Procès de l’autoroute Est-Ouest : Des avocats accusent

Procès de l’autoroute Est-Ouest : Des avocats accusent

par M. Aziza, Le Quotidien d’Oran, 4 mai 2015

La plaidoirie de la défense s’est poursuivie hier au huitième jour du procès de l’autoroute Est-ouest. Le troisième avocat de Chani Medjdoub, le principal accusé dans cette affaire, Maître Amine Sidhoum, a dénoncé «la torture» dont a fait l’objet son client au cours de sa garde à vue. Et d’affirmer que Chani a été arrêté pour une affaire «montée de toutes pièces» dans les laboratoires des services secrets. Il affirme que ce dossier est basé sur des «règlements de compte entre les hautes sphères, car il y a des intérêts dans les hautes sphères». Il a appelé à ce que le citoyen algérien et les cadres algériens soient épargnés par ces règlements de compte. Il a demandé devant le juge instructeur d’annuler les poursuites contre son client par le fait qu’il a été torturé par la police judiciaire. Et de s’interroger : pourquoi le parquet n’avait-il pas ordonné l’ouverture d’une enquête sur les dépassements dénoncés par les accusés et par leurs avocats ? Il va plus loin en invitant le procureur général à visiter les locaux du DRS en lui rappelant son statut de directeur de la police judiciaire. Il défie le procureur en précisant : «Si j’étais à sa place, j’ouvrirai une enquête et si ces accusations s’avèrent fausses, je poursuivrai ceux qui les ont avancées». Me Sidhoum s’est arrêté lors de sa plaidoirie sur les déclarations qualifiées de «bizarroïdes» émanant de l’ex-directeur des nouveaux projets de l’ANA, Mohamed Khelladi. Celui qui s’autoproclame «l’exploseur de cette affaire», dira l’avocat, «s’est exposé par la suite en indiquant qu’il est passé du statut de dénonciateur à celui de témoin avant d’être accusé». Commentant les déclarations «contradictoires» de Khelladi, l’avocat a affirmé que celles-ci ne tiennent pas la route. «Il a affirmé qu’il œuvre pour l’intérêt du pays, mais pourquoi est-il parti en voyage avec sa famille à Pékin ? Il affirme qu’il est parti pour enquêter. Pourquoi quand on veut faire une enquête, on prend notre famille avec nous ?», s’est-il interrogé. Et de préciser qu’il y a absence de clarté dans ses propos. Il est complément irraisonnable, a-t-il souligné, que «Khelladi a avancé qu’il a confronté Chani auprès du général Djebbar Mehenaa, alors que ce dernier était à Blida». Il poursuit : «Peut-être il voulait dire le général Hassan qui, lui, était à Alger». Pour Sidhoum, Mohamed Khelladi disait n’importe quoi. «La preuve, pas plus tard qu’hier, le général major à la retraite, Ghodbane Chabane, avait adressé une mise au point à l’encontre de l’ex-lieutenant-colonel Mohamed Khelladi, à travers les colonnes du journal El Watan. Et c’était par rapport à ses déclarations avançant que le général Ghodbane l’a appelé pour lui demander d’aller confronter Chani». Le général major à la retraite, Ghodbane Chabane, a apporté un démenti formel sur tout ce qu’a avancé Khelladi. L’avocat a estimé que «le juge d’instruction aurait pu demander en urgence une expertise psychiatrique approfondie de cette personne, vu les incohérences de ses déclarations». «Trouvez-vous normal qu’une personne sourit quand elle apprend que le procureur a requis contre elle 20 ans de prison ferme, monsieur le juge ?»

Enfin, Amine Sidhoum a relevé plusieurs remarques par rapport au dossier. Il a évoqué l’absence d’expertise financière technique capable de relever avec précisons les infractions. Il a évoqué, en outre, l’absence du montant exact du préjudice sur le projet lui-même et sur le Trésor public. Et de s’interroger : «Pourquoi vous assemblez deux dossiers, celui de l’autoroute Est-Ouest et celui du transport dans une seule affaire ? Et pourquoi n’avez-vous pas auditionné l’ex-ministre des Transports, comme ce fut le cas pour Amar Ghoul ?». Il a indiqué, en outre, que son client a été accusé d’avoir constitué une association de malfaiteurs avec des Chinois et d’autres étrangers, mais sans précisons aucune. «Mais qui sont ces Chinois et qui sont ces étrangers ?»

L’AVOCAT DE KHELLADI RECLAME UNE AUDIENCE AUPRES DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

L’avocat de Mohamed Khelladi, l’ex-directeur des nouveaux projets à l’ANA, Me Abassi, a affirmé devant le juge que certains veulent faire croire que Khelladi veut bloquer le projet phare du président de la République. En prenant le soin de défendre les bonnes intentions de son client et de la police judiciaire en tant qu’institution, il a affirmé qu’il va demander d’être reçu par le président de la République pour lui demander «l’ouverture d’une enquête approfondie». Pour Maître Abassi, certaines parties veulent faire taire Mohamed Khelladi. «Sinon, comment expliquer le fait que l’exploseur de l’affaire soit en prison ?» Et d’affirmer que certaines parties n’ont pas voulu voir Khelladi en dehors de la prison pour qu’il n’arrive pas à dévoiler les malversations et les magouilles des uns et des autres. Me Abassi a critiqué l’attitude de l’avocat de la défense de Chani, en l’occurrence Sidhoum, qui a voulu défendre son client en touchant à la dignité d’un autre accusé. «Il y a une déontologie qu’il faut respecter. Comment recommande-t-il une expertise psychiatrique et comment peut-il surnommer Khelladi l’agent 007 ?»

