Algérie-France: Vers un fonds d’investissement bilatéral

R. N., Le Quotidien d’Oran, 31 octobre 2018

Le Comité mixte économique franco-algérien (COMEFA) a clôturé lundi soir à Paris ses travaux avec la signature d’une déclaration d’intention pour la création d’un fonds d’investissement bilatéral entre l’Algérie et la France. La déclaration a été signée par le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, et le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Lemaire, en présence du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, du ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, et des membres des deux délégations. L’objectif de ce fonds d’investissements algéro-français est de financer les investissements des Algériens qui souhaitent investir en France et des Français qui souhaitent investir en Algérie.

Le fonds, dont l’idée de création a été proposée à l’occasion de la visite effectuée le 6 décembre 2017 à Alger par le président français Emmanuel Macron, soutient particulièrement la coopération entre les petites et moyennes entreprises algériennes et françaises et permettrait d’accompagner les entrepreneurs algériens investissant en France et les entrepreneurs français en Algérie. Le fonds aura vocation à financer essentiellement des partenariats entre entreprises privées dont l’activité est liée à un partenariat algéro-français et visera, en priorité, les PME dans les secteurs porteurs de croissance, tels que l’automobile, l’agroalimentaire, la transition énergétique, la mobilité urbaine et le numérique. Pour ce qui est du capital, il sera abondé à parité par les deux parties en euro et devra être progressif en fonction de l’importance et du nombre de projets à financer.

Le capital privé, provenant notamment des institutions bancaires, pourront, le cas échéant, abonder ce fonds dans une seconde phase, a-t-on précisé, soulignant que le fonds, ainsi que les choix des investissements, sont gérés et réalisés de façon à être rentables, selon les conditions du marché. La gouvernance du fonds sera distincte de sa gestion (revenant aux deux Etats actionnaires, dans le cadre d’un Conseil d’administration). Cette dernière, a-t-on expliqué, est déléguée à un gestionnaire de fonds indépendant reconnu et sélectionné à l’issue d’un processus d’appel d’offres.

Au sujet du transfert des capitaux, le rapatriement des fonds investis pourra se faire si l’une des parties en exprimait le souhait, a-t-on indiqué, précisant que l’allocation des dividendes et plus-values de cessions résultant des investissements, réalisés par le gestionnaire de fonds, pourront être réinvestis dans le fonds ou transférés aux institutions ayant abondé le fonds à hauteur de leur participation.

Un dialogue «riche» dans le domaine stratégique et de sécurité

«Nous voilà à la fin d’une séance riche, d’abord le dialogue que nous continuons à avoir dans le domaine stratégique et de sécurité. Cette session a été marquée par un échange sur les situations de conflit que vit notre région», a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, à l’issue des travaux de la 5e session du Comité mixte économique franco-algérien (COMEFA) et de la 4e session du dialogue stratégique algéro-français. Il a précisé que cette séance «a permis d’échanger nos analyses, nos points de vue sur ce qui se passe d’abord dans notre zone en Méditerranée et au Sahel», soulignant qu’il est évident que «lorsque Algériens et Français se rencontrent, des questions telles que la situation au Mali, au Sahel et en Libye, fassent l’objet des discussions». «Je dis que je suis satisfait de cet échange de vues. Ça nous a permis de continuer à soutenir les efforts des Nations unies que ce soit pour ce qui est de la Libye, soutenir les efforts de M. Ghassan Salamé, soutenir sa feuille de route, et de faire en sorte que cette feuille de route fasse l’objet du soutien attendu par les partenaires amis de la Libye afin que ce pays retrouve sa stabilité et sa sécurité», a-t-il affirmé, faisant observer que l’Algérie partage plus de 1000 km de frontières avec la Libye et «combien nous tenons à la stabilité et à la sécurité de ce pays frère et voisin». Pour ce qui est du Mali, le ministre des Affaires étrangères a rappelé que la concertation est «quasi permanente». «Nous sommes satisfaits des efforts qui sont faits par le gouvernement malien et des partenaires signataires de cet accord. Il est évident qu’il n’y a pas de mise en œuvre de l’accord s’il n’y a pas de confiance», a-t-il indiqué.

Messahel a évoqué dans ce contexte la question de la migration clandestine, du terrorisme, du crime organisé, soulignant par ailleurs qu’une paix retrouvée au Mali, qu’une paix retrouvée en Libye «nous permettra d’aller de l’avant».

A propos du Sahara Occidental, Messahel a rappelé que l’Algérie est «pleinement» engagée dans la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité. «C’est la réunion de Genève du 4 et 5 décembre prochains sur la question du Sahara occidental. Là aussi, l’Algérie est engagée pleinement dans la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment sa résolution 2414», a-t-il affirmé.

Mobilité des personnes et diversification économique

«Nous avons également parlé, avec mon collègue Jean-Yves Le Drian, de la place centrale de la mobilité des personnes, donc de la circulation des personnes entre les deux pays», a-déclaré Messahel. Il a, à cet égard, souligné que la circulation des personnes constitue un vecteur essentiel pour la promotion des échanges économiques et humains entre les deux pays, ainsi que pour le renforcement du partenariat stratégique algéro-français, que les deux pays s’attellent à en faire un cadre d’échanges privilégié et d’exception. Il a relevé, à cet effet, le nombre important de liaisons aériennes de et en provenance d’Algérie vers la France, ce qui constitue un moyen à même de répondre à cet objectif de densification des liens humains entre les deux pays.

Il a indiqué par ailleurs que l’Algérie et la France sont engagés «ensemble» dans tout ce qui est migration illégale et clandestine. «C’est un fléau auquel l’Algérie est elle-même confrontée» pour lequel «il faut toute une stratégie internationale pour combattre ces réseaux criminels».