La Laddh en appelle aux états généraux des droits de l’homme

Dressant un tableau sombre de la situation des libertés en 2018

Madjid Makedhi, El Watan, 11 décembre 2018

La Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (Laddh) dresse un tableau sombre de la situation des libertés en Algérie en 2018. «Deux ans après la levée officielle de l’état d’urgence, les pratiques du pouvoir restent les mêmes.

Les libertés d’association, de réunion et d’expression sont toujours malmenées», affirme le président de la Ligue, Noureddine Benissad. Intervenant lors d’une conférence de presse, animée hier à Alger pour célébrer le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’orateur appelle à mettre un terme aux violations multiformes des droits de l’homme dans le pays.

«Nous en appelons aux états généraux des droits de l’homme. Il est temps de mettre le holà et de jeter les bases d’un Etat respectueux des conventions internationales et de sa propre Constitution», lance-t-il, appelant tout le monde, y compris les autorités, à s’engager dans cette voie. «Il ne peut y avoir un avenir des droits de l’homme sans l’existence d’une volonté politique de les promouvoir», ajoute-t-il.

Pour l’instant, selon lui, cette volonté fait défaut. L’année 2018 est, explique-t-il, marquée par une hausse inquiétante des atteintes aux libertés : emprisonnement de blogueurs et de journalistes, interdiction de manifestations, harcèlement continu des associations…

«Les restrictions sont telles, qu’on ne peut plus parler de la promotion du rôle de la société civile en Algérie. Aucune organisation de défense des droits de l’homme n’est agréée. Cela confirme les intentions du pouvoir concernant les droits de l’homme», précise M. Benissad.

Evoquant la situation des migrants et la question des harraga, le président de la Laddh interpelle aussi les autorités : «La Constitution révisée en 2016 a prévu une loi sur les réfugiés, mais deux ans après, ce texte n’a pas vu le jour.

C’est cette loi qui devrait permettre la mise en place d’institutions en mesure de générer la problématique de la migration.

Quant aux harraga, l’Etat doit examiner sérieusement le phénomène pour connaître les raisons qui poussent ces jeunes à quitter le territoire national au péril de leur vie.» Noureddine Benissad dénonce aussi la surpopulation des prisons algériennes due, selon lui, au recours abusif à la détention provisoire.
Les élections n’ont «aucun sens»

Abordant la problématique des élections, le premier responsable de la Laddh estime que «les garanties pour l’organisation de joutes électorales libres et transparentes ne sont pas réunies.

Les élections n’ont aucun sens chez nous». Intervenant à la même occasion, Aïssa Rahmoune, membre du comité directeur de la Ligue, affirme qu’aujourd’hui, les acquis réalisés par les générations précédentes en matière des droits de l’homme sont menacés : «Nous sommes dans une véritable impasse politique.

Tous les corps de la société sont incapables d’agir.» Pour sa part, Mahrez Bouiche déplore la montée inquiétante de «la violence du pouvoir qui réprime systématiquement les actions de la société civile».

Annonçant la publication prochaine du rapport de la Laddh sur les droits de l’homme, Moumene Khelil précise que «l’amélioration des droits de l’homme en Algérie dépend d’une réelle ouverture politique».