Le message de candidature de Abdelaziz Bouteflika

TSA,10 février 2019

Voici le message à la nation de M. Abdelaziz
Bouteflika, pour l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle du 18 avril prochain.

“MES CHERS COMPATRIOTES,

II y a cinq années, vous m’avez porté à la Magistrature suprême pour
poursuivre le processus de construction nationale. Ce choix exprimé par une
large majorité, reflétait sans doute votre attachement à une £uvre
nationale marquante, autour de laquelle j’ai eu le privilège de rassembler
vos convictions et de mobiliser vos énergies.
En effet, dès ma première investiture à la tête de notre pays, je me suis
consacré à éteindre le brasier de la Fitna, à rassembler de nouveau une
nation meurtrie par la tragédie nationale et à engager la reconstruction
d’un pays ébranlé par une crise multiforme.
Ce défi a d’abord été relevé avec la Concorde civile, puis consolidé par
la Réconciliation nationale que vous avez décidée souverainement. Grâce à
ces choix historiques, la sécurité et la sérénité ont été rétablies dans
notre pays, les blessures se sont cicatrisées et la fraternité est revenue
au sein de la société. La voix de l’Algérie s’est de nouveau faite entendre
avec force sur la scène internationale, et la Réconciliation nationale est
devenue un exemple pour de nombreuses nations dans le monde.
Dans la paix restaurée, le pays est devenu un vaste chantier, après une
période difficile d’ajustement structurel économique et social douloureux.
Les réformes se sont succédé dans de nombreux domaines, notamment ceux de
la justice, de l’éducation, de l’administration et de l’économie. La
démocratie ainsi que les droits et les libertés des citoyens ont enregistré
de grandes avancées, consolidées par la dernière révision
constitutionnelle.
Dans le domaine économique, l’Algérie a conforté sa souveraineté, grâce à
un désendettement massif, à l’accumulation de réserves de change et à la
constitution d’une épargne publique appréciable. Ce sont ces facteurs qui
nous ont permis de faire face à l’effondrement des prix du pétrole ces
dernières années, et de poursuivre ainsi notre processus de développement.
L’Algérie a également engagé des programmes massifs de construction
d’infrastructures de base. Parallèlement, les réformes et les incitations
publiques ont permis des progrès indéniables dans la diversification de
l’économie et les exportations hors hydrocarbures.
Au plan social, la situation s’est améliorée sensiblement. On le constate
à travers le recul du chômage, la prise en charge effective de nos
concitoyens en matière d’habitat, sur tout le territoire national, la large
satisfaction des besoins des citoyens en eau et énergie, ainsi que par le
triplement du nombre de nos enfants, filles et garçons, présents dans les
écoles, les centres de formation, les instituts et les universités. Par
voie de conséquence, l’indice du développement humain a atteint des niveaux
remarquables dans les comparaisons internationales.
La progression dans le développement a été accompagnée d’une évolution
qualitative des fondements de la société. Ainsi, l’unité nationale a été
confortée par la promotion de tamazight comme l’un des piliers de notre
identité nationale aux côtés de l’Islam et de la langue arabe. De même, la
femme a vu sa place et son rôle en politique et dans le monde du travail,
rehaussés à la mesure de sa contribution à la libération du pays et à la
construction nationale.
Ainsi, avons-nous veillé à ce que notre jeunesse s’investisse davantage
dans l’appropriation de son avenir par l’acquisition massive de la science
et des connaissances, ainsi que par l’accès continu à la sphère productive
et décisionnelle dans tous les domaines.
Comme l’on a consacré notre plus grande attention à notre communauté
nationale établie à l’étranger, compte tenu de son rôle historique
remarquable dans la Glorieuse révolution et son attachement inconditionnel
à la patrie. Et à cette occasion je réitère la poursuite des engagements de
l’Etat dans la sauvegarde des droits légitimes de notre communauté
nationale, et la prise en charge de ses préoccupations, tout en veillant à
son implication dans développement national.
Nous avons également modernisé l’Armée nationale populaire, digne
héritière de l’Armée de libération nationale, ce qui permet à notre pays de
garantir sa sécurité, dans le contexte de crises et de conflits qui
secouent notre région.
Je saisis cette occasion pour renouveler l’expression de reconnaissance et
de gratitude de la nation à tous les éléments de nos forces armées que je
salue, Commandement, Officiers, Sous Officiers et Djounoud et tous ceux qui
ont servi l’Algérie à travers cette glorieuse institution avec ferveur,
fidélité et abnégation, et pour dire les sentiments de respect et de fierté
que nous vouons à tous les corps de sécurité et corps constitués. Prions
tous, maintenant, à la mémoire des martyrs du devoir national, qui ont
donné leurs vies pour que notre peuple jouisse aujourd’hui de la stabilité,
la sécurité et la quiétude, dans la République qui est le produit de la
Glorieuse Révolution de Novembre.
Au niveau international, l’Algérie est désormais, et le demeurera, un
partenaire stratégique de nombreuses puissances actives dans le monde, en
même temps qu’elle assume un rôle d’avant-garde dans les sphères auxquelles
elle appartient, avec son palmarès riche et ses positions constantes.

