Droit d’asile: L’Allemagne ferme son territoire aux Algériens

Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 20 janvier 2019

L’Allemagne ne va plus accorder l’asile politique aux demandeurs algériens et va accélérer, dès lors, les rapatriements, une mesure déjà convenue avec le gouvernement Ouyahia en septembre dernier lors de la «visite-éclair» de la chancelière Angela Merkel. Le «Bundestag» (Parlement) a en fait voté vendredi à la majorité un amendement de la loi sur l’asile en vertu duquel l’Algérie, mais également le Maroc, la Tunisie et la Géorgie font partie des «pays sûrs», et donc que les ressortissants, algériens notamment, ne sont plus éligibles à l’asile en Allemagne. L’amendement à la loi sur le droit d’asile a été adopté par 509 voix et 138 voix contre, sur les 709 députés actuels du Bundestag. Il y a eu de nombreuses abstentions. Le député social-démocrate (SPD) Helge Lindh a estimé que le texte est ‘’important pour ne pas donner de faux espoirs aux personnes qui souhaitent s’établir en Allemagne. Approuver la mesure a été une expression d’un pragmatisme sain », a-t-il soutenu. Mais, pour être adoptée, cette mesure doit passer par le Bundesrat (Sénat), qui a déjà bloqué la loi sur le droit d’asile en 2015, la jugeant discriminatoire. Selon l’agence de presse allemande DPA, le vote a été soutenu par le parti de droite de Merkel, la démocratie chrétienne (CDU) et le parti social-démocrate (SPD) formant la coalition gouvernementale, qui a obtenu la majorité des voix pour l’amendement de la loi sur le droit d’asile. Le vote a basculé en fait avec les voix du parti d’extrême droite «AfD», ainsi que le parti libéral démocrate (FDP) de centre-droite. Selon les «verts» et d’autres partis de l’opposition allemande, le gouvernement «dupe les Allemands en leur faisant croire que la reclassification de ces quatre pays peut potentiellement régler les problèmes que l’Allemagne a avec sa politique d’asile». L’opposition estime en outre que ces amendements affecteraient seulement un pourcentage «proche de zéro» des personnes effectuant une demande d’asile en Allemagne. L’adoption de cet amendement à la loi sur le droit d’asile s’inscrit en droite ligne des efforts de la coalition au pouvoir d’accélérer les expulsions de ressortissants de pays maghrébins, dont l’Algérie.

En 2017, et selon les chiffres du ministère allemand de l’Intérieur, il y aurait eu 1.910 demandes d’asile émanant d’Algériens, alors que le gouvernement allemand avait expulsé la même année 504 Algériens. Au mois de septembre dernier, à l’issue de sa visite de travail en Algérie où elle a négocié l’expulsion des Algériens en situation irrégulière ainsi que les demandeurs d’asile déboutés, la presse allemande avait d’une seule voix salué cet accord obtenu à l’arraché auprès du gouvernement algérien. De son côté, le Premier ministre Ahmed Ouyahia avait assuré à l’issue de la visite de Merkel à Alger que l’Algérie va rapatrier tous ses ressortissants en situation irrégulière en Allemagne quel que soit leur nombre. «Je vous confirme que l’Algérie récupérera ses enfants en situation irrégulière en Allemagne, qu’il s’agisse de 3.000 ou de 5.000 citoyens, tout en respectant un certain nombre de règles sur lesquelles on est en parfait accord avec les autorités allemandes», a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse conjointe avec Angela Merkel. Parmi ces règles, le Premier ministre a insisté sur l’identification de ces ressortissants pour s’assurer qu’il s’agit bien de citoyens algériens.

Il y aurait en Allemagne quelque 2.000 ressortissants Algériens considérés comme «sans papiers» ou ayant demandé l’asile politique.