Le bureau de l’assemblée se réunit sans Saïd Bouhadja : Dans l’attente des consignes pour le choix du successeur

Salima Tlemcani, El Watan, 22 octobre 2018

Alors que Saïd Bouhadja maintient sa position de ne pas démissionner, les députés de l’alliance présidentielle (FLN-RND-MPA-Taj) et des indépendants poursuivent le coup de force en réunissant le bureau de l’Assemblée, en l’absence du président, autour de trois points : la levée du gel des activités parlementaires, la convocation de la plénière pour entériner à main levée la «vacance» du poste de président et l’élection de son successeur le jour même.

Dès le début de la matinée, le bureau a décidé de lever le gel des activités et a commencé par déposer le PLF au niveau de la commission des finances. Par contre, les membres du bureau ne se sont pas entendus sur la date (demain ou après-demain) de la tenue de la plénière pour voter «la vacance» du poste de président et élire également le nouveau président, dont le choix n’aurait pas été validé «d’en haut», mettant le bureau dans une situation de longue attente.

Certains expliquent cette position par «l’illégalité» de l’action menée par les députés de l’alliance pour expurger Saïd Bouhadja, d’autant que ce dernier refuse catégoriquement de démissionner et promet de «surprendre» ses opposants le jour du vote.

Il faut dire que jusqu’en milieu d’après-midi, le bureau n’avait pas encore tranché sur le choix de la candidature de l’ancien ministre des Finances, Mohamed Djellab (élu en 2017), qui a eu à gérer l’affaire Khalifa après la décision du retrait de l’agrément à Khalifa Bank par la Banque d’Algérie.

En tant qu’administrateur, Djellab a pris la décision de sauver certaines banques publiques qui avaient des dépôts financiers chez Khalifa Bank, dont le CPA, qu’il dirigeait, en leur remboursant les sommes astronomiques qu’elles détenaient. Le rôle qu’il avait joué à cette période — 2002-2003 — avait suscité une vive polémique lors du premier procès devant le tribunal criminel de Blida, en 2007.

Selon des indiscrétions, il aurait obtenu des assurances pour diriger l’Apn, tout comme Mouad Bouchareb, ex-chef du groupe parlementaire du FLN qui, faut-il le rappeler, faisait partie des plus proches de Bouhadja, avant de se rebeller contre lui. Aussi bien l’un que l’autre, le successeur de Bouhadja ne peut espérer jouir d’une légitimité, qui reste entre les mains de Saïd Bouhadja, lui qui promet de «surprendre» ses opposants avant l’élection de son successeur. Il faut dire que Bouhadja n’a pas encore clos son dossier, même si Djamel Ould Abbès, secrétaire général du FLN – d’où les instructions contre son maintien à la tête de l’Assemblée sont parties –, a affirmé que «la crise de l’Assemblée sera définitivement réglée au plus tard mercredi».

Dès le départ, la volonté de «se débarrasser» de Saïd Bouhadja a émané du secrétariat du FLN, appuyé par le secrétaire général du RND et Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui avait clairement annoncé la couleur. «La situation du fait accompli est supérieure à la Constitution», avait-il lancé, lorsque les journalistes l’ont interrogé sur l’inexistence d’articles qui évoquent le retrait de confiance à un président de l’APN. Mieux encore, au moment où les députés de l’alliance présidentielle cadenassaient les portes de l’Assemblée et chassaient le personnel administratif du 5e étage pour changer les serrures de l’accès, Saïd Bouhadja est privé d’une grande partie de sa garde et des véhicules mis à sa disposition.

La décision ne peut émaner que du Premier ministre, dont dépend le ministre de l’Intérieur, lui-même responsable hiérarchique du directeur général de la Sûreté nationale, qui semble subir, depuis quelque temps, les contrecoups de cette crise. Force est de constater que cette affaire a donné une piètre image de l’institution législative et de ses représentants, qui ouvrent la voie à toutes sortes d’incertitudes à la veille de l’élection présidentielle de 2019.