Le verdict était attendu tard dans la soirée d’hier.


Procès de l’affaire de l’autoroute Est-Ouest

L’avocat de Khelladi revendique un complément d’enquête

Magistrale était la plaidoirie de Mahmoud Abassi, l’avocat de Mohamed Khelladi, un des principaux mis en cause dans l’affaire de l’autoroute Est-Ouest et contre lequel, le procureur général avait requis vingt années de prison ferme. Durant plus de deux heures, l’avocat en question a battu en brèche toutes les accusations retenues contre son client. Mieux, il a demandé à l’accusation d’ouvrir une enquête complémentaire sur cette affaire.

Abder Bettache – Alger (Le Soir), Le Soir d’Algérie, 4 mai 2015

Connu pour ses réquisitions à l’époque où il était représentant du ministère public, M. Abassi Mahmoud, qui a embrassé une carrière d’avocat depuis une dizaine d’années, a fait état hier de ses qualités d’avocat digne de ce nom. Et pourtant, ce dimanche, la partie n’était pas facile pour celui qui devait assurer la défense de l’ex-directeur des nouveaux projets (DNP) au niveau de l’Agence nationale des autoroutes (ANA).
Pas facile, dans la mesure où l’avocat devrait à la fois battre en brèche les chefs d’inculpation de l’accusation mais aussi ceux de ses confrères qui «n’ont pas hésité un moment pour enfoncer mon client, en le présentant comme le véritable et principal coupable dans cette affaire».
En effet, avant son intervention, le dernier avocat du collectif assurant la défense de Medjdoub Chani a lourdement chargé Mohamed Khelladi. Mieux encore, Me Amine Sidhoum a qualifié l’ex-patron de la DNP «d’agent servant des cercles occultes», tout en lui attribuant le sobriquet «d’agent 007».
Des propos qui n’ont pas laissé indifférent l’avocat de Khelladi, exprimant son regret, «qu’un des confrères qui prétendent défendre les droits de l’Homme porte des accusations très graves à l’encontre d’une personne qui est déjà arbitrairement poursuivie par le parquet général». «Où se trouve la déontologie et le respect fondamentaux des textes régissant la défense des droits de l’Homme», s’est interrogé l’avocat.
La plaidoirie entamée par Me Abassi en début d’après-midi a tenu en haleine toute l’assistance. Dans la grande salle d’audience, c’est un silence religieux qui a marqué l’intervention de l’avocat.

«On veut clore à tout prix ce dossier»

Avant d’entamer sa plaidoirie, Me Abassi a tenu à rendre hommage à la presse qui a fêté ce 3 mai sa Journée internationale. «C’est un honneur et avec beaucoup de respect que je rends hommage à notre presse et aux journalistes ici présents en cette occasion de la Journée internationale de la presse pour le travail accompli à l’occasion de ce procès», a-t-il déclaré.
Un hommage, faut-il le rappeler, que le magistrat Tayeb Hellali n’a cessé de rendre aux journalistes présents au procès pour «le travail professionnel qu’ils accomplissent en rendant compte des audiences du procès». La défense de Mohamed Khelladi est passée à la vitesse supérieure, lorsqu’elle interpelle à la fois le président du tribunal criminel et le procureur général pour «l’ouverture d’une infirmation judiciaire ou faire un complément d’enquête sur cette affaire sur la base de ce qui a été révélé lors des débats et des propos tenus par les mis en cause dont Mohamed Khelladi». «On a cité des ministres, des ambassadeurs et d’autres personnes, mais à aucun moment on a décidé d’ouvrir une information judiciaire pour connaître le fond du problème et mettre à nu les dessous de cette affaire. Oui on n’a pas voulu, car on veut à tout prix clôturer ce dossier et condamner Khelladi en le présentant comme le bouc émissaire de cette affaire. Non Mohamed Khelladi n’est nullement responsable de cette affaire et n’a rien à voir dans cette affaire. On l’a mis sous mandat de dépôt pour qu’on ne puisse faire toute la lumière sur cette affaire», a indiqué à haute voix Me Abassi sous le regard attentif du président du tribunal criminel et des membres du jury.

