Face à la pression de l’extrême droite: Pas de ruelle au nom de Frantz Fanon, à Bordeaux

Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, 9 février 2019

Frantz Fanon n’aura pas de ruelle à son nom à Bordeaux. En effet, le maire de la ville, Alain Juppé, a décidé, jeudi dernier, de surseoir à la décision du Conseil municipal de donner le nom du militant de la Cause algérienne, à une sente d’un nouveau quartier de la ville, face à la pression de l’extrême droite et des nostalgiques de l’Algérie française.

Le Conseil municipal avait décidé de baptiser cette ruelle, sise dans le quartier de Ginko, à l’issue de sa délibération, le 17 décembre 2018, sous la présidence d’Alain Juppé, afin «de faire connaître le sens profond de l’engagement de Frantz Fanon, à tous les habitants des quartiers de cette ville, notamment les jeunes». La décision a été adoptée à la majorité alors que le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen a voté contre, rappelle-t-on. L’édile, et dans un communiqué rendu public, a exprimé sa compréhension devant le choix du nom du psychiatre et essayiste qui «suscite des incompréhensions, des polémiques, des oppositions», expliquant que «la dénomination des voies de notre commune doit être l’occasion de rendre hommage à des personnalités qui incarnent des valeurs partagées». Mais, face à la montée d’associations de l’extrême droite qui ont dénoncé la délibération du Conseil municipal et demandé au maire de revenir sur cette décision, Alain Juppé a, donc, décidé «dans un souci d’apaisement (…) de surseoir à cette proposition». L’opposition municipale, avec le RN ainsi que des internautes ont critiqué le choix de la Commission municipale de dénomination des rues, soulignant la proximité de l’écrivain avec le FLN. «La majorité d’Alain Juppé, soutenue par les élus socialistes et écologistes, en nommant une rue de Bordeaux ‘Frantz Fanon’, rend hommage à un homme qui a pris, il y a 60 ans, fait et cause avec le terrorisme algérien», a dénoncé le conseiller RN, François Jay.

Né en 1925 à Fort-de-France, dans une famille de la petite bourgeoisie martiniquaise, Frantz Fanon a soutenu sa thèse de doctorat en psychiatrie, en 1951. Il publie alors ‘Peau noire, masques blancs’, dans lequel il analyse «l’aliénation» du colonisé. En 1953, il devient médecin-chef d’une division de l’hôpital psychiatrique de Blida, qui porte actuellement son nom, où il introduit des méthodes modernes de «sociothérapie» ou «psychothérapie institutionnelle».

Au début de la guerre de Libération nationale, en 1954, Frantz Fanon s’engage au sein du FLN, remettant sa démission de médecin-chef de l’hôpital de Blida, en Novembre 1956. Expulsé d’Algérie, en janvier 1957, il décide alors de rompre avec sa nationalité française, en se définissant comme Algérien et rejoint le FLN, à Tunis. En mars 1960, il a été nommé ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne, au Ghana. Il décède le 6 décembre 1961, dans un hôpital militaire de la banlieue de Washington aux Etats-Unis, des suites d’une leucémie.