Un front social dans l’expectative !

Nawal Imès, Le Soir d’Algérie, 2 janvier 2019

Pas de répit sur le front social. L’année débute avec un lourd reliquat en matière de revendications sociales. Dans beaucoup de secteurs d’activités, les attentes sont encore immenses et les problématiques soulevées encore récurrentes. Le pouvoir d’achat qui s’érode, les salaires qui stagnent et les perspectives économiques pessimistes constitueront en 2019 une bombe à retardement certaine.
Nawal Imès- Alger (Le Soir) – Si l’année s’achève sur un semblant d’accalmie, le front social est néanmoins dans l’expectative. Les prévisions au plan économique sont loin d’être rassurantes : les réserves de change qui fondent comme neige au soleil, les cours du pétrole qui tardent à redécoller seront autant de facteurs qui alimenteront un front social déjà éprouvé par un pouvoir d’achat qui s’effondre à grande vitesse. Mais ces préoccupations ne sont pas les seules en mesure d’allumer le feu de la contestation. Les atteintes aux libertés syndicales sont de plus en plus nombreuses. Les syndicalistes font état de rétrécissement des marges de manœuvre des représentants syndicaux. C’est dans ce contexte tendu qu’était née la Confédération nationale des syndicats autonomes. Regroupant des syndicats représentant plusieurs secteurs d’activités, la confédération est le fruit d’un long processus qui a permis à des syndicats de mûrir pour fédérer des actions qui, jusque-là, étaient menées en solo, par secteur d’activité. Persona non grata lors des tripartites, les syndicats autonomes ne comptent pas attendre une invitation officielle pour peser sur le débat. Ils sont bien décidés à ne pas jouer les figurants. Ils mettront au cours de l’année, une fois de plus, la question du pouvoir d’achat, des salaires et des conditions de travail sur la table des négociations même si, souvent, ils doivent forcer des portes pour s’imposer comme le partenaire social représentatif avec lequel il faut compter. Dans le secteur de l’éducation, le ton est déjà donné. Les syndicats signataires de la charte d’éthique proposée par le département de l’éducation ont fini par s’en retirer. Ils reprochent au ministère de l’Education de prendre des décisions en solo, de ne pas les impliquer dans la gestion de dossiers qui impliquent l’avenir du secteur. Si la majorité des revendications liées aux salaires sont quasiment réglées, les plans de carrière, les rapports avec les responsables locaux, la mise en œuvre d’accords préalables restés sans suite continuent de pourrir les rapports entre syndicats et ministère, laissant perdurer une situation qui risque à tout moment de remettre en cause une fragile trêve. Au niveau de l’enseignement supérieur, la situation n’est pas plus reluisante. Les universités se retrouvent dans une situation qui ne satisfait ni enseignants ni étudiants. Si le secteur n’a pas connu, depuis, de mouvements de protestation d’envergure nationale, au plan local, la situation est des plus précaires. De manière régulière, des universités connaissent des mouvements de protestation initiés par des étudiants mécontents ou des enseignants qui soulèvent des revendications socioprofessionnelles. Ces dernières ne se résument pas à de simples attentes en matière de salaires. Il s’agit surtout de conditions de travail, de rapports avec des recteurs qui, très souvent, ne tolèrent pas l’activité syndicale. Des syndicalistes se sont récemment retrouvés à tenir leur assemblée générale dans la cour de l’université tandis qu’un recteur n’a pas hésité à afficher une note interdisant tout «attroupement» d’enseignants. Le Cnes, principal syndicat du secteur, n’en finit pas d’interpeller une tutelle qui, jusque-là, ne répond pas toujours aux attentes d’une corporation en colère.
Le secteur de la santé, qui s’est illustré l’année dernière par l’un des mouvements de protestation les plus longs qu’il n’ait jamais connu, n’est pas à l’abri de nouvelles manifestations de colère. Les conditions d’exercice au sein des établissements de santé ne sont satisfaisantes pour aucun corps de métier. Qu’il s’agisse de médecins ou de paramédicaux, l’insatisfaction est la même. Elle risque à tout moment de déboucher, une fois de plus, sur un bras de fer qui ouvrira un autre chapitre dans le long processus de luttes syndicales.
N. I.