Recommandations du forum sur la harga: Mauvais diagnostic, fausses solutions

Liberté, 22 janvier 2019
 
Aucune proposition n’a suggéré d’établir un diagnostic approfondi avec toutes les parties concernées.

Organisé dans la précipitation, sans établir un diagnostic approfondi du fléau de la harga, sans également tenir compte de la cartographie des harragas, de leur profil, et encore moins de leurs préoccupations, le Forum national sur le phénomène de la harga a été sanctionné par dix recommandations qui s’inscrivent en porte-à-faux avec la réalité de ceux qui s’aventurent dans les eaux de la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure. Cela donne l’impression que les deux seuls soucis pour les pouvoirs publics étaient “d’opter pour un discours politique optimiste” et “la création d’une instance de traitement des informations relatives à ce phénomène, qui s’attellera, en coordination avec les médias, à donner à la harga l’appellation commune d’émigration suicidaire”.

En prônant un discours “optimiste” et un changement de terminologie, les auteurs de ces commandements pensaient bien faire pour “sauver” ces milliers de harragas des traversées, souvent fatales, et de leur “arracher” le minimum de droits pour survivre dans un pays qu’ils voudraient massivement quitter.

Quitte à sacrifier et à brader tous leurs biens et à mourir sur une barque de fortune.
Pis encore, en élaguant tout diagnostic utile à prendre en charge nos compatriotes, ce forum n’a pas trouvé mieux que de réaliser des reportages traitant des conditions difficiles entourant ces périples de la mort, au lancement de l’initiative “les jeunes parlent”, non sans accuser les médias d’encourager “les jeunes à opter pour la harga”. Pour les séminaristes, faire peur aux candidats à la harga par le reportage réglerait tous les soucis quotidiens des harragas.

Emboîtant le pas au ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, qui avait suggéré d’interdire les chansons qui sèment le désespoir, les séminaristes ont fait un aveu : leurs recommandations, telles qu’elles étaient formulées, renseignent que rien n’était fait pour que ces harragas vivent dignement sur leur terre natale. En ce sens, les rédacteurs suggèrent la mise en place des mécanismes de promotion des services offerts aux jeunes, notamment dans les secteurs de l’habitat et de l’emploi, et l’activation des cellules d’écoute et de renforcer “le contrôle des opérations de vente et d’achat des embarcations”. Plus édifiant, comme si les harragas étaient des consommateurs de drogue, il est recommandé de renforcer la lutte et la prévention contre la toxicomanie, et ce, par le “le renforcement des espaces sportifs, artistiques et de loisirs, en sus des moyens de lutte et de prévention contre la toxicomanie”. Au moment où les milliers d’entrepreneurs de l’Ansej croulent sous le poids des dettes, avec le risque d’emprisonnement, les séminaristes proposent d’“améliorer le climat entrepreneurial et bancaire, ainsi que le secteur des impôts”.

Enfin, ils recommandent la création d’une “institution nationale non gouvernementale” pour développer l’activité du mouvement associatif, avec la participation du secteur économique et de la communauté nationale établie à l’étranger, ainsi que l’organisation de séances d’information avec les jeunes pour élargir le dialogue et échanger les expériences. Quant aux aspirations naturelles des candidats à la harga, elles pourraient bien attendre le prochain… forum.

FARID BELGACEM