Hydrocarbures: Les grands gisements montrent des signes d’amenuisement

Liberté, 31 janvier 2019

La croissance de la production d’hydrocarbures est sérieusement entamée, reculant de 9,3% au 3e trimestre 2018 comparativement à la même période de 2017, selon des chiffres rendus publics, cette semaine, par l’Office national des statistiques (ONS). Mohamed Saïd Beghoul, expert en énergie et consultant, explique, dans une déclaration qu’il nous a faite hier, les raisons. Il souligne ainsi que nos grands gisements,
y compris ceux découverts en partenariat dans les années 1990 et 2000 dont font partie les champs d’Ourhoud, Hassi Berkine, etc., et dont provient l’essentiel de la production nationale, sont entrés dans une phase de “fatigue”. Le pays dispose de puits de pétrole et de gaz en exploitation depuis plus de 50 ans et il est normal que leur production baisse.

Pour l’expert, pratiquement tous nos grands gisements ont atteint leur limite d’exploitation ou s’en approchent, et l’augmentation de la production d’hydrocarbures a besoin de nouveaux gisements à mettre en production, cela fait défaut pour l’instant. Mohamed Saïd Beghoul remonte un peu dans le temps et relève que l’indice de chute de la production n’est que la poursuite d’une tendance à la baisse déjà amorcée dans le courant de 2007. La croissance du secteur des hydrocarbures a plongé de 9,3% au 3e trimestre 2018 et de 8,2% au second trimestre 2018. Depuis 2017 jusqu’à aujourd’hui, la production a enregistré une baisse cumulée d’environ 16%, a-t-il indiqué. L’autre raison, évoquée par l’expert, tient du fait que les installations en surface et les moyens de production sont à présent dans un état de vétusté avancée. La situation étant ce qu’elle est, faut-il s’en inquiéter ou non ? Mohamed Saïd Beghoul fait observer que le déclin naturel des gisements est inéluctable, mais que l’amélioration du taux de récupération des hydrocarbures doit constituer une priorité pour Sonatrach.

Il est revenu sur le workshop, sur l’amélioration du taux de récupération organisé cette semaine par l’agence de revalorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft), estimant qu’il s’agit d’une très bonne initiative du fait que les techniques de récupération constituent un business qui rapporte gros en matière de réserves additives et d’augmentation de la production. “Toutefois, a-t-il dit, il ne suffit pas de vouloir, il faut aussi agir.”

Et de poursuivre : “Que ce workshop ne soit pas une simple rencontre, espérons que les responsables du secteur passeront à l’action, car nos découvertes annuelles peinent à régénérer les volumes soutirés et notre production continue à chuter.” L’expert avance que les investissements des grandes compagnies dans ce domaine (relèvement des taux de récupération) sont passés de 19 milliards de dollars en 2012 à 32 milliards en 2018.

Sonatrach, a-t-il souligné, est très en retard sur ces techniques. Il faut noter, a-t-il ajouté, que statistiquement, la récupération primaire (déplétion naturelle) du pétrole est d’environ 25 à 30% et que l’augmentation de 1% du taux de récupération sur l’ensemble des gisements mondiaux équivaut à deux années de la consommation mondiale, ce qui n’est pas peu de chose. Citant une étude de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), il dira que les nouvelles techniques de l’EOR  (Enhanced Oil Recovery) peuvent permettre de récupérer jusqu’à 300 milliards de barils supplémentaires sur les gros gisements existants de par le monde, soit 17% des réserves mondiales actuelles. C’est certainement plus intéressant que de lancer des programmes d’exploration, a-t-il résumé.