Le CNDH élude la presse électronique dans son rapport sur les droits de l’homme

Younes Saâdi, Maghreb Emergent, 15 décembre 2018

Les institutions de l’Etat continuent d’ignorer l’existence de la presse électronique dans le pays. Après l’Anep qui refuse de donner de la publicité publique aux médias électroniques et le ministère de la Communication qui tarde à mettre en place un cadre juridique à cette presse devenue en réalité, le tour vient au Conseil national des droits de l’homme (CNDH), de leur emboîter le pas.

Installée l’an dernier, cette institution constitutionnelle sensée rappeler à l’ordre le gouvernement à chaque fois  qu’il dérape sur la question des droits de l’homme a complètement ignoré, dans son rapport annuel sur la situation des droits de l’homme en Algérie durant l’année 2017, l’existence de la presse électronique dans le pays.

Ses remarques dans le chapitre réservé à la liberté de la presse se sont limitées à la presse écrite, à la radio et à la télévision. Aucun mot sur le combat que mènent les médias électronique depuis plus d’un an, pour arracher une reconnaissance. Pis encore, le rapport a totalement éludé le blocage partial, non assumé, du site électronique Tout sur l’Algérie (TSA), entre le 5 octobre et le 28 novembre 2017.

Dans les pages 15 et 16 de ledit rapport, il est écrit ce qui suit : « La liberté d’expression et de la presse est l’un des piliers fondamentaux d’une société démocratique. Les dispositions constitutionnelles et législatives en Algérie ainsi que les pactes internationaux ratifiés pat l’Etat algérien accordent une grande importance à cette liberté. Le nombre de journaux, de magazines, de stations radio et de chaines de télévision existant en Algérie est une preuve irréfutable de la consécration, en pratique, de cette liberté, et de son développement progressif et effectif, malgré quelques difficultés objectives ».

Toujours dans la page 16, le CNDH formule des recommandations aux pouvoirs publics pour « Promouvoir la liberté de la presse en Algérie ». Là encore, les rédacteurs du document donnent l’impression que le temps s’est arrêté pour eux au milieu des années 90. « Le Conseil national recommande, également, aux autorités publiques d’installer l’autorité de régulation de la presse écrite qui délivre, notamment, les autorisations pour la création de publications », lit-on dans le rapport. L’absence d’une autorité de régulation pour la presse écrite est le seul souci de cette institution qui refuse d’admettre que la généralisation de l’utilisation d’internet a bouleversé le monde de la presse dans le monde et en Algérie aussi.

Le statut des télévisions privées ignoré également

Le statut flou et ambigu des télévisions privées en Algérie n’est pas aussi un problème des droits de l’homme pour le CNDH. Refuser aux Algériens de créer des chaines de télévisions reconnues en tant médias algériens ne constitue pas une violation des droits humains aux yeux du Conseil national des droits de l’homme. Dans son rapport, le conseil a préféré de parler d’éthique et déontologie que doivent respecter les journalistes que d’évoquer le blocage en séries que subissent les chaines de télévisions algériennes commençant par la problématique du statut juridique. Il est utile de rappeler que toutes les chaines de télévisions privées existantes en Algérie sont considérées comme des chaines étrangères. Un paradoxe qui renseigne sur la volonté réelle des décideurs d’ouvrir le champ audiovisuel à l’investissement privé.