Plus de 2 200 migrants morts ou disparus en Méditerranée

L’Espagne est devenue une porte d’entrée en Europe

Liberté, 5 janvier 2019

Malgré la baisse du nombre d’arrivées en Europe, la Méditerranée demeure la voie la plus meurtrière pour les migrants et les réfugiés.

Plus de 2 200 migrants et réfugiés ont péri en mer Méditerranée en 2018, sur un total de 4 000 à travers le monde, selon le dernier rapport du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’Organisation des Nations unies (HCR), rendu public jeudi. “2 262 migrants sont morts ou portés disparus en tentant de traverser la Méditerranée en 2018, contre 3 139 l’année précédente”, a indiqué le HCR. Pour le taux de mortalité, il a augmenté en 2018 par rapport à l’année précédente, comme l’a souligné, dans une déclaration à l’AFP, la porte-parole du HCR en France, Céline Schmitt. “La Méditerranée est depuis plusieurs années la voie maritime la plus meurtrière au monde pour les réfugiés et les migrants, avec un taux de mortalité qui a fortement augmenté”, a-t-elle souligné, appelant les pays européens à “sortir de l’impasse actuelle” et de “mettre fin à des approches au cas par cas, c’est-à-dire bateau par bateau, pour savoir où débarquer les passagers secourus”. Le HCR a plaidé, à ce propos, pour un “mécanisme régional de débarquement”. Concernant les arrivées, 114 941 personnes ont réussi à gagner les côtes des pays méditerranéens en 2018, marquant une légère baisse, comparativement à l’année précédente (172 301 personnes), a ajouté la même source. En outre, “6 800 personnes, qui n’ont pas traversé la mer, ont été enregistrées dans le territoire africain,  dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla”, a noté le rapport du HCR, précisant qu’“au total, 121 755 migrants sont arrivés en Europe durant l’année 2018”. Par ailleurs, en 2018, l’Espagne a déclassé l’Italie, en devenant la première destination des migrants et réfugiés, avec l’accroissement de la surveillance des côtes libyennes et le renforcement du dispositif de répression des réseaux de passeurs. Ainsi, l’Espagne qui est redevenue la première porte d’entrée en Europe, a enregistré 55 756 arrivées par la mer, contre 22 103 en 2017. Cette tendance pourrait se poursuivre puisque les gardes-côtes espagnols ont indiqué mercredi dernier, avoir “porté secours à 401 migrants au cours des deux premiers jours de 2019”. De son côté, l’Italie a enregistré une importante baisse des arrivées avec 23 371 migrants et réfugiés accueillis en 2018, par rapport à 2017 où elle avait enregistré 119 369, contre 32 497 arrivées en Grèce. Détaillant les pays pourvoyeurs de migrants et de réfugiés, la Guinée arrive en première position en 2018 avec 13 068 personnes, suivie du Maroc avec 12 745 et du Mali avec 10 347 personnes. La Syrie arrive en quatrième position, suivie de l’Afghanistan et de l’Irak.

L’Europe se renferme sur elle-même

Pour rappel, l’année 2018 a été marquée par une crise diplomatique entre pays européens, au sujet de l’accueil des réfugiés, notamment après le discours antimigrants du gouvernement italien, qui a fermé les ports aux bateaux humanitaires cet été. Par conséquent, plusieurs navires humanitaires ont été contraints d’errer en Méditerranée depuis l’été, faute de savoir où accoster, et chaque situation s’était débloquée avec un accord trouvé dans l’urgence entre pays européens pour se répartir les réfugiés. En ce début 2019, deux navires d’ONG allemandes transportant 49 migrants ont reçu l’autorisation de s’“abriter” dans les eaux maltaises. Les Pays-Bas et l’Allemagne avaient évoqué un accueil en cas de partage avec d’autres pays européens. “Nous sommes prêts à participer, dans le cadre d’un effort européen et pour les personnes qui sont en besoin de protection”, a indiqué, jeudi, la présidence française. Cependant, l’Italie, Malte et l’Espagne ont refusé d’accueillir les migrants secourus par ce navire. En outre, les navires humanitaires qui dénoncent des entraves croissantes à leur action, sont de moins en moins nombreux. À l’exemple de Médecins sans frontières (MSF) et SOS Méditerranée, qui, début décembre, ont dû mettre un terme aux opérations de leur bateau l’“Aquarius”. MSF avait alors pointé la responsabilité des gouvernements européens dans les décès en Méditerranée, “en soutenant les gardes-côtes libyens pour intercepter les personnes en mer”.

Sihem Benmalek