Affaire «Khalifa» : L’acte II du procès à partir d’aujourd’hui

Affaire «Khalifa» : L’acte II du procès à partir d’aujourd’hui

par Tahar Mansour, Le Quotidien d’Oran, 2 avril 2013

C’est finalement aujourd’hui, mardi 2 avril 2013, que le procès en appel de ce qui a été qualifié de scandale du siècle se tient, à la Cour de Blida qui a statué en première instance, en 2007, et a prononcé des condamnations, allant de 18 mois de prison avec sursis à 20 années de réclusion criminelle contre 80 accusés dans l’affaire de la «Khalifa Bank», dont les principaux accusés avec à leur tête Abdelmoumène Rafik Khalifa sont encore en fuite à l’étranger. Soixante-quinze recours, tant de la défense que du ministère public, ont été acceptés par la Cour suprême qui a renvoyé l’affaire devant la même juridiction qui avait prononcé les premières condamnations. Devant le peu d’informations en provenance des autorités judiciaires, la rumeur a pris le relais et l’annonce du report du procès a été faite par plusieurs canaux mais sans qu’aucune source officielle ne soit citée, hormis certains qui se sont basés sur les déclarations d’avocats qui affirmaient qu’ils allaient user de tous les moyens pour faire reporter le procès car, selon certains, le juge désigné pour présider le procès en appel, M. Antar Mohamed, serait connu pour son intransigeance et sa rigueur dans l’application de la loi. D’ailleurs, nous avons assisté, avant-hier dimanche, à quelques préparatifs consistant en la mise en place de barrières métalliques, ramenées par camions entiers, et déchargées à l’intérieur de la bâtisse abritant la Cour de Blida, ce qui laisse préjuger que des mesures sécuritaires exceptionnelles vont être prises. Nous apprenons aussi que près de 300 convocations ont été envoyées, soit aux prévenus, soit aux témoins et que ceux qui sont en liberté et qui vont être rejugés devront se présenter vingt-quatre heures à l’avance pour une prise au corps. Pour rappel, le principal accusé, Abdelmoumène Rafik Khalifa a fondé une banque dénommée ‘Khalifa Bank’ le 12 avril 1998 qui fut le début d’une aventure exceptionnelle et d’une ascension qui laissa sidérés tous les Algériens et même au-delà de nos frontières. Ce fut alors une course de la part de Khalifa Abdelmoumène qui attira des capitaux énormes en offrant des taux d’intérêt très élevés, les caisses de Khalifa Bank se remplirent très vite et son patron fut courtisé par tous, les riches, les personnalités publiques et les hommes d’affaires pour qui il était devenu un exemple de réussite à suivre, coûte que coûte. Pour le petit peuple, ce sont les milliers d’emplois (près de 20.000) qu’il offrait soit dans la banque, soit dans les autres entreprises qu’il créait très vite, trop vite même, et qui prenaient un essor fulgurant, surpassant même les sociétés nationales ou privées qui avaient pignon sur rue, depuis des années. Les responsables des entreprises publiques se virent offrir des privilèges comme des billets d’avion gratuits à bord des avions de ‘Khalifa Airways’ ou carrément des billets de banque, en dinars, en euros ou en dollars ainsi que d’autres privilèges, ceci pour les inciter à déposer les fonds dont ils avaient la gestion, dans la ‘Khalifa Bank’. Le train de vie de Khalifa Abdelmoumène ressemblait à celui des ‘mille et une nuits et il acheta plusieurs villas en France, en Angleterre ou dans d’autres pays, et il créa même une télévision, ‘Khalifa TV’ en France ainsi qu’une succursale de la banque. Cependant, la chute fut aussi rapide que l’ascension et, le 22 novembre 2002, les transferts de fonds vers l’étranger sont bloqués car jugés illégaux et, en février 2003, trois de ses plus proches collaborateurs sont arrêtés à l’aéroport d’Alger avec 200.000 euros, en liquide, qu’ils voulaient faire sortir du pays illégalement. Les petits épargnants se rendirent compte que leur argent était perdu et peu d’entre eux ont pu récupérer une partie de leurs dépôts alors que le Trésor Public a perdu entre 3 et 4 milliards de dollars US. Par la suite, une procédure de liquidation du groupe Khalifa est engagée et, de janvier à mars 2007 eut lieu le procès de ‘Khalifa Bank’ dans lequel les 104 accusés étaient poursuivis pour les chefs d’inculpation d’association de malfaiteurs, d’escroquerie, de vols qualifiés, falsification de documents officiels, d’abus de confiance et trafic d’influence en plus de transfert illégal de fonds. Les procès des autres sociétés faisant partie du groupe Khalifa auraient dû être engagés, par la suite, mais rien ne filtre de la part des instances concernées qui déclarent, à chaque fois, que l’enquête suit son cours et que des révélations seront faites en temps opportun.

Pour ce procès en appel, qui ne devrait durer, selon Me Boulefrad, un ténor du barreau, rencontré sur place, qu’une quinzaine de jours, il est attendu d’autres informations concernant des personnalités connues et qui auraient été épargnées, lors du procès de 2007. Mais y aura-t-il vraiment du nouveau ? Les prochains jours nous le diront certainement.