Harraga disparus en mer: Des jeunes manifestent à Alger

Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 1er décembre 2018

Plusieurs dizaines de jeunes du quartier Ferhat Boussaad (ex_Meissonier) à Alger, ont dénoncé, jeudi au cours d’une marche de protestation, la mort en mer de quatre jeunes du quartier, qui avaient tenté de rejoindre les côtes européennes.

La manifestation a été organisée par des jeunes qui ont défilé dans les principales artères du centre d’Alger, entre les rues Didouche Mourad et Khelifa Boukhalfa, pour déboucher sur l’avenue Maurice Audin. Entonnant des chants de supporters de clubs de football algérois, les jeunes manifestants ont également, entonné, la chanson culte d’Octobre 1988, ‘Meissonnier chouhadas’, en dévalant la rue Didouche Mourad vers l’Avenue commerçante Maurice Audin, offrant un spectacle insolite aux nombreuses personnes attablées sur les terrasses des cafés. Selon les manifestants, les jeunes du quartier morts en mer, en tentant la traversée, n’ont pas été retrouvés. Il s’agit de quatre jeunes habitant le quartier Ferhat Boussaad, entre le plateau de Mustapha, la rue Didouche Mourad, la rue Khelifa Boukhalfa et l’avenue Hassiba Benbouali, en contrebas vers la place du 1er Mai. Leurs noms avaient été portés sur des banderoles déployées au cours de cette marche, alors que les manifestants avaient également cité les noms des harraga disparus et dont les proches et voisins sont sans nouvelles depuis plusieurs jours. Les jeunes manifestants, qui avaient emprunté la rue Khelifa Boukhalfa, parallèle à la rue Didouche Mourad, avaient surpris les forces de police, peu nombreuses à cette période de journée finissante, le gros ayant été déployé au stade Omar Hamadi, à Bab El Oued, pour le match de retard de Ligue 1, entre l’USM Alger et l’ES Sétif. Les manifestants ont été finalement rattrapés par des policiers en civil près du tunnel des Facultés, et la montée du boulevard Mohamed V. Il y aurait eu plusieurs interpellations, alors que la manifestation s’était déroulée dans le calme. Les tentatives d’émigration clandestine se sont intensifiées, depuis plusieurs semaines, la plupart ayant été avortées par les garde-côtes. La semaine dernière, les Autorités italiennes avaient fait état du sauvetage en mer, près de la Sardaigne, de 3 immigrants clandestins algériens, dont l’embarcation était en panne de moteur. Les services d’urgence italiens avaient précisé que 13 Algériens se trouvaient à bord de cette embarcation, dont 8 sont portés disparus, et 2 sont morts, et dont les corps ont été repêchés. Selon les mêmes sources, l’embarcation est tombée en panne de carburant. Les migrants ont appelé à l’aide, mais avant l’arrivée des secours, 10 d’entre eux ont décidé de gagner la côte à la nage, selon des médias italiens. Arrivés sur place, les garde-côtes italiens n’ont trouvé que 3 personnes à bord de l’embarcation, qui dérivait près de l’île du Toro, et plus tard, ont découvert 2 corps.

En 2017, l’Italie avait été prise d’assaut par les migrants clandestins, et au moins 107.000 ont réussi à atteindre ce pays dont 0,8% ont pris la mer depuis l’Algérie, selon l’ex-ministre italien de l’Intérieur Marco Minniti. Selon le gouvernement italien 1.167 migrants algériens ont gagné l’Italie, en 2018. L’Algérie est au 9ème rang des pays d’origine de migrants clandestins arrivés aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE), selon un classement établi, en 2015.