«On se plaindra auprès du président de la République»

Poursuivant son offensive, Me Abassi passe à une autre étape. Cette dernière est considérée, selon lui, de très «importante», puisqu’elle concerne l’ex-ministre des Travaux publics. Ainsi, il commente les réponses d’Amar Ghoul suite aux questions qui lui ont été posées par le juge instructeur. «C’est grave ce qui s’est passé. Un ministre de la République ne signe pas sa déposition ou encore il ne porte aucune autre précision lorsque le juge lui demande dans la question 17 si vous avez d’autres éclaircissements à faire sur cette affaire.» Et de s’interroger «A quoi obéit cette démarche ? De quoi a-t-on peur ? Que veut-on cacher ? On ne va pas se taire. Nous allons saisir le premier magistrat du pays et nous plaindre auprès de lui et nous lui dirons que l’enquête que vous avez demandée sur cette affaire a été étouffée». Il s’adresse à Khelladi et lance en sa direction : «Tu n’es pas un traître. Bien au contraire, tu as défendu ton pays comme tu l’avais fait durant toute ta carrière.»
Il s’adresse de nouveau au président du tribunal criminel et déclare : «Il sera vraiment honteux et scandaleux que Khelladi soit condamné pour les chefs d‘inculpation d’association de malfaiteur, de détournement de biens publics ou encore de trafic d’influence». Il conclut sa plaidoirie en demandant la relaxe. Avant la plaidoirie de Me Abassi, l’avocat de Chani Medjdoub, en l’occurrence Me Sidhoum Amine, a indiqué que Chani a été arrêté sur la base d’un scénario préfabriqué par la police judiciaire (du DRS, Ndlr) (…).
Le tribunal criminel repose sur l’intime conviction, certes, mais pas sur un scénario préfabriqué dans les laboratoires des services spéciaux», a-t-il lâché. Et de poursuivre : «Si j’étais à la place de l’accusation, j’ouvrirai une enquête et si ce n’est pas vrai, je poursuivrai les dénonciateurs», tout en rappelant son statut de directeur de la police judiciaire, en l’invitant de visiter les locaux de la DRS. «S’il pouvait le faire, il sortirait juste après pour aller dire au juge d’instruction que c’est lui qui a tué Boudiaf».
Enfin, il conclut son intervention en tentant d’enfoncer l’accusé Khelladi qui avait pointé du doigt son client Chani. «Le juge d’instruction aurait pu demander une expertise psychiatrique approfondie de cette personne !», indique-t-il en parlant des incohérences et des contradictions dans ses déclarations.
A. B.


Fin du procès de l’affaire autoroute Est-Ouest

La défense de Chani défie le procureur d’ouvrir une enquête sur la torture

El Watan, 4 mai 2015

Constituée de maîtres Aït Ammeur, Belarif et Sidhoum, la défense de Medjdoub Chani a axé sa plaidoirie sur les graves violations de la procédure, mais aussi sur une accusation «qui ne repose sur aucune preuve» et démontre que l’affaire «n’est qu’un règlement de comptes qu’il aurait fallu régler dans les hautes sphères».

Très pertinente et succincte, maître Zahia Aït Ammeur est allé droit aux «défaillances» de l’enquête préliminaire. Les griefs reprochés à Chani ont été construits autour de sa relation avec Mohamed Bouchama et Mohamed Ouezzane, dit colonel Khaled : «Or Chani n’est allé voir Bouchama dans son bureau que pour parler des problèmes courants et réels qui se sont posés lors de la réalisation de l’autoroute, mandaté pour cela par la Citic en vertu d’un contrat bien établi et légal.

Il n’avait pas besoin d’aller voir Ouezzane pour prendre attache avec Bouchama puisque Hamid Melzi, les avait présentés dans son bureau.» La précision faite, l’avocate précise au procureur général que «l’affaire a bel et bien commencé le 16 septembre 2009, date à laquelle Chani a été arrêté. Une date qu’a confirmée Mohamed Khelladi, lequel a bien précisé également qu’il a confronté Chani alors que les procès-verbaux de confrontation n’existent nulle part. Le parquet s’interroge sur le neveu de Medjdoub Chani, Larbi Chani, mais à aucun moment ce dernier n’a été entendu.

Le lien entre Ouezzane et Chani a été établi lorsque la police judiciaire aurait trouvé les montants d’argent versés à Ouezzane dans son ordinateur. Mais le juge n’a pas demandé l’expertise de cet ordinateur ni cherché à entendre le neveu de Chani, Larbi, qui avait été arrêté par la police judiciaire pour être entendu». «Pourquoi n’y a-t-il pas de procès-verbaux de confrontation entre les deux et entre Chani et Khelladi», demande l’avocate.

Me Aït Ammeur tente d’expliquer «ce qui s’est réellement passé». Selon elle, lorsque Chani a été présenté le 26 septembre 2009, le juge n’a pas demandé l’expertise de cet ordinateur d’où ont été extraites les présumées preuves ni convoqué Larbi Chani. «Cette expertise n’a été demandée qu’après le retour du dossier de la chambre d’accusation pour complément d’enquête. Mais ce n’est pas l’expert désigné par le tribunal qui l’a faite, il a été remplacé par un expert de la police qui, 19 mois après, fait sortir la liste des montants virés.

