Rencontre de Genève sur le Sahara occidental: Faut-il se faire des illusions ?

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 8 décembre 2018

La rencontre Front Polisario Maroc s’est achevée jeudi à Genève. Peu d’éléments laissant entrevoir l’amorce d’un nouveau tournant dans le règlement du conflit ont cependant été enregistrés.

Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Hormis les déclarations naturellement encourageantes des parties observatrices présentes à l’événement, la donne demeure inchangée pour l’heure. Les déclarations du chef de la délégation marocaine ne souffrent aucune ambiguïté. Intervenant lors d’une conférence de presse, le ministre marocain des Affaires étrangères s’est montré intransigeant sur les questions fondamentales.

«L’autodétermination est une chose, le référendum en est une autre», a, en effet, déclaré Nacer Bourita. Et d’ajouter, pour mieux se faire comprendre : «L’autodétermination se fait à travers des négociations, le référendum n’est pas à l’ordre du jour.» Ces propos indiquent que la porte menant vers la concrétisation du plan de paix onusien devant déboucher sur l’organisation d’un référendum demeure ainsi hermétiquement fermée. Ils soulèvent aussi et surtout de lourdes questions sur les raisons qui justifiaient l’adhésion marocaine au principe d’une rencontre avec les Sahraouis.

Le «dialogue» bilatéral entre les deux parties a été interrompu il y a six ans de cela sur décision du roi qui se refuse à toute perspective pouvant mener à l’indépendance du Sahara Occidental. Durant toute cette période, celui-ci a, au contraire, déclenché une intense offensive diplomatique pour obtenir l’adhésion de l’ONU et de la communauté internationale à l’idée d’une troisième voie, à savoir une indépendance sahraouie sous contrôle marocain (un gouvernorat).

Nacer Bourita laisse, d’ailleurs, clairement entendre que c’est la seule démarche vers laquelle son pays est prêt à se diriger. L’idée est appuyée par les Américains qui ont qualifié plusieurs fois l’idée de «raisonnable». Récemment, la Russie a émis de sérieux doutes sur les intentions du Conseil de sécurité en s’abstenant de voter une résolution ambiguë pouvant sortir le plan de paix de son cours.

A Genève, la partie sahraouie campait, elle aussi, sur ses positions, réclamant l’organisation d’un référendum d’autodétermination. «Si les Marocains ont réellement l’intention d’en finir, ils doivent reconnaître la république Sahraouie», a indiqué le responsable de la délégation. Présentes en qualité de membres observateurs, Alger et Nouakchott se sont cependant dites optimistes. Dans un communiqué sanctionnant la rencontre, l’Algérie a fait savoir que cette «réunion avait permis de dresser un bilan de l’évolution de la situation, d’aborder des questions régionales et de discuter des prochaines étapes du dossier du Sahara Occidental. Il faut dire aussi que toutes les parties ont insisté sur la bonne ambiance qui régnait durant cette rencontre. «Elle a été marquée, précise l’Algérie, par une atmosphère de franchise, sérieux et respect mutuel et une profonde conviction quant à la primauté de coopération comme meilleur moyen de relever les nombreux défis auxquels la région est confrontée».

Horst Köhler, représentant spécial de l’ONU pour le dossier du Sahara Occidental, sort, quant à lui, victorieux de l’événement. Ses efforts ont conduit à une reprise de contact qui semblait impossibles il y a quelques mois encore. Marocains et Sahraouis se sont assis à une même table. Leurs positions demeurent inchangées. Parviendra-t-il à d’autres résultats ? Rendez-vous a été pris pour le 2 mars prochain. En attendant, les questions demeurent plus nombreuses que les réponses.
A. C.