L’affaire des généraux emprisonnés est liée à l’échéance présidentielle , selon Abdelaziz Rahabi et Djillali Hadjadj

Maghreb Émergent, 20 octobre 2018

L’affaire des généraux-majors emprisonnés pour corruption  a-t-elle pour but d’affaiblir la capacité de l’armée à peser politiquement à six mois d’une présidentielle pleine d’incertitudes ? L’ancien ministre de la communication, Abdelaziz Rahabi et Djillali Hadjadj ((AACC), le pensent… Même s’ils utilisent un langage différent, les deux hommes aboutissent à la même conclusion: cette incarcération des généraux n’est pas vraiment une opération anti-corruption. 

Pour eux, la question de la corruption se pose effectivement à tous les niveaux mais  la mesure spectaculaire – et sans précédent par son ampleur – d’incarcération de cinq généraux-majors à six mois des élections obéit un agenda politique.

Dans un entretien au journal El Khabar, l’ancien ministre de la communication insiste particulièrement sur ce “timing” qui viserait au bout du compte à disqualifier l’armée en matière de succession à la présidence.  Au plan du principe, dit-il, “il n’est pas acceptable de garder le silence sur la corruption quel que soit le niveau, l’institution ou le secteur concerné”. Mais, ajoute-t-il, “la question qui nous inquiète est l’instrumentalisation politique des pratiques de corruption”.

“Pourquoi ces affaires apparaissent à six mois des présidentielles, pourquoi se sont-elles elles  apparues au cours des 20 dernières années qui ont été  sans poursuites contre des corrompus et des auteurs de dilapidations des deniers publics? Pourquoi parler de la corruption parmi les dirigeants de l’armée en ce moment précis et pas il y a deux ou trois ans… Ils veulent dire à l’opinion que l’armée a une rôle ou bien est associée dans la passation du pouvoir”.

    Pour lui, il ne fait guère de doute qu’il y a des “parties qui exploitent cette affaire pour affaiblir l’institution militaire dans le contexte actuel car elle est une partie décisive pouvant instituer le passage de la légitimité révolutionnaire vers  la légitimité du savoir, de la démocratie et de la technologie”.

 

Rahabi accuse ces “parties” de faire dans l’amalgame alors que l’Algérie a connu au cours des deux dernières décennies des affaires de corruption qui ont touché les secteurs de l’énergie, Sonatrach, les travaux publics, la communication … Il n’est pas normal, ajoute-t-il, “de faire les louanges de l’armée, de dire qu’elle protège les frontières, la stabilité et la souveraineté” et “de traîner en même si dirigeants devant les tribunaux pour dire qu’ils sont corrompus”.

“Nous ne devons pas généraliser, il y a au sein de l’institution de l’armée nationale des hommes honorables et intègres et, fort heureusement pour l’Algérie, ils sont la majorité dans cette institution et dans d’autres”.

La mise en détention de cinq généraux-majors sous l’accusation de “biens mal acquis et corruption”  n’est aucun cas une opération anti-corruption, a déclaré de son côté au Nouvel Obs, Djillali Hadjadj, président de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) et représentant de Transparency International.

Tout en soulignant que ces incarcérations relèvent de “l’inédit”, Djillali Hadjadj estime qu’il ne peut s’agir d’une opération anti-corruption car la “corruption est quasi-généralisée”. “Comment des mains sales peuvent mener une opération mains propres? ” s’est-il interrogé.

 
Luttes intestines

 

Après avoir souligné que l’ancien ministre de l’énergie, Chakib Khelil, “échappe toujours à la justice”, Djillali imputé ces incarcérations à des “luttes intestines au sein du pouvoir pour le choix du prochain candidat à la présidentielle à l’approche de la fin du mandat d’Abdelazziz Bouteflika.”

    Pour lui, le ” clan de Bouteflika a exhumé les dossiers pourris chez les généraux…”  dans un but politique d’affaiblissement de la capacité de l’armée qui veut avoir “son mot à dire sur le choix du successeur ou sur les conditions de reconduction de Abdelazziz Bouteflika pour un cinquième mandat.”

 

L’affaire des généraux emprisonnés a, selon lui, un impact sur l’armée.  “L’institution militaire a encaissé beaucoup de coups depuis vingt ans. Ce n’est pas le coup fatal, mais elle va mettre longtemps à s’en remettre, si elle s’en remet en termes de poids et d’influence. On a laissé ces généraux s’enrichir illicitement et en toute impunité, à ciel ouvert. Il ne fallait pas faire de très grandes investigations pour déterrer les dossiers.”

Pour le président de l’AACC, ces “anciens généraux, rendus à la vie civile, doivent être jugés par un tribunal civil et non par un tribunal militaire comme envisagé … Ils ont le droit de choisir leur avocat  et de bénéficier de la présomption d’innocence…”