Arrestations dans le milieu médiatique et artistique : La présomption d’innocence bafouée

Madjid Makedhi, El Watan, 28 octobre 2018

L’affaire a suscité un véritable vacarme médiatique et une vague d’indignation durant ce week-end. Les arrestations ayant concerné trois journalistes, un ancien footballeur et des artistes a provoqué, en effet, moult interrogations. Que s’est-il passé ? Que reproche-t-on à ce groupe ? S’agit-il d’une seule affaire ? Alors que le dossier vient juste d’être ouvert par la justice, l’opinion publique assiste, sans comprendre les dessous de l’affaire, à une multitude d’informations contradictoires et déroutantes.

Tout a commencé il y a quelques jours avec l’arrestation du chanteur Réda City 16, du frère du Youtuber Amir DZ et du journaliste Adlène Mellah. La vague des arrestations s’est poursuivie, quatre jours plus tard, avec l’interpellation du comédien Kamel Bouakaz, de l’ancien footballeur Fodil Dob et des deux journalistes Abderrahmane Semar et Merouane Boudiab. Maintenus en garde à vue par la Gendarmerie nationale, les concernés n’ont été présentés devant les juges près les tribunaux de Bir Mourad Raïs et de Sidi M’hamed d’Alger que jeudi dernier.

Le même jour, la Gendarmerie nationale a communiqué sur le sujet en affirmant avoir «traité plusieurs affaires liées à l’usage des réseaux sociaux et d’internet à des fins criminelles». Selon le communiqué diffusé par l’APS, il s’agit de «sept affaires liées à la publication de photos attentatoires sur le réseau social Facebook, le chantage, falsification de billets de banque, divulgation de données obtenues de manière frauduleuse, diffusion de publications injurieuses aux cadres de l’Etat, participation au chantage, atteinte à la vie privée des personnes via des publications sur les réseaux sociaux et des sites web, la diffamation, les attaques et la diffusion d’images incitatives». «L’approfondissement des investigations et inspections (…) ont permis l’arrestation des membres formant ce réseau criminel qui exercent différentes fonctions et la récupération de preuves les incriminant», affirme la même source.

Accusés par des médias avant la justice

Pendant des jours, une chaîne de télévision privée, un journal et des sites d’information appartenant au même groupe ont traité de tous les noms les mis en cause, en diffusant leurs images, bénéficiant d’une passivité intrigante des autorités. Où est la présomption d’innocence ? Que fait la justice en charge de l’affaire ? Réagissant sur cette question, la LADDH appelle «au respect de la dignité des personnes et au respect de la présomption d’innocence».

Dans un communiqué rendu public hier, l’organisation rappelle le droit constitutionnel et les conventions internationales garantissant la présomption d’innocence. «Toute personne est présumée innocente jusqu’à l’établissement de sa culpabilité par une juridiction régulière dans le cadre d’un procès équitable, lui assurant des garanties nécessaires à sa défense», explique la Ligue. Selon la même source, «certains écrits, paroles ou images montrant sciemment des journalistes ou d’autres personnes menottées alors que l’affaire est en cours d’enquête préliminaire ou d’instruction judiciaire (censées être secrètes) condamnent ces personnes devant l’opinion publique avant même qu’elles soient jugées par un tribunal. Cela constitue une atteinte au principe de la présomption d’innocence et une atteinte au droit à l’image protégé par la loi». «Les libertés d’expression et d’opinion ne sont pas des délits», explique la LADDH, en appelant à la libération des journalistes emprisonnés.