En réalité, ces documents n’étaient pas enregistrés dans l’ordinateur de Chani, mais dans son coffre-fort, défoncé par les éléments de la police judiciaire.» Elle s’interroge alors sur «la pertinence de ce qui est avancé comme preuve» et rejette toutes les accusations portées contre Chani, avant de demander l’annulation des poursuites. Lui emboîtant le pas, maître Tayeb Belarif va dans le détail de «ce que cache» l’affaire. Il commence par évoquer les conventions internationales de protection des droits de l’homme, avant de dénoncer le traitement inhumain infligé à son mandant dans les geôles de la police judiciaire.

Il dénonce également la réaction de certains de ses confrères au sujet de la constitution de deux avocats étrangers pour défendre Chani : «Je regrette que des confrères puissent tenir des propos xénophobes qui n’honorent ni la robe que je porte, ni la justice, ni l’Algérie. Maîtres Bourdon et Penning ont été constitués dans le cadre des conventions et des règles qui définissent l’exercice de la profession (…). L’Algérie est dans l’obligation de respecter les conventions internationales de protection des droits de l’homme qu’elle a signées. Chani a été arrêté le 16 septembre 2009.

Il a enduré 20 jours de souffrances douloureuses. Il n’avait qu’un seul espoir : échapper aux mains de ces gens. Il savait qu’il avait le droit de ne rien dire lors de sa présentation devant le juge, mais il était terrorisé. Pourquoi ? Parce qu’il a été présenté le 26 septembre à minuit au parquet, où le juge et le procureur l’attendaient. Pour lui, tout a été préparé. Ces circonstances l’ont poussé à une réflexion : il avait peur de revenir.

L’état de Chani suffisait au juge pour ouvrir une enquête sur son traitement durant la garde à vue», dit-il. Me Bellarif rappelle les propos de Khelladi –Tadj Eddine a été arrêté la veille de l’Aïd, soit le 19 septembre 2009 – et lance : «Monsieur le président, ce sont des preuves suffisantes sur les crimes de détention arbitraire et de mauvais traitements. Et le cas de Chani s’applique aussi pour les autres accusés. Nous avions présenté des demandes au début du procès et vous les avez jointes au fond. Ces pratiques menacent l’Etat. Il ne faut jamais les couvrir.

L’annulation de la procédure devient une obligation.» Sur le fond, Me Belarif explique que Chani est poursuivi pour «direction d’une association de malfaiteurs», «trafic d’influence» et «corruption». Or, ajoute-t-il, il avait un contrat de consulting avec la société Citic International, domiciliée à Pekin, pour régler les problèmes qui empêchaient l’exécution du projet de l’autoroute. «Qu’a-t-il à voir avec le marché de l’autoroute qui a été pris en charge au plus haut niveau de l’Etat», s’interroge t-il, soulignant que «le maître d’œuvre, qui est l’Etat, a délégué ses pouvoirs à l’ANA, qui est le maître d’ouvrage, pour suivre l’exécution et le contrôle du projet».

Me Belarif s’interroge sur la personne de Sacha ou Nasreddine Bousaid, qui a payé le voyage en Chine à Khelladi et sa famille, pour avait-il déclaré, «faire une enquête sur la corruption. J’ai fait toutes les recherches possibles mais je n’ai rien trouvé sur lui. Cela veut dire qu’il doit avoir des activités occultes». «Tadj Eddine dit qu’il existe, puisqu’il le connaît», dit-il en s’adressant à Addou Tadj Eddine, lequel confirme. Me Belarif réplique : «Il aurait du donner son adresse au juge d’instruction.» L’avocat arrive à Philippe Chêne, qui aurait révélé à Khelladi toute l’affaire des commissions.

Les recherches de Me Belarif le mènent à ce Chinois de Hong Kong, professeur d’université en science de gestion et marketing, décoré par la France sans être Français de la médaille du mérite, actuellement membre du conseil d’administration d’une société australienne. «Quelles informations peut-il donner à Khelladi et quel lien peut-il avoir avec ce sujet ?» déclare Me Belarif, qui se demande sur qui son mandant a exercé un trafic d’influence.

Il finit en exhortant le tribunal de faire en sorte que cette affaire soit «celle de la loi, uniquement de la loi. Nous avons été menacés, mais nous continuerons à faire en sorte que la vérité éclate». Des propos qui poussent le juge à réagir : «Ici personne ne doit avoir peur. Et nous n’avons jamais eu peur !» Hier matin, c’était au tour de maître Amine Sidhoum de prendre le relais. Durant plus deux heures, l’avocat tire à boulets rouges sur le parquet général, mais aussi sur l’enquête de la police judiciaire, du juge d’instruction et sur les conclusions de la chambre d’accusation.

D’emblée, il déclare : «Peut-être que Chani est coupable, mais si nous revenons à l’affaire et ce qu’elle cache, nous nous rendons compte que l’accusé est victime d’un scénario concocté par les agents du DRS. Je regrette que le pays en soit arrivé à cela. La consécration de l’Etat de droit ne peut être construite par la torture et le chiffon.» Deux heures de réquisitoire et aucune preuve avancée. «L’affaire Chani est là parce que Khelladi a dit à Tadj Eddine, Tadj Eddine a dit à Khelladi ( ?…) il a dit, ils ont dit. C’est très grave. On ne demande pas 20 ans pour des dires.