MES CHERS COMPATRIOTES,

Ce sont sans doute, les avancées quÆa réalisé notre pays et la conscience
des citoyens des enjeux et difficultés qui le guettent, qui ont amené, ces
derniers mois, de nombreuses voix au sein de la classe politique et de la
société civile à encore me solliciter pour poursuivre ma mission au service
de la patrie.
Je voudrais exprimer, ici, ma profonde reconnaissance aux auteurs de ces
appels dont j’ai perçu les attentes. Ils me rassurent que je n’ai pas déçu
la majorité de notre peuple, même si je n’ai certainement pas concrétisé la
totalité de mes engagements envers lui, ni encore moins satisfait toutes
ses attentes et ses ambitions qui sont grandes.
Dans le même temps, je suis conscient que notre pays a encore de grands
chantiers à prendre en charge et à parachever et de grands défis à relever.
Bien sûr, je n’ai plus les mêmes forces physiques qu’avant, chose que
je n’ai jamais occultée à notre peuple, mais la volonté inébranlable de
servir la Patrie ne m’a jamais quitté et elle me permet de transcender les
contraintes liées aux ennuis de santé auxquels chacun peut être un jour
confronté.
Cette volonté et mon engagement au service de la Patrie se nourrissent
d’un attachement indéfectible au serment que j’ai fait aux glorieux
chouhada et partager avec les vaillants moudjahidine, mes compagnons dans
la lutte de libération nationale.
C’est dans ce contexte, en réponse à toutes les sollicitations et dans un
esprit de continuité dans l’accomplissement d’un devoir ultime, que
j’annonce aujourd’hui ma candidature à l’élection présidentielle du mois
d’avril prochain.

MES CHERS COMPATRIOTES,

En cette occasion, permettez-moi de partager avec vous quelques réflexions
sur les contraintes et les exigences auxquelles notre pays devra faire
face, les défis qui s’imposent à nous et les moyens de les relever.
Les progrès accomplis sur la voie du développement économique, social et
culturel ont fait apparaître de nouvelles exigences et de nouvelles
ambitions dans notre société, en particulier chez nos jeunes générations,
ouvertes sur le monde et fortement désireuses de participer activement au
développement de leur Patrie.
Les défis sont ceux liés à la consolidation d’une société de progrès, de
justice et d’équité, politiquement consensuelle et socialement inclusive,
fondée sur une économie productive et compétitive, progressivement
débarrassée, sur le plan budgétaire et financier, de la dépendance
excessive à l’égard des hydrocarbures.
Sur la voie de la construction de cette société, nous devons aujourd’hui
faire face à de multiples contraintes, notamment celles liées à la
croissance de la population, à la multiplication des besoins à satisfaire,
à l’érosion de nos ressources financières extérieures, aux incertitudes de
lÆéconomie mondiale, aux troubles régionaux et internationaux, mais
également à l’apparition dans notre société de comportements contraires aux
principes d’intégrité et au valeurs morales de respect du travail et du
sens de l’effort.
La prise en charge de ces exigences, défis et contraintes nécessite
d’abord, des avancées supplémentaires dans les divers champs de la
gouvernance, de la croissance économique et du développement socio-éducatif
et culturel.
Cependant, c’est surtout dans la conjonction de nos volontés et de nos
énergies et leur mise au service de l’intérêt national que nous pourrons
réussir la mutation vers cette société de progrès, de justice et d’équité,
à laquelle nous aspirons tous.
C’est fort de cette conviction que j’ai appelé, depuis plusieurs mois
déjà, les forces de la Nation à faire émerger un consensus patriotique et
politique qui leur permettra de mieux se mobiliser ensemble pour préserver
nos acquis, défendre nos intérêts supérieurs et permettre au pays de
continuer à progresser dans l’unité et la stabilité, au milieu d’un
environnement régional fortement perturbé et dans une conjoncture
internationale lourde d’incertitudes.
Ma conviction est que le consensus est une vertu cardinale, grâce à
laquelle notre peuple a pu assurer la cohésion dans ses rangs pour relever
des défis majeurs, comme celui de la glorieuse Révolution de Novembre, et,
plus proche de nous, ceux de la Concorde Civile et de la Réconciliation
Nationale.
Aussi, si vous m’honorez de votre confiance précieuse, le mois d’avril
prochain, j’inviterai dès cette année toutes les forces politiques,
économiques et sociales de la Nation à une Conférence nationale consacrée à
la concrétisation du consensus sur les réformes et les changements que
notre pays devra engager en vue d’aller plus loin dans la construction de
son devenir et de permettre à nos concitoyens de continuer à vivre
ensemble, de mieux en mieux, dans la paix et la prospérité.

