».

L’ancien chef de gouvernement a dressé un bilan plus que négatif des quatre mandats de Bouteflika à la tête du pays. « En 20 ans, l’Algérie a dépensé 1000 milliards de dollars mais l’économie est en faillite, l’agriculture est en retard et la gouvernance n’existe pas », a-t-il constaté, ajoutant qu’avec l’argent dépensé, « s’il y avait une bonne gouvernance, il aurait été possible de réaliser trois à quatre fois ce qui a été fait ».

Tirant à boulets rouges sur les institutions qui sont, selon lui, « des appendices » de l’administration, Benflis a émis des doutes quant à la régularité des élections à venir. « J’ai pitié de cette instance. Comment vais-je l’appeler ? Un appendice du ministère de l’Intérieur. Elle n’a pas de prérogatives », a-t-il dit à propos de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (Hiise).

Le président de Talaie El Hourriyet a critiqué les médias publics dont il se dit privé. « Nous sommes privés des médias publics, payés par les impôts que nous payons tous », a-t-il dénoncé, ajoutant que ces médias publics sont devenus « un habous du pouvoir ».

« Aucune objection » à une candidature unique de l’opposition

Ali Benflis a affirmé avoir eu des contacts avec Abdallah Djaballah. Ce dernier veut, selon lui, « rassembler ce qu’il peut pour atteindre cet objectif (de candidat unique de l’opposition) ». Une « idée juste », sur laquelle Djaballah « travaille avec de bonnes intentions car il veut le bien du pays », selon Benflis qui n’a « aucune objection » à la désignation d’un candidat unique de l’opposition s’il y a un « accord sur un candidat ».

Lors de son intervention, Ali Benflis s’est montré aussi incisif contre le pouvoir que conciliant avec les acteurs de l’opposition. Après avoir encensé Djaballah, il a défendu le « droit constitutionnel » du FFS et du RCD à appeler au boycott des élections.

Le boycott est « un droit civil, civique et politique », a insisté Benflis, ajoutant que « ceux qui décident de boycotter l’élection ont non seulement le droit mais ils ont également le droit d’avoir des salles pour expliquer pourquoi ils boycottent. « Ceux qui critiquent les partisans du boycott s’attaquent à la démocratie », a-t-il estimé.

Concernant la candidature d’Ali Ghediri à la présidentielle, Ali Benflis a affirmé que le général-major à la retraite « est un Algérien qui jouit de tous ses droits. Il expose aux Algériens son opinion et il en a le droit ».

Le président de Talaie El Hourriyet ne partage pas l’idée de « rupture » à laquelle appelle Ali Ghediri. Pour lui, « il est nécessaire que les Algériens s’unissent de leur propre volonté et non en les convoquant à une conférence et en leur dictant ce qu’ils ont à dire ».

Ali Benflis a profité de son intervention pour répondre à Ahmed Ouyahia qui a mis en garde l’opposition contre le recours à la rue. « Le recours à la rue est « un droit constitutionnel. Si quelqu’un veut exprimer son opinion en ayant recours à la rue, où est le problème ? », a-t-il affirmé. Il a dit « enrager », quand il voit « des enseignants organiser des manifestations pour réclamer leurs droits et qu’ils se voient répondre par la matraque ».