Des promoteurs récusent toute politisation de leur mouvement : Dynamique Citoyenne au Sud

Houria Alioua, El Watan, 26 décembre 2018

«Khallouh yghanni wahdou», littéralement «Laissez-le chanter seul». Les images du lancement, à partir de Ouargla, d’une campagne de boycott des soirées musicales le 26 juillet dernier a fait le tour du monde.

Les manifestants, qui voulaient attirer l’attention de l’opinion publique sur la misère et le marasme des habitants dépourvus d’eau, de réseaux d’assainissement et d’électricité suffisante lors d’une canicule exceptionnelle enregistrant des records de température mondiaux avec +53°C, se sont vu traités de dangereux islamistes après avoir effectué une prière collective près du théâtre de Verdure de la ville. La polémique a duré plusieurs semaines.

Un mois plus tard, le décès du Dr Aïcha Aouisset, piquée par un scorpion, a suscité une nouvelle vague de colère ne voulant plus s’incliner aux promesses des autorités. Des rencontres quasi-quotidiennes à travers les quartiers pour mobiliser toute la ville, une manifestation hebdomadaire pour se faire entendre et exiger le départ du wali, se sont muées en deux grandes manifestations les 15 septembre et 3 novembre.

Réaction des autorités : une rencontre ad hoc regroupant l’exécutif et les comités de notables de la wilaya pour calmer les esprits et s’engager dans la voie du dialogue. Le degré de répression a varié du contrôle à distance à l’usage de gaz lacrymogène et bastonnade des manifestants.

La continuité de ce mouvement et l’élévation de la barre des revendications ont mûri dans un contexte de libre expression où les forces de l’ordre ont joué le rôle de protecteur des édifices et biens publics, tout en traçant une ligne de démarcation à ne pas franchir aux manifestants qui se sont succédé. Mais dès le début, le mouvement s’est auto-limité en récusant toute dimension politique, soulignant le caractère exclusivement social. Ainsi, l’effet «surprise» suscité dans la communauté nationale et internationale par ce nouveau mouvement citoyen né au Sud est sans cesse renouvelé.

Les projets évoqués dans la plateforme sont toujours attendus après un retour au calme imposé. Nacer Lazhar, président du Café littéraire de Ouargla et membre fondateur de l’observatoire citoyen algérien présidé par le Dr Sabrina Rahimi, avait salué une dynamique citoyenne nouvelle et appelé à consolider la plateforme de revendications et accepter le dialogue avec les autorités et les élus. Un compromis semble avoir été trouvé pour le moment…