Nous sommes devant un tribunal sur la base de preuves fabriquées dans les laboratoires des Services spéciaux. Le procureur général dit que Chani a utilisé des techniques avancées, oui, parce que les institutions bancaires algériennes sont encore à l’état primitif.» L’avocat relève que l’Algérie, qui a signé toutes les conventions internationales de protection des droits de l’homme, les utilise uniquement pour blanchir son image. Et de préciser : «Lorsque je vois une attestation de bon traitement lors de la garde à vue, que l’on fait signer aux accusés, j’ai le droit de douter parce qu’aucun texte ne prévoit cette mesure.

Chani est un citoyen humilié dans son pays. Je salue son courage. Malgré ce qu’il a subi, il vous a dit qu’il respectait les institutions de l’Etat. Moi je dis qu’il a été humilié au nom de la loi et à l’intérieur de l’institution. C’est une honte.» Me Sidhoum s’offusque contre la détention de six ans, en regrettant que l’exception soit devenue la règle. Il s’offusque aussi du fait que Chani soit entendu de minuit à 4h et que «le procureur général salue le travail du juge. Je pense qu’il adore l’audition de nuit, alors que le président préfère la justice du jour».

S’attaquant toujours au procureur général, l’avocat dit regretter que ce dernier évoque «la torture comme un disque qu’utilisent souvent les détenus». «Si j’étais à sa place j’aurais pris acte et j’aurais ouvert une information judiciaire, hélas cela ne se fera pas. En tant que procureur, il est responsable de la police judicaire ; je lui demande d’aller visiter les locaux du DRS non seulement il ne pourra pas le faire, mais s’il le fait, il n’en sortira pas et s’il en sort il avouera avoir assassiné Boudiaf.» «Les lois internationales sont supérieures aux lois internes. Si nous avons déposé une plainte à Genève, c’est parce que toutes les voies de recours ont été utilisées en Algérie.

La plainte a été classée sans suite en une semaine, alors qu’habituellement, ce classement se fait dans un délai de trois ans. Et en matière de classement de plainte, il n’y a pas de recours. Nous avons dit que la garde à vue a duré 20 jours et personne n’a bougé. Alors, de grâce, ne cachons pas le soleil avec un tamis.» Le recours au comité de Genève ne constitue pas «une atteinte à la souveraineté parce que cette souveraineté est une culture ancrée chez les Algériens», lance-t-il à l’adresse du juge. «Nous n’avons peur de personne, même pas du général H. ou K., comme on a voulu les surnommer.

Sachez que le tribunal de l’histoire est plus dur et plus implacable que celui que vous présidez.» Me Sidhoum s’attaque à «certaines personnes qui font la queue devant l’ambassade de France, le 14 juillet, pour chanter les mandants de la patrie, sans savoir à quelle patrie ils appartiennent», faisant allusion à ceux qui ont dénoncé la constitution d’avocats étrangers. Il explose de colère en disant avoir vu dans le hall de la cour un avocat dire à ses interlocuteurs au téléphone s’ils ont entendu ce qu’ils ont dit d’eux à l’audience. «C’est une honte.

Une profession honorable utilisée par des indicateurs.» Revenant au sujet, Me Sidhoum se demande pourquoi Larbi Chani, qui «a été kidnappé par le DRS, n’a pas été entendu. Il avait à peine 20 ans et a été détenu dans les locaux des Services spéciaux où il a subi des humiliations et a été utilisé pour faire du chantage à son oncle. Il a pris la fuite dès qu’il a été remis en liberté, il a quitté le pays. Aujourd’hui, il est sous la protection du Luxembourg, C’est comme cela qu’on pousse les jeunes à l’exil». «Non, nous ne laisserons pas notre pays aux sous-officiers de l’armée française», dit-il.

Me Sidhoum explique qu’il ne suffit pas de déclarer que Chani connaît Tadj Eddine et Bouchama pour déclarer qu’il y a association de malfaiteurs. «Avez-vous ramené le listing des communications entre eux pour prouver cela ? Non. Il n’ y a rien.» L’avocat change de cible et s’attaque à Mohamed Khelladi, le qualifiant d’«agent 007». «Il dit on a arrêté Chani. C’est un militaire à la retraite. Tous les accusés parlent de torture, sauf l’agent 007. Chani vous a dit qu’il aurait mieux valu le tuer que de l’humilier. Comment un Etat accepte qu’un officier du général Hassan fasse une enquête ? Il dit avoir fait exploser l’affaire alors qu’il s’est fait exploser lui-même. Ces gens ont agi au nom d’une institution.

C’est grave. Il est allé en Chine pour enquêter, mais qui est-il pour aller enquêter ? Il relève de la psychiatrie et la justice se met en branle pour le suivre. Il rencontre Philippe Chêne, Falcone et Sacha. Qui est-il pour le faire ? On a même pas eu le courage de nommer le général Hassan : dans l’arrêt de renvoi on lit le ’général H.’..» L’avocat se demande pourquoi Amar Ghoul a été auditionné par écrit, alors ministre des Transports, il a le dossier le plus important dans l’affaire. «Il y a trop de choses incohérentes dans ce dossier. Khelladi dit que le général Djebbar l’a appelé pour lui demander d’aller confronter Chani dans les locaux du DRS et il l’a fait à trois reprises.

