Comment la direction du FFS a réussi à dompter le Conseil national

Salima Ghezali radiée, Hassen Ferli rejoint la liste des suspendus

Liberté, 21 octobre 2018

Lors des débats du conseil national, les responsables ont pris soin d’éviter toute question organique. Ni le sort des deux députés, et encore moins la lettre rendue publique la veille par la famille Aït Ahmed n’ont dévié les membres de la direction du FFS de leur démarche.

La tenue d’une réunion du conseil national, vendredi passé, n’a pas réussi à calmer les esprits au FFS. Alors que les militants et cadres du parti s’attendaient à un geste d’apaisement de la part des dirigeants du parti, le premier secrétaire national, Mohamed Hadj-Djilani, a pris tout le monde de court et a notifié, par écrit, les décisions disciplinaires prises à l’encontre de Salima Ghezali et de Chaffaâ Bouaïche. Dans la matinée du vendredi 19 octobre, les membres du conseil national du FFS se sont présentés au siège du parti, situé rue Souidani-Boudjemaâ, à Alger, pour assister à une des réunions les plus cruciales de cette instance. La tension était palpable dans les rangs des militants que nous avions rencontrés sur place. Signe de la tension : les journalistes n’étaient pas admis à la rencontre. Les responsables du FFS ne voulaient visiblement pas laver leur linge en public. Depuis l’exclusion, début octobre, de la députée Salima Ghezali et la suspension de Chaffaâ Bouaïche, la colère gronde. “À qui le tour désormais ?”, s’interrogent les militants. Des groupes se forment aux quatre coins du siège ; l’équipe des “Bahloul” se tient à l’écart, tandis que les “chefs”, à savoir Ali Laskri et Mohand-Amokrane Chérifi, assistés du premier secrétaire national, Mohamed Hadj-Djilani, sont restés cloîtrés dans les bureaux situés à l’étage de la villa qui fait office de siège du parti. Pour tenter d’amadouer les dirigeants du FFS, afin d’alléger la sanction prise à l’encontre de Salima Ghezali et d’“éviter de donner une mauvaise image du parti”, deux députés, Djamel Bahloul et Nacer Abdoun, sollicitent une audience. La rencontre a lieu à 9h, une heure avant le début des travaux du conseil national. Les trois “chefs” se sont montrés attentifs et ont même donné des signes positifs. Pour les militants présents au siège, la sanction prise à l’encontre des deux députés allait être allégée. Pour cela, une issue a été imaginée : le conseil national pouvait remplacer le président démissionnaire de la commission de règlement des conflits et permettre ainsi aux deux parlementaires d’introduire des recours. Mais c’était sans compter avec la volonté d’Ali Laskri et son entourage d’exécuter la sentence de la commission de discipline. Vingt minutes avant le début des travaux du conseil national (les travaux ont commencé en réalité après 11h), Mohamed Hadj-Djilani envoie, par mail, les notifications à Salima Ghezali et Chaffaâ Bouaïche les informant des décisions prises par la commission de discipline. Plus de recours possible. Dans la précipitation, Mohamed Hadj-Djilani explique à Chaffaâ Bouaïche que la décision de suspension entrait en vigueur le jour de la notification de la décision. Or, la décision doit être prise en compte à partir de juillet dernier lorsque la direction du parti avait suspendu le militant avant sa traduction devant la commission de discipline. Lors des débats du conseil national, tenus à huis clos, les responsables ont pris soin d’éviter toute question organique. “Des camarades ont soulevé la question des exclusions et des mises à l’écart, mais les responsables ont trouvé le moyen de contourner le débat et de rappeler qu’il y aura du temps pour ces questions”, atteste un membre du conseil national. C’est comme cela que les débats se sont éternisés jusqu’à la fin de la journée. Ni le sort des deux députés et encore moins la lettre rendue publique la veille par la famille Aït Ahmed n’ont dévié les membres de la direction du FFS de leur démarche. Preuve en est qu’au lendemain de cette rencontre, un autre cadre a reçu la décision de sa suspension avant sa traduction devant la commission de discipline. Hassen Ferli, ancien chargé de communication, est accusé d’avoir diffusé des “publications nuisibles” contre la direction du parti. “J’ai adhéré au FFS en 1989, quand l’actuel premier secrétaire flirtait avec l’islamisme et hésitait entre le FIS et le Hamas. Je reçois aujourd’hui une décision de suspension signé par lui-même. Sa mission se déroule exactement comme prévu”, a réagi Hassen Ferli.

Ali Boukhlef