Alger-Nouakchott: Le temps du réchauffement

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 18 octobre 2018

Lorsque Mohamed Ould Abdelaziz accède au pouvoir, en 2009, rien ne laisse alors supposer le virage surprenant que prendraient alors ses relations avec le voisin algérien.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – L’ancien général qui vient de conduire un putsch en règle contre l’ancien Président Maaouiya Ould Sid Ahmed Taya peine à obtenir la reconnaissance d’Alger qui se méfie aussi et surtout de ses penchants affichés pour la monarchie marocaine. Au lendemain du renversement du seul Président mauritanien élu démocratiquement, le Maroc est non seulement le seul pays à ne pas condamner l’acte de Mohamed Ould Abdelaziz, mais trouve utile de l’appuyer publiquement en dépêchant une délégation de haut niveau pour le sortir de l’isolement dans lequel il se trouve alors. Ce soutien ne suffit pas à éviter au nouveau Président des sanctions de l’Union africaine (UA) fermement opposée à toutes formes de coups d’Etat en Afrique. Absent de cette organisation, le Maroc ne peut rien pour lui. Conscient du jeu de l’équilibre des régions, il se tourne, dit-on, vers l’Algérie. Aux appels discrets se succèdent des offensives plus ouvertes comme celle ayant, par exemple, consisté à envoyer des députés rechercher un rapprochement avec leurs homologues algériens. Ces démarches lui valent certains reproches du roi du Maroc qui voit d’un mauvais œil ce rapprochement entre la Mauritanie et l’Algérie. Mohamed Ould Abdelaziz, qui parvient à se faire réélire en 2014, tient un discours sur l’immigration clandestine et la lutte anti-terroriste qui plaît également grandement à ses voisins. Entre les deux Etats, les visites officielles se font également de plus en plus fréquentes et débouchent sur des décisions concrètes. Le 19 août dernier, l’Algérie et la Mauritanie inauguraient ainsi leur premier poste frontalier depuis l’indépendance au niveau de la localité de Tindouf. Officiellement, l’objectif est de booster les relations économiques entre les deux pays, mais il permet aussi d’ouvrir une perspective dans l’isolement induit par la situation sécuritaire au Sahel. Dans la zone désertique où se dressent désormais des gardes armées, de part et d’autre des frontières, les bandes de trafiquants et groupes terroristes sont en passe de perdre définitivement la bataille, dit-on encore. Les spécialistes en veulent pour preuve l’absence d’attentats terroristes depuis un long moment déjà. Mais de part et d’autre, on veut aller encore plus loin. «Le nouveau poste frontalier terrestre entre l’Algérie et la Mauritanie réalisera prochainement des résultats positifs à travers la création d’une dynamique économique et de nouveaux investissements dans la région», avait annoncé le ministre de l’Intérieur cet été. Dans le même contexte, Bedoui affirmait que l’étude de la réalisation du projet de la mine de fer de Gara Djebilet est en cours de réalisation. L’étude avait été confiée à Sinosteel, une entreprise étatique chinoise activant principalement dans l’exploitation minière. La mise en œuvre du projet dépend, toutefois, de la réalisation d’une ligne ferroviaire qui peine à voir le jour. La dynamique économique est à l’ordre du jour puisque, a-t-on appris, des hommes d’affaires algériens se sont, à nouveau, déplacés dernièrement vers Nouakchott. Le départ a été pris de Tindouf, mais le marché considéré comme «intéressant» se heurte, cependant, à des réalités crues, essentiellement liées à l’isolement qui caractérise la région. Il est notamment fait part de l’absence d’infrastructures de base : lignes téléphoniques, points de vente de carburant, routes difficiles à pratiquer et non goudronnées… Autant de facteurs qui nécessitent de gros investissements à même d’ouvrir une grande fenêtre sur le marché africain. Il faut savoir que les deux pays ont déjà pour projet de construire une route entre Tindouf et la ville de Choum, en Mauritanie.
A. C.