Que vient faire un général de Blida dans une affaire à Alger ? Hier le général Ghodbane a démenti tous les propos tenus à son encontre par Khelladi. Khelladi est victime de son imagination». Me Sidhoum appelle le juge à remettre les pendules à l’heure, affirmant qu’il a la chance unique de juger l’affaire : «Nous sommes face à un système, c’est à vous de rétablir le droit. Le dossier repose sur une lutte en haute sphère, que ces derniers aillent le régler ailleurs.»

Salima Tlemçan


La défense de Khelladi s’insurge : «Ceux qui m’ont emprisonné cherchent à me museler»

El Watan, 4 mai 2015

L’avocat de Mohamed Khelladi a demandé hier, au nom de son mandant, l’ouverture d’une enquête sur ce qu’il a appelé «le scandale du siècle». Lors de sa longue plaidoirie, il a remis en doute le témoignage de Amar Ghoul et regretté que de nombreuses personnes citées lors de l’enquête n’aient pas été inquiétées. Il évoque une volonté délibérée de museler Khelladi en le poursuivant pour des futilités, le mettant ainsi avec ceux qu’il a dénoncés.

Durant plus de deux heures, Me Abassi tente de lever le voile sur cette affaire en commençant par lancer à Khelladi : «Khelladi ne sois pas triste, Dieu est avec toi.» Il se tourne vers le juge et lui dit : «Khelladi est un héros. Il n’a dit que la vérité.» L’avocat se demande depuis quand un avocat plaide contre un autre accusé, le qualifiant de «James Bond» et d’«agent 007». «N’est-ce pas un manquement à l’éthique ?»

Il rassure Chani, en lui disant qu’il ne tombera pas dans ce piège et qu’il continuera à le respecter. «Il veulent faire de cette affaire le procès du DRS pour détourner l’attention. Tantôt ils qualifient Khelladi de fou, tantôt de détraqué, juste parce qu’il a dit la vérité. Khelladi vient de me demander de dire au président de la République d’ouvrir une enquête sur les personnes citées et non entendues.

Et je vais lui demander officiellement de me recevoir pour lui en parler», lance Me Abassi. Et de préciser : «Il a collecté des informations très précises et très graves et les a remises aux services habilités à enquêter sur ces affaires. On veut détourner l’attention sur ce que Khelladi a dit. Il a cité des ministres, des ambassadeurs et de hauts responsables mais ils n’ont pas voulu les citer.»

Il rappelle les dates où Khelladi a été entendu par le juge, 3 fois, en tant que témoin avant qu’il ne soit inculpé et placé sous mandat de dépôt, «pour le faire taire à jamais». «A part les cinq téléphones, ils n’ont rien trouvé qui puisse le compromettre. Pourtant, il est accusé d’organisation, d’association de malfaiteurs dont les membres, c’est lui qui les a dénoncés.

Pour lui, tout a été fait pour le mettre en prison et le faire taire définitivement. Il rappelle que les quatre avocats de l’ANA sont venus au tribunal, dont un s’est constitué contre Khelladi, le deuxième contre Khelladi et Citic, et le troisième contre Citic et Cojaal. Une situation, étrange», selon Me Abassi. «Pourquoi voulez-vous détourner l’attention de l’opinion publique de cette grave affaire ? Pourquoi le mettre avec des gens qu’il a lui-même dénoncés ? Chani lui-même a dit que c’est le général Abdelali qui lui a parlé de Khelladi, et ce dernier dit que c’est le général Hassan qui lui a demandé d’appeler Chani, qui a dit qu’il n’a fait que redire ce qui lui a été dicté par la police judiciaire.

Or, il ne nous a pas dit que devant le même juge, il avait parlé de ce conseil des ministres restreint relatif à l’autoroute, en présence d’hommes d’affaires étrangers. C’est lui également qui a dit avoir rencontré Benachenhou pour parler des investissements et lorsqu’il a été rappelé, il l’a contacté pour lui dire ‘prépare-toi, il y a le projet de l’autoroute’. C’est cela qui intéresse Khelladi. Il a ramené des informations. Il avait le projet de l’autoroute sur les épaules. Il en a été chargé. Ils lui collent une affaire de 300 000 DA alors que lui a dénoncé une affaire de 11 milliards de dollars.»

L’avocat évoque la prise en charge du fils de Khelladi, un handicapé, par Citic-CRCC : «La délégation médicale chinoise prend en charge de nombreux enfants algériens à titre humanitaire. Où est le problème si Khelladi emmène son fils se faire soigner ?» Il exhibe la réponse écrite de Amar Ghoul, défiant le tribunal de trouver une signature du concerné, précisant que «Ghoul a refusé de répondre à la dernière question qui lui demandait d’ajouter un commentaire. Comment une affaire aussi médiatisée n’interpelle-t-elle pas le ministre, ne serait-ce que pour apporter des précisions ?»

