Les archives de la guerre d’Algérie: Une tâche «primordiale» pour Macron

El Watan, 17 octobre 2018

La question des archives reste une question «majeure» du contentieux historique entre l’Algérie et la France et s’annonce comme une tâche «primordiale» pour le président Emmanuel Macron, a estimé l’historienne Sylvie Thénault.

 «Plus d’un demi-siècle après l’indépendance de l’Algérie, la question des archives reste une question majeure du contentieux historique entre l’Algérie et la France.

Elle s’annonce comme une tâche primordiale pour Emmanuel Macron, dont le quinquennat se révèle novateur en la matière», a indiqué cette spécialiste de la guerre de Libération nationale dans une tribune publiée par The Conversation France, un média en ligne d’information et d’analyse de l’actualité indépendant, qui publie des articles grand public écrits par les chercheurs et les universitaires.

Dans cette tribune, la chercheure au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), s’interroge sur l’inventaire franco-algérien des archives de l’Algérie à la période coloniale qui devra être fait, notamment depuis l’affirmation du président français que la colonisation a constitué un «crime contre l’humanité», et sa reconnaissance récente des responsabilités de l’Etat dans la torture et les disparitions pendant la guerre d’indépendance algérienne.

Pour cette chercheure, dont la maîtrise d’histoire en 1991 portait sur «La manifestation des Algériens à Paris le 17 Octobre 1961 et sa répression», ainsi que sa thèse soutenue en 1999 traitant de «La justice dans la guerre d’Algérie», dans le cas de l’Algérie coloniale et de sa «cruelle» guerre d’indépendance, les archives conservent les traces d’histoires individuelles qui «hantent parfois, aujourd’hui encore, les familles».

«Le cas de la famille Maurice Audin est de ce point de vue exceptionnel et ordinaire: exceptionnel par sa médiatisation, grâce à la mobilisation constante de sa femme et de ses enfants, ordinaire car leur vécu n’est rien moins que celui de tous ceux qui ont perdu, dans cette guerre, un être cher, même s’ils ne s’expriment pas publiquement», a-t-elle expliqué.

Elle estime que le contentieux franco-algérien «doit être dépassé», même s’il s’agit là d’un dossier «complexe», rappelant que depuis 1962, date de l’indépendance de l’Algérie, les autorités algériennes «n’ont eu de cesse de dénoncer leur dépossession et de demander la restitution de tous les documents».

Sylvie Thénault fait remarquer qu’entre la France et l’Algérie, la question des archives continue d’être traitée au plan diplomatique, indiquant qu’elle échappe ainsi aux praticiens des archives que sont en particulier les archivistes et les chercheurs en sciences humaines et sociales.

Par ailleurs, elle considère qu’un bilan global des fonds conservés en France «reste difficile à établir», car en dépit des efforts soutenus pour produire régulièrement des inventaires, les Archives nationales d’outre-mer (ANOM), à Aix-en-Provence, conservent encore des fonds non classés.

L’historienne a indiqué que des chercheurs étrangers ont effectué, au début des années 2000, des séjours de recherche durant lesquels ils ont pu constater la richesse des fonds restés en Algérie et leurs apports à l’écriture de l’histoire.

«L’Algérie est bien, du point de vue des archives, entre l’héritage et la spoliation: héritage de fonds massivement restés sur place, spoliation hautement symbolique de son patrimoine national», a-t-elle affirmé, soulignant «au nom de l’écriture de l’histoire mais aussi des citoyens des sociétés toutes deux concernées», le caractère «urgent» pour que la question des archives de la période coloniale en Algérie soit traitée sur des «bases nouvelles, loin des théories officielles ne correspondant pas à la réalité connue des archivistes et des chercheurs».