Ould abbes révèle le montant des dépenses en 20 ans de règne de bouteflika

1 000 milliards de dollars, et c’est toujours la crise

Liberté, 04 Novembre 2018

En livrant ces chiffres, le secrétaire général du FLN sait qu’il va ouvrir la boîte de Pandore. Car dans cette somme de dépenses faramineuses pour un pays à revenu intermédiaire, il y a beaucoup de gâchis.

Le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbes a saisi l’occasion d’une rencontre tenue hier à Alger avec les élus de son parti de l’Algérois, pour livrer des bribes du bilan de 20 ans de règne d’Abdelaziz Bouteflika. Il a, notamment, annoncé que le montant des dépenses publiques effectuées durant cette période, avoisine les 1 000 milliard de dollars. “Puisque le président de la République a donné des chiffres dans son dernier message, je vais me permettre donc de donner quelques indices de son bilan. Des montants sont avancés ici et là. Mais je dois préciser que jusqu’à début novembre, l’Algérie a dépensé exactement 994,9 milliards de dollars depuis l’arrivée du président de la République à la tête de l’État”, a indiqué Djamel Ould Abbes. Le secrétaire général du FLN, qui s’est adressé aux élus de son parti réunis pour préparer les élections sénatoriales, a annoncé que le recensement des “réalisations” des quatre mandats d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’État était prêt. “Le bilan est noté dans 3 tomes comprenant 2 100 pages”, a indiqué l’orateur qui a précisé que chaque wilaya va recevoir le bilan qui la concerne directement. Pour illustrer la destination de ces montants, le secrétaire général du FLN a donné l’exemple de la construction de près de 5 millions de logements (en incluant près de 1 million de logements ruraux), 81 barrages hydrauliques et la viabilisation de 1,2 millions d’hectares de terres irrigables. Il a également cité la construction de 110 universités, de 35 000 établissements scolaires et des milliers de kilomètres de routes. Il n’a pas donné trop de détails, mais il a promis que le bilan détaillé, “réalisé grâce aux ministères et aux wilayas”, sera rendu public “dans une semaine”.
En donnant ces chiffres, le secrétaire général du FLN sait qu’il va ouvrir la boîte de Pandore. Car dans cette somme de dépenses faramineuses pour un pays à revenu intermédiaire, il y a beaucoup de gâchis. À commencer par l’absence de transparence qui ne permet à personne d’avoir une évaluation sérieuse des projets réalisés. C’est le cas de l’autoroute Est-Ouest. Ce projet emblématique de l’ère Bouteflika a été entamé en 2006 pour un budget prévisionnel de 7 milliards de dollars. Près de 13 ans après, le projet a donné lieu à de nombreux scandales de corruption et de détournement. Il n’est toujours pas livré en totalité, alors que dans certaines parties, l’heure est déjà à la réfection. Combien le projet a coûté au Trésor public ? 15, 18 ou 20 milliards de dollars ? On ne le sait toujours pas, alors que, à coup d’interminables rallonges, des pénétrantes, des aires de repos et des stations-services sont toujours en projet. Il en est de même pour les stations de péage qui ne sont toujours pas livrées.
L’opacité avec laquelle beaucoup de projets ont été gérés rend quasiment impossible l’accès aux vrais montants consacrés à leur réalisation. C’est le cas de la Grande mosquée d’Alger à laquelle un budget prévisionnel de 1,3 milliard de dollars avait été destiné. Mais, près de dix ans après le lancement du projet, les travaux s’éternisent et le budget a été allongé à plusieurs reprises. On ne connaît toujours pas les estimations d’un chantier qui ne se termine toujours pas. Même les délais de livraison ne sont toujours pas connus. À deux mois de la date prévue pour la réception de l’édifice, les travaux n’avancent pas correctement.
Au-delà de ces ratés, c’est surtout la lancinante question de la surfacturation qui a grevé les finances publiques. Selon certains experts, les coûts des logements sociaux, par exemple, ont été estimés à deux, voire trois fois leur coût de revient réel.
C’est le cas des logements LPP cédés à plus de 10 millions de dinars l’unité, alors que le prix de revient (étant donné que l’État ne prend pas de bénéfice sur ce genre de logements) est beaucoup moindre. Cet exemple peut s’appliquer au coût du kilomètre pour la réalisation de l’autoroute Est-Ouest ou des barrages hydrauliques. À cela, il faut ajouter le plus grand mal de ces dernières années : la corruption généralisée. La majorité des grands projets ont été accordés à des entreprises qui ont le bras long au sein du pouvoir.

Ali Boukhlef