Cafouillage à la DGSN

Elle annonce un mouvement dans la police et précise ensuite qu’il n’est pas définitif

Liberté, 15 décembre 2018

La liste des officiers concernés par le mouvement opéré a-t-elle été diffusée par méprise, voire fuitée intentionnellement alors qu’elle devait être sous embargo ?

C’était déjà dans l’air. Le vaste mouvement qui avait touché la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) depuis la nomination du colonel Mustapha El-Habiri à la tête de cette institution sécuritaire se poursuit et touche cette fois-ci des officiers supérieurs, c’est-à-dire des commissaires divisionnaires qui géraient, jusqu’ici, les sûretés de wilaya.
En effet, après le limogeage des chefs de sûreté de wilaya, notamment ceux d’Alger, d’Oran, de Mostaganem, de Béjaïa et de Tizi Ouzou, M. El-Habiri passe la vitesse supérieure et opère un changement en profondeur. Ce mouvement, opéré dans la soirée de mercredi dernier, a touché 28 officiers supérieurs, tous des chefs de sûreté de wilaya, dont 11 ont fait l’objet de décision de nouvelle  nomination et 12 autres de décision de mutation.

Selon un communiqué rendu public jeudi dernier à la mi-journée par la DGSN, des commissaires divisionnaires ont été désignés pour occuper le poste de chef de sûreté de wilaya à Béchar, Batna, Biskra, Bouira, Jijel, Boumerdès, Sidi Bel-Abbès, Guelma, El-Oued, Aïn Témouchent et Oran. En parallèle, une douzaine de chefs de sûreté de wilaya ont fait l’objet de permutations et devront occuper leurs postes conformément aux directives de M. El-Habiri dès la semaine prochaine, c’est-à-dire lors des vacances scolaires. Parmi les wilayas touchées, on citera, entre autres, Béjaïa, Annaba, Tamanrasset, Bouira, Mila, Skikda, Boumerdès, Chlef, Tlemcen et Constantine.

Pour les 5 autres commissaires divisionnaires, M. El-Habiri a mis fin à leur fonction de chef de sûreté de wilaya à Batna, Biskra, Annaba, El-Oued et Aïn Témouchent. Un limogeage qui ne dit pas son nom, d’autant que, depuis sa nomination à la tête de la DGSN, M. El-Habiri voulait privilégier les officiers issus des postes de l’opérationnel pour un meilleur rendement et l’obligation des résultats aux plans du renseignement et de l’opérationnel. Mais le mouvement ainsi annoncé fera vite l’objet d’un autre communiqué de presse rendu public deux heures après. Ce dernier précisait que ce mouvement n’était pas définitif jusqu’à son approbation par les pouvoirs publics. Que s’est-il passé pour que la DGSN communique de la sorte ? La diffusion de la liste des wilayas et des officiers de police concernés par le mouvement suppose qu’elle a été préalablement validée par “les pouvoirs publics” et elle ne peut donc qu’être définitive. La liste a-t-elle été diffusée par méprise, voire fuitée intentionnellement alors qu’elle devait être sous embargo ?

Contactée par nos soins, une source à la DGSN a affirmé qu’“il s’agissait d’un mouvement ordinaire” et qu’“il n’était pas définitif. Les décrets de nomination, de permutation et de fin de fonction ne sont pas encore signés”.

À la question de savoir à quoi obéirait le second communiqué de presse, la même source a indiqué que “la liste définitive attendait l’approbation du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales”. Selon notre interlocuteur, ce vaste mouvement a été opéré, pour la première fois, par la DGSN, en coordination avec le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, et ce, dans le cadre d’une commission mixte.

FARID BELGACEM