L’acharnement contre Ali Ghediri comme signe avant-coureur de sa candidature aux présidentielles

Ihsane El Kadi, Maghreb Emergent, 7 janvier 2019

Les élections présidentielles ne sont pas au bout des surprises qu’elles promettent aux Algériens. Le scénario de l’une d’entre elles a peut-être été écrit ces derniers jours par la communication du MDN, inspiré par la présidence.

Si le général-major à la retraite Ali Ghediri n’avait peut-être pas l’intention de se lancer dans l’aventure de l’élection présidentielle, le ministère de la Défense nationale l’y aura sans doute poussé dans une bonne mesure. En moins d’une semaine, le communiqué d’une rare violence du ministère de la Défense contre le retraité de l’armée auteur de trois sorties dans la presse ces derniers mois, puis l’article de la revue El Djeich ont quasiment fait de Ali Ghediri l’homme pivot de la pré-campagne présidentielle.

Pourquoi donc un général à la retraite prenant à témoin l’opinion sur la nécessité du changement  a-t-il déclenché une telle levée de bouclier à la fois dans le cercle présidentiel et chez le chef d’Etat-major de l’ANP qui a endossé une riposte aux confins de la virulence ?  Saïd Bouteflika et Ahmed Gaïd Salah prêtent-ils à Ali Ghediri le projet de se présenter aux élections présidentielles d’avril prochain ? 

Plusieurs sources approchées par Maghreb Emergent ces derniers jours tendent à montrer que les menaces directes contenues dans la communication du ministère de la Défense  sont en fait à double tiroir. Elles ne visent pas tant  à priver le général à la retraite de son droit à commenter l’actualité politique de son pays mais, en réalité, à le dissuader de porter, s’il en avait l’intention, un projet politique en rupture avec le système, jugé plus « subversif » s’il était le fait d’un homme encore membre de la haute hiérarchie de l’ANP en 2015. 

Une bataille par anticipation 

La violente attaque du MDN, manifestement dictée par la présidence de la République serait donc, dans l’hypothèse d’une candidature Ali Ghediri aux présidentielles,  un premier épisode masqué d’une bataille politique à venir promise à se poursuite  sur un terrain électoral.  Elle a probablement même précipité ce scénario de la confrontation politique directe entre le régime de Bouteflika et une forme de dissidence politique venue de l’intérieur de l’ANP.

L’explication la plus plausible au zèle pro-Bouteflika affiché par le chef d’Etat-major dans son communiqué fielleux contre le Ali Ghediri serait donc un projet de candidature que porterait ce dernier et dont on aurait eu connaissance le cercle présidentiel.

Les indications recueillies par Maghreb Emergent ne démentent pas ce scénario de la bataille politique par anticipation. La présidence, et le ministère de la Défense ont dégainé les premiers. L’avocat Mokrane Ait Larbi a expliqué dans une tribune de presse que le citoyen Ali Ghediri a tout à fait le droit de s’exprimer et que les dispositions légales évoquées par le communiqué du MDN sur l’obligation de réserve faite aux anciens officiers supérieurs de l’ANP ne sont pas opérantes lorsqu’ils s’agit de commenter l’actualité politique du pays, droit constitutionnel reconnu à tout citoyen. Il se trouve que le général à la retraite a semble-t-il choisi  de ne pas réagir à la réaction du chef de l’Etat-major. Ali Ghediri avait interpellé nommément Ahmed Gaïd Salah dans un entretien à El Watan afin qu’il se conduise en rempart de la Constitution face aux velléités affichées de la violer une nouvelle fois.

Ali Ghediri un « risque » prioritaire ?

Les partis de l’alliance présidentielle ont interprété, notamment par la voix de Amar Ghoul, la réponse du ministère de la Défense comme un chèque à blanc pour le 5e mandat. Ce scénario d’une candidature d’un président très handicapé et absent, était déjà suffisamment problématique pour ses promoteurs pour qu’un projet de candidature inédit d’un ancien général-major ne vienne brouiller des cartes encore même pas complètement abattues sur la table. La présidence de la République et le ministère de la Défense ont donc jugé, la semaine dernière, qu’entre le boycott qui se dessine chez une grande partie de l’opposition, et une candidature en pointillé d’un général-major fraîchement parti à la retraite et réclamant une rupture générationnelle avec le système, le plus grand risque de désordre politique viendrait du second.  En trahissant ce qui a pris les allures d’une panique, les tenants de la continuité Bouteflikienne ont peut-être commis une erreur tactique en indiquant aux Algériens la hiérarchie des événements qu’ils redoutent. Et en confortant cette hiérarchie par la désignation presque compulsive de  Ali Ghediri comme ennemi politique numéro 1 de l’avant campagne présidentielle.