Après les accusations d’achaïbou contre l’ex-ministre bouchouareb

après les accusations d’achaïbou contre l’ex-ministre bouchouareb

La justice va-t-elle s’autosaisir ?

Liberté, 4 février 2018

L’institution judiciaire n’avait enclenché aucune procédure suite au scandale des Panama Papers dans lequel était cité le même Bouchouareb qui était encore en poste au gouvernement.

L’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdesselam Bouchouareb, qui défrayait déjà la chronique lorsqu’il était en poste, est, encore une fois, sous les feux de la rampe, quelques mois après avoir été éjecté du gouvernement. Si les critiques sur sa gestion du secteur de l’Industrie étaient monnaie courante, les accusations publiques que vient de porter contre lui Abderrahmane Achaïbou, patron du groupe Elsecom automobile, sont d’une gravité extrême. M. Achaïbou a affirmé, en effet, que l’ex-ministre avait tenté de lui extorquer de l’argent en contrepartie du déblocage de ses projets gelés au département de l’Industrie.
Ce à quoi le mis en cause n’a pas répondu. Du moins jusqu’ici. Portée contre une personnalité qui agissait en sa qualité de ministre de la République et dont l’action engageait donc l’État, l’accusation est de nature à interpeller les institutions et ne peut être ignorée ou encore passée sous silence. La justice algérienne qui, de fait, est la première institution concernée, va-t-elle s’autosaisir et demander l’ouverture d’une enquête sur ces accusations de corruption ? Difficile d’être affirmatif, même si l’on sait que cette institution s’est autosaisie à plusieurs reprises, par le passé, pour des motifs moins graves que celui de la corruption. Ce n’est pas la première fois que la justice est mise devant ses responsabilités. Il faut rappeler, toutefois, qu’elle n’avait enclenché aucune procédure suite aux révélations sur l’affaire dite des Panama Papers, un scandale dans lequel était cité le même Bouchouareb qui était encore en poste au gouvernement. Il serait, sans doute, naïf de compter sur une réaction spontanée de la Justice algérienne puisqu’elle avait toujours démontré sa promptitude à plutôt s’autosaisir des articles de presse jugés diffamatoires que des affaires de corruption révélées. Défaut de volonté politique sûrement. Mais dans ce cas de figure, une autosaisine du Parquet semble plus que nécesaire, tant il s’agit de laver le gouvernement de ces pratiques en montrant, si les faits reprochés à Bouchouareb étaient avérés, que celui-ci avait commis “un acte isolé” qui ne relevait pas d’une orientation gouvernementale.
Une autosaisine de la justice montrerait aussi que l’ex-ministre incriminé ne bénéficie d’aucune protection clanique. La loi est pourtant claire : elle prévoit une ouverture systématique d’une information judiciaire pour faire la lumière sur une quelconque affaire. C’est ce que l’avocat Mokrane Aït Larbi explique. Selon lui, les textes de loi disposent que “chaque fois qu’il y a une accusation de ce genre, le parquet doit ouvrir une information judiciaire, tout en gardant le principe de la présomption d’innocence”. Pour l’avocat, “la loi est claire sur ce sujet”, sauf que, regrette-t-il, “le problème ne réside pas dans les textes, mais dans leur application et les pratiques”. “Ce n’est pas la première fois qu’on accuse un haut responsable de malversations, mais sans pour autant voir la justice bouger”, fait-il remarquer, ajoutant que cela est l’un des effets “de l’absence de l’État de droit”.
La justice va-t-elle continuer à observer le silence sur ces affaires, elle qui est prompte à “délégaliser” les grèves et autres mouvements sociaux et une contestation politique ? Il faut rappeler que l’actuel ministre de la Justice, garde des Sceaux, Tayeb Louh, a appelé les citoyens à dénoncer les actes de corruption, assurant que la loi protège les dénonciateurs de ces actes. Le même ministre s’est engagé, également, à
ouvrir “tous les dossiers de corruption”, affirmant sa volonté “de poursuivre toutes les personnes incriminées”.

Mohamed Mouloudj


Abderrahmane Achaïbou à propos du document de l’IGF

“S’il y avait eu fraude, le dossier aurait été transmis aux tribunaux”

Le président du Conseil d’administration du groupe Elsecom, Abderrahmane Achaïbou, a révélé, hier à Liberté, qu’“Elsecom n’a jamais été convoqué par la justice”. “Vous devez savoir que l’Inspection générale des finances (IGF) n’est pas habilitée à qualifier un fait. C’est une institution qui établit des rapports et qui touche pour tous les concessionnaires automobiles. Ces derniers sont, ensuite, transmis aux autorités compétentes. De plus, s’il y a fraude, le dossier est systématiquement envoyé aux tribunaux”, explique le patron du groupe Elsecom. Pour lui, le rapport en question ordonné par l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, concernait l’ensemble des opérateurs qui activaient dans le secteur automobile pour faire le point de situation sur les opérations d’importation.
Interrogé sur le document publié par le site en ligne TSA, notre interlocuteur a saisi cette opportunité pour, dit-il, “éclairer l’opinion publique”, affirmant que “ledit rapport ne concernait que la marque Ford et non le groupe Elsecom”. “C’est sur la base de ce document que l’ex-ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, nous a bloqués au niveau du renouvellement des agréments”, relève-t-il. Aussi, et selon M. Achaïbou, ce rapport est antérieur à la notification du ministère des Finances, selon laquelle, le groupe Elsecom ne figurait pas sur le fichier national des fraudeurs. En ce sens, il dira que “la réponse du ministère des Finances datait du 7 décembre 2016 alors que ledit rapport remonte à l’époque où nous avons soumissionné à un avis d’appel d’offres de la direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) !” Interrogé à ce propos, notre interlocuteur explique que “selon les termes du contrat signé avec le constructeur américain Ford, le paiement se faisait en dollars US, et ce, quel que soit le pays où le véhicule est fabriqué. Pour cet appel d’offres de la DGSN, nous étions contraints, pour réduire les délais d’achat de trois modèles de véhicules de la marque Ford, à savoir Ford Fiesta et 2 Kuga, d’effectuer la transaction chez des revendeurs. Et nous l’avions fait avec la permission du constructeur Ford évidemment. Du coup, nous avons acheté une Fiesta et une Kuga chez Ardasya, en Turquie, et un autre Kuga diesel chez Ford Maroc”. Ce qui avait induit des frais supplémentaires pour le groupe Elsecom, selon le patron du groupe Elsecom. “Quand on n’achète pas directement chez le constructeur, le prix est toujours plus élevé. Ce qui est tout à fait normal. D’ailleurs, nous avons gardé tous les documents au niveau du groupe Elsecom”, précise-t-il. Aux yeux de notre interlocuteur, “le rapport de l’IGF a été mal interprété par la presse”.
“Pourtant, le même rapport évoque trois véhicules achetés en dehors du constructeur sous sa permission et non d’autres véhicules.” Il précisera, par ailleurs, que l’IGF lui avait notifié que “dans ce cadre, vous nous demandez de clarifier la situation de trois véhicules à l’effet de lever les équivoques qui pénalisent l’activité de votre groupe. En réponse, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance les précisions suivantes : les interventions de l’IGF ne peuvent en aucun cas concerner les entités à capitaux privés, ce qui est le cas du groupe Elsecom”. D’où cette ultime interrogation de M. Achaïbou sur le refus catégorique de M. Bouchouareb de délivrer les agréments.

FARID BELGACEM