A trois mois de l’échéance électorale: Les velléités de candidature demeurent rares

Liberté, 15 janvier 2019

La candidature du chef de l’État à sa propre succession étant inhibitrice, une lourde incertitude pèse ainsi sur l’élection, à telle enseigne que même ceux qui ont de tout temps joué le rôle de lièvre préfèrent plutôt tergiverser.

La présidentielle prévue au printemps prochain s’annonce d’ores et déjà être une élection pas comme les autres. À quelques jours de la convocation du corps électoral, aucune candidature sérieuse, si l’on peut dire, n’est connue. Aucun responsable politique susceptible de drainer les foules et, le cas échéant, d’animer une scène politique amorphe ne s’est affirmé. Ce sera donc à une élection inédite que seront conviés les électeurs au mois d’avril prochain. Ils seront appelés à choisir parmi un panel de candidats qui n’ont, jusque-là, pas annoncé leur intention d’entrer en lice.
Hormis Fethi Gherras du MDS et Abdelaziz Belaïd du Front El-Moustakbel, qui se sont porté candidats à la candidature, en attendant l’écueil des signatures, la scène politique ne s’emballe toujours pas, alors qu’ailleurs, une telle échéance est préparée des mois, voire des années à l’avance. Indépendamment du poids des candidats à la candidature connus jusqu’ici, la problématique qui se pose, également, est celle liée à la gestion du temps, irrémédiablement trop court pour mener, comme il se doit, une véritable campagne électorale. À trois mois de l’échéance, les chapelles politiques devraient se pencher sur les dernières retouches et l’entame des préparatifs de la campagne. Sauf qu’en Algérie, rien de tout cela.
À 90 jours du jour j, des prétendants temporisent toujours pour annoncer leurs intentions. À moins qu’ils n’attendent les quelques semaines d’avant l’élection pour sillonner tout le pays, vulgariser leur programme et tenter de convaincre les électeurs. Techniquement, la tâche est ardue. Elle l’est d’autant plus que la fermeture hermétique du champ politique, mais aussi des médias devant les cadres politiques notamment de l’opposition, les éloigne davantage des électeurs. Prétendre à la magistrature suprême en moins d’un mois d’activités politiques, aussi intenses soient-elles, relèverait de l’utopie, ou du moins, il revient à avouer qu’une telle participation répondrait à d’autres considérations autres que l’objectif de la compétition lui-même. En définitive, s’engager dans une campagne électorale au pied levé n’est pas un gage de victoire. À vrai dire, l’expectative dans laquelle se trouvent à la fois la classe politique et l’opinion publique est liée, essentiellement, à la position du pouvoir qui tarde à clarifier sa position et à annoncer son candidat. Les conjectures qui entourent la candidature ou pas de Bouteflika sont pour beaucoup dans cette monotonie qui paralyse la scène politique. La candidature du chef de l’État à sa propre succession étant inhibitrice, une lourde incertitude pèse ainsi sur l’élection à telle enseigne que même ceux qui ont de tout temps joué le rôle de lièvre préfèrent plutôt tergiverser. Une hésitation, somme toute légitime, de la part des prétendants face à l’épais brouillard sciemment entretenu faute de consensus en haut lieu et qui, finalement, démotive y compris les habituels candidats à la présidentielle. La crainte étant aussi face à la politique du “fait accompli” que veut imposer le régime, l’élection d’avril prochain donne tous les signes d’un scénario où seul le pouvoir, accompagné de quelques figurants, jouera tous les rôles dans un spectacle, plutôt tragicomique.

Mohamed Mouloudj


Une compétition sans enjeux, des animateurs absents

Vers une abstention électorale aggravée

À seulement trois mois du scrutin présidentiel, les Algériens ne semblent guère emballés par cette joute électorale censée être la plus importante dans la vie politique d’un pays. L’indifférence des citoyens aux échéances électorales, voire à la politique de manière générale, ne date pas d’aujourd’hui, certes, mais l’épais brouillard qui entoure cette échéance éloigne, cette fois, l’intérêt y compris de la classe politique. En effet, hormis les partis du pouvoir qui n’attendent plus que le feu vert d’en haut pour entrer en campagne officielle, pour soutenir, soit le
5e mandat pour le président Bouteflika, soit un autre candidat du système, le reste des partis politiques semblent avoir perdu tout espoir d’y aller. Certains affichent d’ailleurs clairement leur intention de boycotter cette élection si Bouteflika décide de briguer un 5e mandat. C’est le cas, entre autres, du parti de l’ancien chef de gouvernement, Ali Benflis, Talaie El-Houriat, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le mouvement Mouwatana ou encore le Mouvement pour la société de la paix (MSP). Avec la “défection” de tant de formations de taille, ajoutée au fort taux d’abstention régulièrement enregistré lors des précédents scrutins, quel réservoir électoral restera au pouvoir pour justifier la réélection du Président sortant ? Le taux de participation à l’élection présidentielle de 2014, faut-il le rappeler, était inférieur à 20% dont plus de la moitié
(1,7 million), des votants avaient introduit des bulletins nuls dans les urnes. Le scrutin d’avril prochain risque ainsi d’enregistrer un taux record d’abstention. Si l’administration a toujours su trouver la parade pour parer, un tant soit peu, à l’abstention, souvent en puisant dans un fichier électoral très contesté, cette fois, la tâche s’annonce pour le moins difficile. L’impartialité de l’administration et la mobilisation des corps de sécurité, ainsi que le réservoir électoral des partis du pouvoir suffiront-ils à “gonfler” le taux de participation au prochain scrutin ? Logiquement pas. Néanmoins, le système a toujours plus d’un tour dans son sac pour justifier les pratiques illégales et les fraudes les plus flagrantes lorsqu’il s’agit d’assurer sa survie. Seul bémol peut-être, cette fois-ci, le pouvoir ne dispose plus de la manne financière qui lui permettra l’achat d’un électorat, comme ce fut souvent le cas lors des précédentes échéances électorales. S’il peut, par ailleurs, miser sur les programmes de logements souvent mis en avant en pareille circonstance pour inciter les citoyens à voter, ceux-là ne sont plus importants comme c’était le cas auparavant, notamment lors des premiers mandats de Bouteflika où des millions de logements étaient lancés. Ainsi, et à moins d’un grand génie, sinon d’une fraude massive, parer à l’abstention lors du scrutin d’avril prochain ne serait pas une mince affaire pour le pouvoir.

Farid Abdeladim