La Coface maintient le classement «risque élevé» pour l’Algérie

Nadjia Bouaricha, El Watan, 06 février 2019

Dans son baromètre annuel sur les grandes tendances de l’économie mondiale, la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface) relève que «de nombreux risques politiques resteront à surveiller cette année dans le monde émergent, en particulier en Afrique, où les populations ont désormais davantage de moyens d’exprimer leurs frustrations (triplement du taux d’accès à internet depuis 2010) dans un contexte de calendrier électoral chargé».

La Coface cite l’Algérie parmi les pays où ces risques politiques sont à surveiller, à l’instar du Nigeria et de l’Afrique du Sud.

L’organisme français s’attend à une candidature de Bouteflika «malgré son état de santé» en notant que «la période de faible croissance que traverse l’Algérie a commencé à avoir des répercussions sur le plan social.

En dépit d’une politique distributive au détriment de la consolidation budgétaire, les manifestations tendent à se multiplier».

En termes de perspectives économiques, et pour la troisième année consécutive, l’Algérie garde le classement C dans le baromètre de la compagnie d’assurance. Dans son baromètre annuel des risques pour 161 pays, la Coface attribue la catégorie C qui correspond à un risque «élevé» et dans laquelle les perspectives économiques et financières sont incertaines, l’environnement des affaires comporte d’importantes lacunes et la probabilité moyenne de défaut des entreprises est élevée.

Dans son voisinage immédiat, l’Algérie partage avec la Tunisie la même catégorie de classement, alors qu’elle arrive bien après le Maroc qui a obtenu la note A4 et l’Egypte qui a eu la note B. Dans le classement africain, l’Algérie est à la 15e place qu’elle partage avec la Tunisie, l’Angola, le Burkina Faso, le Cameroun, Djibouti, l’Ethiopie, le Gabon, la Guinée, le Niger, le Nigeria, l’Ouganda, le Congo, Sao Tomé-et-Principe, la Tanzanie et le Togo.

Dans ses perspectives pour l’année 2019, la compagnie d’assurance française prévoit une croissance modérée pour l’Algérie en notant que si la moyenne hausse des prix des hydrocarbures en 2018 lui a permis de poursuivre sa politique de soutien à l’activité, il faut s’inquiéter de la baisse du volume de production d’hydrocarbures.

La production est «pénalisée par le manque d’investissements et l’arrivée à maturité des champs», explique le document de la Coface en suggérant au gouvernement de «mettre en place la nouvelle loi sur les hydrocarbures afin d’attirer les investissements étrangers».

Ceci en notant que «la diversification des sources et modes de production avec le développement de l’offshore et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels devrait permettre au secteur de retrouver un nouveau souffle».

La Coface prévoit toutefois un ralentissement au cours de cette année dans l’activité énergétique en Algérie en dépit d’un marché pétrolier pourtant favorable aux exportateurs d’hydrocarbures.

Dans ce contexte de fragilité économique en pleine échéance électorale, la Coface relève une poursuite dans l’augmentation des transferts sociaux. «Les transferts sociaux devraient en effet augmenter, ce qui soutiendrait la consommation des ménages, mais les dépenses d’investissements publics devraient marquer le pas», indique le rapport.

Ceci, associé à «un ralentissement de l’économie hors hydrocarbures, notamment des secteurs fortement dépendants de la dépense publique et un climat des affaires peu favorable devrait continuer à pénaliser l’investissement privé».

Sur le plan budgétaire, la Coface indique que la dette publique devrait augmenter en conséquence tout en restant majoritairement domestique, de même que l’«inflation devrait se stabiliser, mais à un niveau élevé. La politique de financement non conventionnel mise en place en septembre 2017 se poursuivrait pour répondre au besoin de financement de l’Etat».

En outre, «les réserves de change, qui représentent 16 mois d’importations en 2018, continuent de s’éroder, mais à un rythme moins rapide».

Le même rapport qualifie le climat des affaires de «problématique» dans les points faibles de l’économie nationale, au même titre que la forte dépendance aux hydrocarbures, le taux de chômage des jeunes qui est élevé, le poids excessif du secteur public, les lourdeurs bureaucratiques et les faiblesses du secteur financier.

Par ailleurs et concernant les prix du pétrole pour l’année 2019, la Coface prévoit une moyenne de 75 dollars le baril.

Ceci en reconnaissant que «l’exercice de prévision est d’autant plus difficile au moment où la volatilité des cours a nettement augmenté depuis le quatrième trimestre de 2018».