Respect des libertés publiques en Algérie: Un constat accablant

Liberté, 18 décembre 2018

“Les conditions de travail des journalistes sont rendues compliquées par un arsenal judiciaire qui les pousse à l’autocensure”, a relevé cette institution.

Le Parlement européen n’a pas été indulgent avec le gouvernement sur la situation qui prévaut en Algérie en matière de respect des libertés publiques. Dans son document “Briefing” de 11 pages intitulé “Algérie et Union européenne : défis avant les élections”, le Parlement européen a consacré un chapitre entier sur la situation de la liberté de la presse et d’expression, les manifestations publiques et les restrictions imposées aux associations et aux syndicats. Sous l’intitulé “Les libertés publiques sous surveillance”, ce chapitre aborde d’emblée les libertés de réunion, d’association et la liberté d’expression qui “sont toujours restreintes”, lit-on dans le document. Citant l’exemple de l’interdiction de manifestations publiques dans le Grand-Alger depuis 2001, le Parlement européen a indiqué que “la liberté de réunion est très contrôlée, les manifestations sont interdites à Alger”, non sans affirmer que ces restrictions sont valables “ailleurs dans le pays”, où “les forces de sécurité tendent à disperser les rassemblements”. Dans ce rapport, la même institution a déploré la situation que vit, au quotidien, la presse algérienne, allant de l’interdiction de certains médias jusqu’à l’imposition de l’autocensure. “Les conditions de travail des journalistes sont rendues compliquées par un arsenal judiciaire qui les pousse à l’autocensure. Un certain nombre de médias sont par ailleurs interdits”, a regretté cette institution. En se basant sur les derniers développements survenus dans le pays, avec l’emprisonnement des journalistes et des blogueurs, les restrictions des libertés sur la presse électronique et le chantage par la distribution orientée de la publicité étatique vers les médias proches du pouvoir central, le Parlement européen n’a pas été tendre avec le gouvernement algérien. Abordant le rôle que devait jouer la société civile, le Parlement européen a indiqué que le mouvement associatif et les syndicats ont également été touchés par les restrictions imposées par le gouvernement.
D’ailleurs, il rappellera, dans le même “Briefing”, le rapport annuel de l’Union européenne (UE) sur la situation des droits de l’Homme établi et publié en 2015. En ce sens, le Parlement européen a relevé que “la liberté d’association souffre de restrictions, notamment dans l’enregistrement des associations”. Il relèvera également que cet état de fait touche de plein fouet les libertés syndicales, affirmant que “c’est particulièrement vrai dans le domaine syndical, sur lequel le Parlement européen a attiré l’attention en 2015 par une résolution, en soulignant combien l’exercice de la contestation sociale face aux difficultés économiques de plus en plus grandes que rencontre l’Algérie était rendu difficile par les autorités”.
Ce rapport publié à quelques mois seulement de l’élection présidentielle d’avril 2019 renseigne, on ne peut mieux, l’inquiétude du Parlement européen, qui relève que “l’équation algérienne reste complexe” et que la restriction des libertés s’inscrit en porte-à-faux avec ses engagements avec les autorités algériennes.

FARID BELGACEM