«Le discours de Mohammed VI donne le sentiment que l’Algérie est responsable du blocage des relations bilatérales»

Abdelaziz Rahabi. Ancien ministre de la Communication et diplomate

Mokrane Ait Ouarabi, El Watan, 8 novembre 2018

– Dans un discours télévisé, le roi du Maroc propose à l’Algérie «un dialogue direct et franc» pour «désamorcer le blocage des relations bilatérales». Qu’en pensez-vous ?

Il y a deux éléments qui sont à mon sens importants. Premièrement, le moment choisi pour le faire, c’est-à-dire à la veille de l’ouverture des négociations directes avec les Sahraouis.

Deuxièmement, le faire à l’occasion de la célébration du 43e anniversaire de l’occupation du Sahara occidental.

Ces deux éléments réduisent la portée de l’offre marocaine pour le retour à la normalité dans ses relations avec l’Algérie.

Ce discours, qui est loin d’être innocent, pourrait être aussi lié  à la situation interne de l’Algérie. Nous sommes à la veille d’une élection présidentielle et cela peut être un des éléments qui a encouragé le roi du Maroc à faire cette offre pour susciter probablement un débat en Algérie.

– La tonalité du discours de Mohammed VI a tout de même changé par rapport aux années précédentes…

Il est vrai qu’il y a un changement dans le discours du roi du Maroc.

Mais il est tout aussi vrai que ce discours donne le sentiment que c’est l’Algérie qui porte la responsabilité de l’état actuel des relations bilatérales, ce qui n’est pas conforme à la réalité. Ce que le roi du Maroc propose n’est pas nouveau.

C’est dans ce même esprit que le processus de Marrakech a été engagé, c’est-à-dire consolider la construction maghrébine, découpler la question du Sahara de ce processus de construction maghrébine et laisser le règlement de ce conflit sous la responsabilité conjointe de l’OUA, à l’époque, et de l’ONU, et enfin construire l’UMA qui peut être un facteur d’accélération du règlement de la question sahraouie.

Il n’y a donc rien de nouveau par rapport au processus de Marrakech, hormis cette impression dégagée que nous sommes responsables du blocage des relations bilatérales et de l’impasse dans la question sahraouie, ce qui est totalement faux.

– Vous attendez-vous à une réponse ou une réaction de la part de l’Algérie ?

Je ne pense pas que ce discours suscite une quelconque réaction officielle de l’Algérie. Pour moi, le gouvernement algérien ne va répondre ni favorablement ni défavorablement à cette offre. La position algérienne, aussi bien sur le Sahara occidental que sur la construction maghrébine n’a pas changé.

Et il n’y a pas d’éléments nouveaux ni dans la construction maghrébine ni sur la question sahraouie pour que l’Algérie réagisse. Je pense que le gouvernement marocain doit d’abord démontrer sa bonne volonté d’aller dans le sens du discours prononcé par Mohammed VI. Et cette bonne volonté, il devra la démontrer lors des négociations directes avec les Sahraouis.

Ce sera un indice qui nous permettra de juger de la sincérité du discours de Mohammed VI. La diplomatie ne s’articule pas seulement autour des discours, mais également et surtout autour des actes et des mesures de nature à installer la confiance entre les deux pays qui, jusqu’à présent, ne sont pas palpables.