Ses députés animeront les débats à l’Assemblée : L’opposition parlementaire en rangs dispersés

Nabila Amir, El Watan, 29 octobre 2018

A l’exception du FFS qui a décidé de geler toutes ses activités au sein du Parlement, pour se démarquer d’une institution «illégitime», toutes les autres formations politiques de l’opposition siégeant à l’Assemblée ont participé, hier, à la présentation de la loi de finances 2019 par le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, devant la commission des finances et du budget de l’APN.

L’opposition parlementaire a repris le chemin de l’hémicycle Zighout Youcef en rangs dispersés. L’appel du RCD pour une initiative consensuelle n’a pas eu, malheureusement, d’écho, et ce, contrairement aux partis au pouvoir qui ont fait cause commune pour destituer Bouhadja. L’opposition, constituée du RCD, du PT et du MSP, n’a même pas pu se réunir pour arrêter une position commune.

Le MSP avait annoncé la couleur bien avant l’élection dans des conditions très controversées du nouveau président du perchoir. Son leader, Abderrezak Makri, avait, certes, qualifié les comportements des députés de la majorité de «honteux, immoraux et illégaux», mais il n’envisage pas de déserter l’Assemblée, ni de refuser de travailler avec le nouveau président, dont il pense qu’il est illégitime, car élu  dans le cadre d’une procédure illégale et anticonstitutionnelle. «Nous allons, toutefois, travailler avec lui, car nous devons faire avec le fait accompli, comme l’ont fait plusieurs partis avec plusieurs institutions de l’Etat et avec les deux Chambres du Parlement à la légitimité entachée depuis le début de la fraude électorale en 1995», explique le chef du MSP, qui pense qu’il est vraiment inutile de se retirer de l’Assemblée après le coup d’Etat orchestré par les partis de la majorité. Un avis partagé par les députés du PT, qui sont en faveur d’une dissolution de l’Assemblée issue de la connexion entre l’argent sale et la politique et d’une fraude massive.

Le PT qui dit ne pas être contacté, ni a fait le pas pour une éventuelle concertation avec l’opposition, utilisera l’Assemblée comme une tribune pour exprimer son opinion et dénoncer les abus. «Nous allons assister à l’audition de Abderrahmane Raouya sur le PLF-2019 et ceux des autres ministres. Nous allons intervenir et apporter des amendements. Nous allons  nous battre pour respecter notre engagement et notre mandat», notent les députés du PT. Le RCD est représenté au sein de la commission des finances par le député Ouamar Saoudi qui utilisera à son tour cet espace pour, dit-il, défendre  les positions et principes  de son parti.

D’ailleurs, hier,  Saoudi a, dans son intervention, reproché au ministre, qui se vantait de l’absence de taxes dans la loi de finances 2019, le fait qu’une loi de finances ne peut pas se résumer uniquement à l’absence de taxe(S). La LF-2019 consacre, rappelle le député au ministre, le gel des salaires et le statu quo qui privilégie une forme d’achat de la paix sociale en prévision de l’élection présidentielle de 2019. «Dans ce projet de loi de finances, il est fait part de la stabilité de salaires, du non-remplacement des 17 000 fonctionnaires qui vont prendre leur retraite», affirme le député.

A cette première séance, personne donc ne manquait à l’appel, y compris ceux de l’ANR qui ont pourtant voté contre le nouveau président. Des réunions marathons de la commission sont programmées avec au menu l’audition de quatre ministres et peu probable en raison du manque de temps des experts.