Les décisions du colonel Lahbiri suivies d’annulation : Le gel des promotions et l’affaire Hamel

Salima Tlemcani, El Watan, 27 décembre 2018

Six mois après sa désignation à la tête de la Sûreté nationale, le colonel Mustapha Lahbiri peine à s’imposer en tant que premier responsable de cette institution. Ses décisions sont souvent suivies de contre-décisions venues «d’en haut» qui mettent à mal son autorité.

La tension est montée d’un cran ces derniers jours, avec l’annulation d’un mouvement de 5000 policiers (de l’agent de l’ordre public jusqu’au contrôleur) et le maintien de son prédécesseur, Abdelghani Hamel, dans la résidence de la DGSN (Direction générale de la Sûreté nationale) située à Hydra, sur ordre de la Présidence, poussant le colonel Lahbiri à sortir de ses gonds.

Il faut dire que depuis son installation en juillet dernier, à l’exception des mesures de limogeage qui ont touché les chefs de sûreté de wilaya, concernés directement et indirectement par l’affaire des 701 kg de cocaïne, liée au magnat de l’immobilier, Kamel Chikhi, Lahbiri n’a pu «déminer» l’institution qu’il dirige.

En août dernier, le colonel Lahbiri décide de relever de son poste le directeur de la police des frontières, à la suite des révélations sur le statut de privilégié accordé à Kamel Chikhi au niveau des aéroports, où il passait par le salon d’honneur, mais 24 heures plus tard, une contre-décision le maintenant à son poste est rendue publique. Même scénario avec le mouvement des chefs de sûreté de wilaya. «Des changements ont été opérés au niveau de 23 sûretés de wilaya. Les décisions étaient signées, les concernés informés et l’information diffusée. Subitement, une contre-décision est tombée pour annuler le mouvement.

L’information est relayée par toutes les chaînes de télévision privées. Mais le coup de grâce a été le dernier mouvement de promotion de 5000 policiers qui n’avaient pas été promus durant près de 10 ans, dont la cérémonie devait coïncider avec la célébration de la Journée de la police arabe.

Ces promotions touchent tous les grades, de l’agent de l’ordre public jusqu’au contrôleur. Des télégrammes avaient été envoyés aux inspections régionales et aux chefs de sûreté de wilaya pour préparer les cérémonies de remise de grades et certaines l’avaient déjà organisée, lorsque le télégramme d’annulation est parvenu. Ce fut un choc pour bon nombre de policiers qui attendaient ce jour depuis longtemps», expliquent nos interlocuteurs.

Les raisons de ces annulations «ne sont pas claires», nous dit-on. «Nous savons, cependant, qu’elles émanent de la Présidence. Elles ont soi-disant été suscitées par des réclamations de certains cadres de la DGSN, placés par l’ex-patron de la police et qui ont des relais assez puissants à l’intérieur du palais d’El Mouradia. Il semblerait que les contestataires aient parlé de suspicions autour de certaines promotions, alors que celles-ci ont touché le personnel qui n’a pas été promu depuis 10 ans. Ce qui est un droit», soulignent nos sources.

Visiblement, le colonel Lahbiri se trouve dans une impasse. Il vient d’essuyer un autre revers. La Présidence lui a notifié son refus de faire sortir Abdelghani Hamel de la résidence de la police, au plus tard le 16 décembre dernier. Fort de ses appuis à la Présidence, l’ex-DGSN fait fit des décisions du colonel Lahbiri. Il est vrai que les relations entre les deux officiers ont toujours été mauvaises.

La mort de ce jeune officier, terrassé par une présumée crise cardiaque, dans son bureau à l’aéroport d’Alger, a choqué bon nombre de ses collègues. Il faisait partie de ceux qui attendaient depuis des années cette promotion, mais il n’a pas pu l’avoir. Le stress de l’attente et la déception ont fini par le terrasser.

Depuis des années, l’institution policière est l’otage de ses dirigeants qui, dans le pire des cas, agissent en tenant compte de leurs propres intérêts, et dans les meilleurs des cas, la mettent au service des tenants du pouvoir. Les uns et les autres n’ont malheureusement pas pris en compte la ressource humaine, la colonne vertébrale de toutes les polices du monde.