L’avocat fait remarquer que le ministre a reconnu que la délégation ministérielle partie à Hong Kong a été prise en charge par Citic-CRCC et une autre délégation est allée au Japon aux frais de Cojaal. «Est-ce que ce qui est halal pour lui est haram pour Khelladi ?», s’interroge-t-il, en rappelant que «les villas dont on parle ont été louées au profit des cadres de l’ANA et le ministre était au courant puisque Khelladi n’a fait que reconduire une mesure qui existait déjà et le ministre lui-même s’est rendu au siège de la DPN, qui était loué par Citic-CRCC.

Ailleurs, Khelladi aurait bénéficié d’une protection au lieu d’être mis en prison. Ici, Khelladi est seul contre tous. Ils n’ont trouvé aucun dinar chez lui et aucun sou manquant au niveau de l’ANA et ils l’accusent de dilapidation de deniers publics. Est-ce logique ? Durant ce procès, Khelladi a subi le pire, mais il n’est pas revenu sur ses propos. Il a continué à dénoncer et à répondre à toutes les questions, à chaque fois que le tribunal estimait important d’avoir son avis. Son tort est d’avoir cité des personnes et d’avoir demandé l’ouverture d’une enquête».

Me Abassi s’adresse au président : «Khelladi vous a dit ‘ayez le courage d’ouvrir le dossier de la corruption et voyez si j’ai raison. Si j’invente jugez-moi’. Il demande au président de la République d’ouvrir une enquête sur les personnes qu’il a citées et je vais le solliciter pour qu’il me reçoive en tant qu’avocat. Et lui remettre les preuves.» Me Abassi conclut sa plaidoirie en appelant le tribunal à bien réfléchir en posant les questions relatives à l’implication de Khelladi et de le déclarer non coupable parce qu’«il n’a rien fait à part dénoncer de hautes personnalités».

Juste après lui trois avocats de la société Citic-CRCC, maîtres Toufik Ouali, Nabil Ouali, Chelgham et Nouri se sont succédé pour faire le bilan de ce consortium mondial composé de deux sociétés étatiques. Ils expliquent que tous les tronçons qui leur ont été affectés ont été réalisés dans les délais de 40 mois et, jusqu’à présent, aucun problème n’a été signalé. De même qu’ils ont affirmé que la prise en charge du fils de Khelladi dans un hôpital est une action humanitaire, comme celles qu’ils mènent tout au long de l’année.

Maître Bergheul, avocat de Allab Kheir, va revenir sur le profil de l’avocat William Bourdon, en disant qu’il était le principal défenseur des «qui tue qui ?» qui ont attaqué l’armée algérienne durant le procès de Souaidia, en France. Il affirme qu’«il faisait du porte-à-porte chez les jeunes Algériens installés en France pour leur arracher des déclarations contre l’armée algérienne moyennant des sommes d’argent».

Pour lui, «le fait qu’un document judiciaire comportant des noms d’officiers du DRS, leur adresse et leur filiation, lui soit donné pour s’en aller après est très grave». Chani réagit du fond du box : «Maître Bergheul, vous défendez votre client ou vous êtes constitué contre ma défense ?»

Le juge lui demande de se calmer. L’avocat poursuit sa plaidoirie durant 30 minutes, alors que Me Sidhoum arrive en courant. C’est la fin. Il s’apprête à prendre la parole. Le procureur général s’insurge : «Respectez la procédure. C’est le parquet général qui intervient après les plaidoiries.» Des échanges de propos entre les deux hommes fusent.

Le président s’énerve et annonce que les deux parties n’ont pas droit à la parole. Le procureur général insiste et cite l’article du code de procédure pénale qui stipule que c’est lui qui a le droit de parler. Le président l’autorise. Il évoque «un acharnement» contre le procureur général dans les plaidoiries et regrette que les avocats n’aient pas parlé des mesures de saisie et préféré se braquer sur les peines de prison. Selon lui, «le dossier est plein de personnes auditionnées et il n’était pas utile de les citer toutes durant l’audience». Il précise enfin qu’il existe «34 cartons contenant les pièces à conviction, saisies lors des perquisitions».

Le juge donne la parole aux accusés, qui tous clament leur innocence. Chani revient sur Me Bourdon : «Si j’avais su qu’il était contre l’Algérie, je ne l’aurais jamais constitué. C’est un avocat auquel j’ai recouru pour me défendre après avoir eu de nombreux avocats algériens. Me Bergheul lui-même était mon avocat et Me Ksentini aussi puisqu’il a été destinataire de la plainte adressée au comité de Genève.» Le juge se retire et annonce que le verdict sera connu le 7 mai.

Salima Tlemçani


Affaire de l’autoroute Est-Ouest- La défense de Chani Medjdoub au parquet: enquêtez sur la torture chez le DRS

Younès Djama, Maghreb Emergent, 3 mai 2015

Me Amine Sidhoum a défié le parquet d’ordonner une enquête sur les sévices qu’a subis, selon lui, par son mandant pendant son interrogatoire. « Il n’osera pas bien que la loi le lui permette! », a-t-il déploré.

