6 migrants meurent chaque jour en Méditerranée

Le rapport 2018 du HCR le révèle

Liberté, 31 janvier 2019

Le nombre de morts en Méditerranée centrale en 2018 rapporté au nombre de personnes arrivées en Europe en provenance d’Algérie, de Grèce, de Libye, de Tunisie et de Turquie était d’un pour vingt, contre un pour quarante-deux en 2017.

Les chiffres révélés, hier, par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) donnent le tournis et interpellent la conscience humaine de l’enfer que subissent les migrants en tentant de traverser la mer Méditerranée. En effet, selon le dernier rapport du HCR intitulé “Voyages du désespoir : réfugiés et migrants qui arrivent en Europe et aux frontières de l’Europe entre janvier et décembre 2018”, six migrants décédaient chaque jour lors de tentatives de traversée de la Méditerranée. Selon ce document, quelque 2 275 personnes sont mortes ou disparues en traversant la Méditerranée en 2018, malgré une baisse importante du nombre d’arrivées sur les côtes européennes. Sur ce chiffre global, il ressort que le nombre de morts en Méditerranée centrale en 2018 rapporté au nombre de personnes arrivées en Europe en provenance d’Algérie, de Grèce, de Libye, de Tunisie et de Turquie était d’un pour vingt, contre un pour quarante-deux en 2017. Au total, 139 300 réfugiés et migrants sont arrivés en Europe, soit le nombre le plus faible en cinq ans.
Pour le HCR, les restrictions imposées aux capacités de recherche et de sauvetage, conjuguées à un manque de coordination et de prévisibilité dans la prise en charge des débarquements, sont autant de facteurs qui ont conduit à une augmentation du taux de mortalité dans un contexte où les gens continuent de fuir leur pays pour échapper aux conflits, aux violations des droits de l’Homme et à la pauvreté. Selon la même source, qui révèle également des changements importants intervenus dans les itinéraires empruntés par les réfugiés et les migrants, l’Espagne est devenue, pour la première fois ces dernières années, le principal point d’entrée en Europe avec environ
6 800 arrivées par voie terrestre (à travers les enclaves de Ceuta et de Melilla) et 58 600 autres personnes ont traversé avec succès la dangereuse Méditerranée occidentale, soit une augmentation de 131%. Par conséquent, le nombre de morts en Méditerranée occidentale a presque quadruplé, passant de 202 en 2017 à 777.
Le HCR révèle que plus de 5 000 Algériens font partie du nombre global de migrants qui atterrissent en terre ibérique, contre 13 000 Marocains. Du reste, ce sont 23 400 réfugiés et migrants qui sont arrivés en Italie en 2018, soit cinq fois moins que l’année précédente.
La Grèce a reçu un nombre similaire d’arrivées par la mer, environ 32 500 personnes, contre
30 000 en 2017, mais le nombre de personnes arrivant par la frontière terrestre avec la Turquie a presque triplé. “Pour beaucoup de ces personnes, l’arrivée en Europe représentait la dernière étape d’un voyage cauchemardesque, au cours duquel elles ont été victimes de torture, de viols et d’agressions sexuelles, ainsi que de menaces d’enlèvement ou de détention en échange d’une rançon”, déplore le HCR qui recommande aux États de prendre des mesures urgentes pour démanteler les réseaux de passeurs et traduire en justice les auteurs de ces crimes. En ce sens, le HCR regrette les changements intervenus dans la politique menée par certains États européens et qui ont entraîné de nombreux incidents. Dénonçant les restrictions accrues aux bateaux des ONG et leurs équipages dans le cadre de leurs opérations de recherche et de sauvetage, le HCR tire la sonnette d’alarme, notamment sur le renvoi systématique de milliers de migrants en Libye où ils vivent dans des conditions épouvantables dans des centres de détention. Face à cette situation, le HCR recommande aux États de mettre en place un mécanisme régional coordonné et prévisible, afin d’améliorer les sauvetages en mer, d’améliorer l’identification aux frontières des personnes nécessitant une protection internationale et de donner accès aux procédures d’asile, y compris pour les demandeurs d’asile arrivés irrégulièrement, de cesser les pratiques de renvois (push-back), de mettre fin à la détention d’enfants pour des questions liées à l’immigration et de renforcer la solidarité et le soutien envers les pays de la région et les pays voisins traversés par les principales voies migratoires de manière à améliorer l’accès des réfugiés à la protection où qu’ils se trouvent.

FARID BELGACEM