MES CHERS COMPATRIOTES,

Permettez-moi de vous expliciter, maintenant, les motivations de cette
Conférence ainsi que les missions dont elle sera investie.
Je vous ai rappelé les réalisations que nous avons déjà concrétisées
ensemble dans les domaines de la paix, de la concorde, des réformes et du
développement. Ces réalisations demeurent à parfaire, notamment pour
rétablir et consolider la confiance des citoyens dans les institutions,
raffermir l’Etat de droit et la bonne gouvernance, et conforter un
développement économique fondé sur la justice sociale et l’affirmation
d’une économie nationale d’initiative, productive et compétitive.
Les réformes politiques que j’ai engagées depuis 2011 visent la
consolidation de la confiance des citoyens en leurs institutions, à
travers, en premier lieu, la garantie d’une transparence des scrutins et la
dynamisation de notre jeune démocratie pluraliste pour qu’elle puisse
désormais proposer des alternatives crédibles aux électeurs. Elles visent
également le renforcement du contrôle du parlement sur le pouvoir exécutif
et la consécration de l’obligation de rendre compte pour tous les
responsables, et à tous les niveaux, mais aussi, la concrétisation d’un
rôle plus actif que la Constitution reconnaît à l’opposition au sein du
parlement.
Consolider la confiance des citoyens dans les institutions, nécessite
également des réponses plus adaptées aux aspirations de notre jeunesse, qui
parfois se tient loin de la vie politique et dont certains éléments
choisissent même de recourir à des tentatives d’exil, extrêmes et
suicidaires. C’est pourquoi nous devons assurer une présence plus forte des
jeunes dans les instances exécutives et dans les assemblées élues, pour
définir et mettre en oeuvre des réponses à leurs attentes.
Par ailleurs, pour raffermir l’Etat de droit et la bonne gouvernance, il
nous faut d’abord vaincre le fléau de la bureaucratie grâce à une
modernisation et à une décentralisation accrue de l’administration
publique, mais il nous faut aussi renforcer la contribution des citoyens à
la gestion des affaires locales à travers la mise en place de mécanismes de
démocratie participative, pour plus d’efficience dans la gestion du service
public et sa pérennité.
Mais raffermir l’Etat de droit, c’est surtout consolider l’indépendance de
la Justice, et assurer une plus grande mise en £uvre de ses décisions.
C’est aussi progresser davantage dans la lutte contre la corruption par le
renforcement des organes chargés de cette mission ainsi que par une plus
grande implication de la société civile dans ce combat.
Dans le domaine économique, nous devons approfondir les réformes
structurelles et financières, pour faire face aux difficultés
conjoncturelles actuelles et travailler à impulser une nouvelle dynamique
de croissance, plus dense et plus compétitive. A cette fin, tous les
changements nécessaires devront être introduits sans dogmatisme aucun, avec
le concours du secteur public, du capital privé national et du partenariat
étranger, et avec comme seule référence l’efficacité et la performance, la
création d’emplois et l’augmentation des revenus du pays.
Dans le domaine social enfin, nos principes de justice et d’équité sont
des constantes nationales dont la concrétisation nécessitera des mises à
niveau pour améliorer le pouvoir d’achat des citoyens et garantir la
pérennité de notre système de protection sociale.
Mais ce que nous souhaitons réaliser dans les domaines politique,
économique et social ne peut véritablement être atteint que si nous
travaillons à améliorer la gouvernance aussi bien dans les institutions et
administrations de l’Etat que dans le secteur des entreprises, publiques et
privées. D’où l’intérêt particulier que nous devons absolument accorder à
l’émergence aux postes de responsabilité et de gestion d’une ressource
humaine de qualité, formée, qu’il faut absolument encourager et protéger.
Ce sont là quelques unes des préoccupations dont la Conférence nationale
pourra débattre pour proposer des solutions ralliant le consensus le plus
large possible.
Outre l’élaboration d’une plate forme politique, économique et sociale, la
Conférence nationale pourra aussi proposer un enrichissement profond de la
Constitution, dans le respect de ses dispositions relatives aux constantes
nationales, à l’identité nationale et au caractère démocratique et
républicain de l’Etat.
Les propositions que dégagera la Conférence Nationale me seront soumises
pour leur concrétisation par les voies appropriées.

MES CHERS COMPATRIOTES,

Tel est donc le message que j’ai tenu à vous transmettre aujourd’hui, à la
fois pour vous annoncer ma candidature à l’élection présidentielle du mois
dÆavril prochain, mais aussi pour vous faire part de mon intention sincère
d’associer toutes les forces nationales, politiques, économiques,
associatives et syndicales à la poursuite de la construction de notre
démocratie.
Ce faisant, j’appelle à faire prévaloir tout ce qui rassemble sur ce qui
nous différencie les uns des autres dans le respect du pluralisme des
visions, et j’aspire à voir l’Algérie, démocratique et pluraliste, s’unir
davantage, avec force et avec efficacité, pour progresser encore plus dans
la construction de son avenir.
MES CHERS COMPATRIOTES,
Oui Avec Vous et Pour Vous !
Nous Poursuivrons lÆEdification dans la Fidélité !
Gloire A nos martyrs,
Vive l’Algérie.”