Migration : l’Algérie doublement touchée

Confrontée aux harragas et aux arrivées massives des subsahariens

Liberté, 8 décembre 2018       

L’Algérie est doublement concernée par le pacte de l’ONU sur les migrations en tant que pays d’accueil et pays pourvoyeur de migrants.

Les 10 et 11 décembre, les 193 membres des Nations unies débattront, à Marrakech, du pacte sur les migrations. Le choix du timing, une date où l’on célèbre la Journée des droits de l’Homme, n’est pas fortuit. La représentante de l’ONU pour les migrations et quelques pays participants voudront présenter l’immigration maîtrisée “comme moteur de développement” et surtout orienter, contre vents et marées (défection de la Hongrie, de l’Autriche, de la Pologne, de la République tchèque, de la Bulgarie,  de la Slovaquie, de l’Italie, de l’Estonie, de la Lettonie, de la Suisse, de l’Australie, d’Israël et de la République dominicaine), les discussions sur les aspects humanitaires, mettant en relief le drame des migrants qui empruntent clandestinement la voie maritime ou traversent le désert pour atteindre leur destination, l’Europe principalement.

De 2014 à juillet 2018, l’Organisation internationale des migrations (OIM), affiliée à l’ONU, a dénombré 5 773 personnes retrouvées mortes en mer et 11 109 portées disparues. Ce qui équivaut à plus de 300 victimes par mois. C’est énorme ! L’Algérie connaît bien le phénomène. Elle vit aux soubresauts des départs de barques de fortune des plages d’Annaba, de Béni-Saf, d’Arzew et actuellement, de Tipasa et de Tigzirt, vers les côtes espagnoles et italiennes. Selon des chiffres du MDN, 5 000 tentatives d’immigration clandestine ont avorté sur intervention des gardes-côtes algériens en 2017. Dans la même année, plus de 17 500 harragas, qui ont réussi à traverser la Méditerranée, sont détenus en Europe, a indiqué la Ligue algérienne des droits de l’Homme (Laddh), dans un communiqué diffusé en janvier 2018. Le nombre de ceux qui ont été interceptés par les autorités tunisiennes et marocaines et mis en prison reste imprécis. Autant pour les jeunes gens qui ont échappé aux mailles des gardes-côtes des pays d’origine et d’accueil et sont parvenus à s’introduire illégalement en Europe. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) parle de 8 500 arrivées irrégulières d’Algériens sur l’ensemble des côtes européennes. Les statistiques doivent être dans les mêmes proportions en 2018. Le spectre de la mort en mer ne dissuade guère les candidats à la harga, de plus en plus nombreux. Rien qu’au mois de novembre, des dizaines ont été arrêtés ou retrouvés morts avant même de quitter les eaux de souveraineté nationale.

Malgré la promulgation, en 2009, d’une loi répressive contre la harga, une fetwa du HCI (Haut-Conseil islamique) l’interdisant formellement au regard de la religion, l’Algérie ne parvient pas à endiguer le phénomène qui prend de l’ampleur. Elle ne maîtrise pas, non plus, le flux migratoire qui, lui, arrive d’Afrique subsaharienne et dans une moindre mesure de Syrie. Un rapport de la Laddh relève l’introduction sur le territoire de souveraineté nationale, par les frontières du Sud essentiellement, de 27 000 migrants subsahariens, chaque année. Leur présence pourrait âtre quantifiée à un million de personnes “si leur afflux se poursuit au même rythme”, estime-t-on dans le document.

L’Algérie compte, en outre, 165 000 réfugiés sahraouis dans les camps de Tindouf et 4 000 Palestiniens, ainsi qu’environ 40 000 Libyens et 16 000 Syriens, au décompte de début 2018. C’est dire que le pays est doublement concerné par le pacte de l’ONU sur les migrations en tant que destination d’accueil et source pourvoyeuse de migrants clandestins.

En mars dernier, le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, a dévoilé, à l’assemblée générale de l’Union interparlementaire (UIP), la politique de l’Algérie en la matière. Il a défendu l’option de “l’adoption d’une approche basée sur des mesures préventives et la consécration de la coordination, de la solidarité et de l’équilibre dans le partage des responsabilités et des charges entre les pays d’origine, de transit et d’accueil”. Le même plaidoyer devrait être développé, ce lundi, par le représentant de l’Algérie au sommet de Marrakech.

Souhila Hammadi