Total s’apprête à renouveler les contrats d’achat de gaz algérien

Jusqu’où ira le renforcement du partenariat algéro-français ?

Liberté, 10 octobre 2018

La compagnie nationale des hydrocarbures, Sonatrach, vient de renforcer son partenariat avec la compagnie pétrolière française en concluant deux accords dimanche dernier, le premier, le plus important, porte sur la signature d’un  pacte d’actionnaires pour la constitution d’une société conjointe détenue à 51% par Sonatrach et à 49% par Total chargée de la réalisation d’un complexe de production de polypropylène, et le second, sur le développement du gisement de gaz d’Erg Issaouène situé dans le bassin d’Illizi, en association avec le pétrolier français. Ces deux accords relancent la coopération entre les deux groupes pétroliers freinée par le différend sur l’Ahnet et le litige portant sur le gisement de gaz de Tin Fouye Tabankort en rapport avec le versement par l’associé français au Trésor algérien de la taxe sur le profit exceptionnel (TPE). Le règlement à l’amiable du contentieux a donné des ailes au partenariat entre les deux partenaires. Déjà engagé dans la “solarisation du champ de Tin Fouye Tabankort (TFT)”, encouragé par l’entrée en production du gisement de Timimoun exploité en association avec Sonatrach et le renouvellement du contrat d’exploitation de TFT, Total est en négociations avec Sonatrach et ENI pour la signature d’un contrat d’exploration dans un  périmètre offshore au large de Skikda ou de Mostaganem. En somme, la coopération entre les deux partenaires s’est élargie : de l’amont à la pétrochimie et aux énergies renouvelables. Cette coopération va être consolidée avec le renouvellement des contrats gaziers de vente de gaz algérien à Total qui sont sur le point d’expirer. Selon Sonatrach, la France achète annuellement à l’Algérie 7,2 milliards de mètres cubes de gaz sous forme de GNL, ce qui fait de ce pays le troisième plus grand client de l’Algérie en gaz, après l’Italie et l’Espagne. “Sonatrach est en négociations avec Total pour renouveler ces contrats. Total veut aboutir à la signature de ces accords. Les contrats seront signés vers la fin 2018”, a indiqué récemment à la presse Abdelmoumen Ould Kaddour, le P-DG de Sonatrach. Le premier responsable de la compagnie pétrolière nationale a situé l’importance de cette coopération. “Total nous apportera son expertise notamment dans la pétrochimie ainsi que le management des grands projets.” Il faut savoir que la réalisation du complexe de polypropylène constitue un projet majeur dans le programme de développement de la pétrochimie dans le cadre du plan de développement de Sonatrach 2019-2023. Il s’agit du premier contrat signé portant réalisation d’un grand projet de ce plan. À noter que Total a accru, en outre, à la faveur de ce renforcement du partenariat avec Sonatrach, ses intérêts dans l’amont pétrolier algérien. L’autre groupe français, Engie, est présent également dans l’amont : précisément, il s’apprête à exploiter en partenariat avec Sonatrach le champ de gaz de Touat, situé au sud-ouest, d’une capacité de 4 milliards de mètres cubes/an de gaz. Mais jusqu’où ira ce regain du partenariat algéro-français dans le secteur des hydrocarbures ? Il convient de noter que dans sa politique de développement, Sonatrach cherche à diversifier ses partenaires. En attendant la reprise des appels d’offres, elle table sur les investissements non seulement de Total, mais aussi de l’ENI, de BP, de Statoil, de Cepsa et de Repsol notamment pour atteindre une croissance de sa production de pétrole et de gaz à moyen terme. L’autre handicap est l’incapacité  jusqu’ici des deux parties à porter ce partenariat à un stade hautement stratégique. La France a toujours exprimé des réticences à ce que Sonatrach ait pied sur son marché, contrairement à l’Espagne et à l’Italie. On peut cependant espérer que la convergence des intérêts entre l’Algérie, la France, l’Espagne et l’Italie à l’échelle du bassin méditerranéen poussera le président français, Emmanuel Macron, à donner un coup de pouce à une connexion du Medgaz, le gazoduc qui relie l’Algérie à l’Espagne avec le réseau de transport de gaz français contribuant à la constitution d’un hub gazier au sud de la France. En somme, un partenariat gagnant-gagnant pour les trois parties.

K. Remouche