Les plaidoiries dans le procès de l’affaire l’Autoroute Est-ouest se sont poursuivis ce matin au tribunal criminel près la cour d’Alger, avec une longue plaidoirie de Me Amine Sidhoum constitué pour la défense de l’accusé Chani Medjdoub.
L’avocat qui, pendant plus d’une heure, s’est attelé à démonter les motivations de la Chambre d’accusation contre son mandant dont il dit qu’il est « victime d’un scénario fabriqué de toute pièce par la police judiciaire ». « Si l’on veut consacrer l’Etat de droit, sachez qu’il se construit avec le droit et non pas par la torture et le chiffon », a-t-il dit en allusion aux sévices qu’auraient subis son client après son arrestation.

Me Sidhoum critique les « auditions de nuit »

Me Sidhoum a consacré une large part de sa plaidoirie à répondre au réquisitoire du parquet général, en soulignant que ce dernier s’est basé sur des affirmations « vagues et incohérentes » faites par l’autre accusé Mohamed Khelladi, ex-directeur du département des nouveaux programmes de l’ANA. « J’ai entendu le procureur général dire que Chani Medjdoub est un expert en finances et qu’il a utilisé des techniques très développées. Moi je dis que ce sont les établissements financiers algériens qui sont en retard. Nous avons un système bancaire primitif », a-t-il martelé. Et de poursuivre : »Le procureur général a parlé des conventions et traités internationaux des droits de l’homme que l’Algérie a ratifiés. Ces conventions ne servent qu’à blanchir l’image du pays à l’étranger, mais lorsqu’il s’agit du citoyen algérien comme Chani Medjdoub, celui-ci a été humilié au nom de loi. C’est une honte et c’est un fait gravissime! ».
L’avocat a déploré que son mandant ait été auditionné de minuit à 4h du matin, « qui, plus est, en présence du juge d’instruction ». « J’ai l’impression que le Procureur général adore les auditions de nuit. Monsieur le procureur aime le clair de lune. Si j’étais à sa place, j’engagerais des actions pour confirmer la véracité des sévices et torture (commis contre la personne de Chani Medjdoub son client, Ndlr). Mais il ne le fera pas », a tonné Me Sidhoum qui est allé plus loin encore : » Je défie Monsieur le procureur général, en sa qualité de premier responsable de la police judiciaire, d’aller visiter les locaux du Département du renseignement et de sécurité (où auraient eu lieu les sévices supposés contre l’accusé Chani, NDLR). Il n’osera pas et cela ne se fera jamais bien que la loi le lui permette! ».

Pour cet avocat, le recours à la Commission des droits de l’homme de l’ONU à Genève « n’est pas, comme le Procureur général l’a laissé entendre, une atteinte à la souveraineté nationale. La souveraineté nationale ne doit pas être utilisée à des buts personnels! ». Selon lui, le recours à cette instance internationale est survenu « après que toutes les voies de recours au niveau national aient été épuisées ». Et d’ajouter : « Le patriotisme est ancré chez les Algériens, et nous n’avons besoin de personne pour nous donner des leçons de nationalisme ». Dans les pays qui se respectent et respectent leurs citoyens, les plaintes pour tortures prennent du temps. Or, la plainte pour tortures dans le dossier de Chani a été classée en une semaine ».

Mohamed Khelladi qualifié d’ »agent 007″

Dans son élan, Me Sidhoum a dénoncé le comportement d’un de ses confrères, Me Belarif, qui, selon lui, a pris le téléphone pour appeler un général  »en vue de lui dire : voilà ce que l’on dit de vous ». Et de revenir sur la demande du procureur général d’auditionner Larbi Medjdoub, le neveu de Chani. « Ce garçon est âgé d’à peine 20 ans, il s’est retrouvé au sein des locaux des services spéciaux où il a subi des humiliations. On fait du chantage à Chani Medjdoub à travers son neveu », a déclaré l’avocat, qui a précisé que Larbi Medjdoub se trouve aujourd’hui au Luxembourg. « Un Algérien qui réussit est devenu punissable », a déploré Me Sidhoum parlant de la réussite de son client, ajoutant que « parce que Chani possède une adresse à la résidence d’Etat Club des Pins, il est tout de suite suspect. Elevons le niveau! ».

Me Sidhoum a chargé l’accusé Mohamed Khelladi qu’il a qualifié d' »agent 007″ en référence au personnage de fiction : « C’est dommage que des sommités comme Mohamed Bouchama (ancien secrétaire général du ministère des Travaux publics également accusé dans l’affaire, Ndlr) sont jetés en prison, alors qu’ils doivent être au sommet pour leur honnêteté! »
En guise de conclusion de sa plaidoirie, l’avocat s’est adressé au président du tribunal : « C’est à vous, Monsieur le président, de remettre les pendules à l’heure. Vous avez la chance d’écrire une page de l’histoire, écrivez-la haut et fort au nom de la République et de la justice indépendante. »
A noter que cet après-midi c’est la défense de Mohamed Khelladi qui prendra le relais.