Corruption et dilapidation de deniers publics: Les chiffres alarmants de la DGSN

Liberté, 7 février 2019

Des statistiques pour les 11 wilayas du Centre renseignent sur l’ampleur de la corruption, la dilapidation des deniers publics et autres formes de malversations.

Rien ne va plus dans les entreprises publiques et les administrations où les faits liés à la corruption, au détournement des deniers publics et au blanchiment d’argent enregistrent, d’année en année, une augmentation inquiétante. Mieux, les différents arsenaux législatifs et les mécanismes de prévention et de lutte contre ces fléaux ne semblent pas dissuader les auteurs mis en cause à accomplir leurs besognes, d’une part, et montrent, un peu plus chaque jour, leurs limites au vu des modes opératoires que même les enquêteurs aguerris n’arrivent pas à déceler pour élucider les affaires traitées, d’autre part. En témoignent les chiffres avancés, hier, dans une conférence de presse consacrée au bilan de l’année 2018, par l’inspection régionale qui couvre 11 wilayas du centre du pays. D’emblée, le contrôleur de police, Rabah Mahmoud, a révélé que ses services ont traité 3 977 affaires liées au crime économique et financier, soit une augmentation de 11,78% par rapport à l’année 2017 où la DGSN avait enregistré 3 558 cas. Selon le conférencier, les enquêteurs ont réussi à élucider 2 777 affaires, soit 69,83%, et ont procédé à l’arrestation de 3 719 individus. Cette augmentation est perceptible dans le Top-5 des wilayas où les crimes économiques et financiers sont devenus monnaie courante, à l’image d’Alger qui occupe la tête de ce sinistre hit-parade avec 1 730 affaires, soit 60,75% de la totalité des crimes, suivie de Blida (660 cas), Tizi Ouzou (389), Chlef (347) et Bouira (211). Dans le détail, et pour la première fois, les mêmes services ont indiqué que les crimes commerciaux s’élèvent à 14 568 cas, alors que les crimes inhérents aux infractions des lois de prévention et de lutte contre la corruption sont de l’ordre de 115 cas. En ce sens, l’inspection régionale a révélé que 78 cas sont directement liés au détournement et à l’usage illégal de l’argent du Trésor public, 26 à l’abus d’autorité et 11 autres à la corruption en flagrant délit de fonctionnaires. Quant aux crimes financiers, le faux et usage de faux domine la tendance avec 302 cas, dont 217 affaires ont été élucidées, alors que l’escroquerie (501 cas), le blanchiment d’argent (3) et le trafic de faux billets de banque (295) ont enregistré une hausse sensible. Les statistiques, qui concernaient 11 wilayas du Centre, nous renseignent des dégâts que causent encore la corruption, la dilapidation des deniers publics et autres formes de malversations à travers les autres régions du pays. Car, pour le moment, seule l’inspection régionale du Centre a fait référence aux faits de corruption. Les autres ont abordé tous les aspects liés à la Police judiciaire et à la sécurité publique, sauf cette “épidémie” dont les formes et les typologies se multiplient à une grande vitesse. Car, les chiffres de la Sûreté nationale montrent, si besoin est, à quel point les entreprises publiques et les administrations couvent toutes sortes de manifestations de corruption, comme les pots-de-vin, le détournement de fonds publics, l’impunité qui prémunit des fonctionnaires qui abusent de leur fonction et le trafic d’influence. Du reste, la lutte contre la corruption n’est pas du seul ressort d’un seul corps de sécurité, d’un observatoire ou encore d’une instance juridique, mais d’une volonté politique du gouvernement et sa capacité à endiguer ce phénomène à travers l’application des mécanismes efficaces d’intégrité dans le secteur public, la lutte contre les contraintes bureaucratiques abusives, la poursuite pénale contre les fonctionnaires corrompus et l’implication de la société civile.

Ce que le ministre de la Justice, Tayeb Louh, a élagué devant le Parlement, arguant le fait que le pays “ne se souciait guère de ce qu’on rapporte par-ci par-là quant au classement de l’Algérie dans les rapports de certaines ONG. Nous nous intéressons uniquement à l’évaluation onusienne”. Une réponse qui sonnait clairement comme une réponse à l’Indice de perception de la corruption récemment rendu public par Transparency International et qui avait classé notre pays à la 105e place sur 180 pays, estimant que l’Algérie est à la traîne par rapport à d’autres qui ont pris en considération ces précédentes recommandations.

FARID BELGACEM