Industrie automobile: Des dizaines de constructeurs veulent s’installer en Algérie

Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 22 octobre 2018

Des dizaines de constructeurs automobiles veulent s’installer sur le marché algérien, a indiqué, hier dimanche, le ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi. «Oui, il y a beaucoup de nouvelles demandes», a expliqué le ministre lors de son passage au Forum d’El Moudjahid, concernant les constructeurs automobiles désireux de s’installer en Algérie. «Oui, il y a de nouvelles demandes pour l’activité automobile, et le ministère est en train de les étudier d’une manière approfondie», a-t-il dit.

M. Yousfi a ajouté qu»’une fois les études terminées, elles passeront, si elles répondent à tous les critères, au Conseil national d’investissements (CNI), qui est le seul habilité à se prononcer sur l’acceptation ou non de ces projets». Le ministre a ajouté qu«’il y a énormément de demandes, des dizaines de demandes, de plusieurs nationalités».

Concernant le projet du constructeur français Peugeot, prévu dans la wilaya d’Oran et bloqué par un problème de foncier, le ministre de l’Industrie a affirmé qu’«il y a eu des difficultés de terrain. Mais, il y a un nouveau terrain affecté, ils ont pris du retard, ils y travaillent, et le CNI a donné son feu vert», a souligné M. Yousfi. Le projet d’une usine de montage de Peugeot en Algérie, qui devait initialement être implantée à El Hamoul, dans la commune d’El Kerma, a été finalement délocalisé à Tafraoui, après un litige sur le premier terrain affecté. Le nouveau terrain s’étale sur une superficie de 160 hectares, et la direction de Peugeot-Citroën Algérie a accepté ce nouveau terrain. Peugeot-Citroën Algérie devrait y produire le dernier modèle de sa citadine, la 208. Sur le taux d’intégration des véhicules fabriqués en Algérie, le ministre de l’Industrie a souligné, par ailleurs, qu’il y a «un cahier des charges pour définir le taux d’intégration. C’est une condition sine qua non pour activer dans ce secteur, et le niveau d’intégration est mentionné dans ce cahier des charges». D’autre part, sur le prix des véhicules montés en Algérie, M. Yousfi a rappelé que «le CNI a imposé que le prix sortie d’usine ne doit pas être supérieur au véhicule de même catégorie qui est importé: c’est une obligation faite au constructeur et le ministère est chargé de faire respecter cet engagement par le constructeur». Selon M. Yousfi, «il faut du temps pour avoir une industrie automobile digne de ce nom. Nous fabriquons un certain nombre de choses, il y a des potentialités», et «le problème est le temps, on ne peut faire cela en une ou deux années. Combien, s’est-il interrogé, d’entreprises sont capables de fabriquer des pièces en quantité et à des prix convenus ? Ce n’est pas facile de faire une fonderie ou de la faire fonctionner», a-t-il ajouté. Le ministre a d’autre part souligné que le nombre de véhicules produits actuellement est insuffisant par rapport à la taille du marché. «Ce n’est pas suffisant de produire 100.000 véhicules/an: j’ai dit qu’il faut passer à 400.000 véhicules/an en 2020, et nous avons exigé qu’une partie de ces véhicules soit exportée».

Au début de son intervention, le ministre a fait une longue rétrospective sur la situation du secteur de l’industrie et des mines. Sur le plan des projets d’investissement, il a indiqué que l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANSDI) a enregistré entre 2002 et 2017 près de 52.000 projets d’investissement pour un montant de plus de 6.200 milliards de DA et plus de 1,5 million d’emplois. Les investissements directs dans le secteur de l’industrie ont totalisé 4.200 milliards de DA, alors que pour le textile, l’Algérie a exporté pour 3 millions de dollars depuis le début de 2018 et «nous sommes à 18,3 millions de dollars d’exportations depuis 2017 pour le textile et cuirs». Avec les 1.400 exploitations de carrières et sablières, «nous sommes à 56 millions de dollars d’exportations», indique encore le ministre selon lequel il y a un programme de 10 milliards de DA pour relancer l’exportation de minerais. Dans le pipe du ministère, il y a également, a affirmé M. Yousfi, «la relance de la production de l’or dans le Sud». «On examine les moyens de cette relance», a-t-il souligné, avant de relever que «nous avons fait des choix malheureux en ce qui concerne le partenaire, et l’objectif est de relancer la production aurifère». En fait, le groupe Sonatrach et l’Entreprise nationale de l’or (ENOR) ont dû reprendre l’exploitation de la mine de Tirek-Amessmessa, dans le Hoggar, après le retrait du partenaire australien, la GMA Resources, qui avait motivé son retrait en 2011 par le fait qu’elle n’était pas en mesure de faire face aux coûts élevés de l’exploitation de la mine. La piste d’un partenaire des pays du Golfe, la société Qatar mining, serait dans le pipe, ce qui a fait dire au ministre que la prochaine fois «on fera attention au partenaire» pour la production aurifère dans le sud du pays. Par ailleurs, M. Yousfi a indiqué que la production de zinc du gisement de Oued Amizour sera relancée également, et «nous sommes en discussions avec un partenaire pour l’exploitation de cet important gisement». Enfin, il y a également les projets de valorisation de la production de phosphates, selon le ministre. «Le gouvernement a pris la décision d’investir massivement dans ce gisement (Bir El Atter, NDLR), car il s’agit d’exploiter en partenariat un gisement de 500 millions de tonnes, et une production, qui va passer de 1,2 à 10 millions de tonnes par an».