Mouvement citoyen à Ouargla: Une nouvelle «Milyounia» pour le 3 novembre

Houria Alioua, El Watan, 02 octobre 2018

Dans un communiqué rendu public cette semaine, le comité de la société civile de Ouargla a souligné sa détermination à poursuivre sa lutte pour le développement durable et la levée du gel des projets afin de stopper la «prolifération de la corruption et le règne des détenteurs de l’argent sale sur les affaires de la cité».

Alors que les réseaux sociaux s’enflammaient, dimanche, au visionnage d’un reportage télévisé soulignant la levée du gel du projet du CHU de Ouargla, que le wali, Abdelkader Djellaoui, aurait annoncée en marge de la séance de travail sur l’état des lieux et les perspectives du secteur de l’hydraulique dans la wilaya, jeudi dernier, le mouvement citoyen de Ouargla, organisateur de la manifestation du 15 septembre dernier, tenait de nouvelles rencontres populaires en plein air dans les quartiers.

Celle d’El Bour, localité à 45 km du chef-lieu de la wilaya de Ouargla, a connu une large participation de la population locale adhérant au mouvement de contestation pacifique qui prépare depuis une dizaine de jours une «milyounia» prévue le 3 novembre prochain.

«La société civile à Ouargla a atteint un niveau de conscience qui ne peut être inversé ou mesuré par les seuls mouvements de rue face au déni systématique des gouvernements successifs et à la persistance des problèmes de mal-vie», souligne Khemisti Mohamed, un des animateurs du mouvement.

De son côté, Abdelkader Melouah salue «toute décision allant dans le sens d’une solution radicale des problèmes des secteurs de l’eau, de l’électricité, de la santé et notamment des évacuations médicales vers les wilayas du Nord ou la Tunisie, véritable refuge des malades du sud du pays».

Le wali de Ouargla garde bon espoir. «La levée du gel du projet du CHU n’est pas encore acquise, mais elle est en cours d’étude et très envisageable», a-t-il dit lors de son allocution en plénière jeudi dernier. Contestant le fait que le déplacement de commissions d’experts de la santé et des ressources en eau découle du mouvement de protestation de Ouargla, le wali affirme être à l’origine de la demande de ces missions spéciales.

«Nous sommes là pour combler un grand retard de réalisation et c’est pour démontrer par le biais de ces experts reconnus que nous sommes sur la bonne voie, c’est juste une question de temps, la volonté y est», a-t-il affirmé. M. Djellaoui suivrait de près le mouvement de rue et se dit «prêt et ouvert à toute initiative de débat ou de concertation citoyenne», a-t-il confié à El Watan.

Escalade

Pendant ce temps, le ton monte du côté de la coordination de la société civile, qui s’estime marginalisée et non reconnue comme représentative de la population. Pourtant et à l’instar de celle du 26 juillet, la manifestation du 15 septembre dernier à Ouargla a suscité un intérêt médiatique très important, notamment à l’étranger, où ce type de mouvement de rue venant du sud de l’Algérie intrigue.

La persistance de cette contestation populaire et l’annonce d’une nouvelle «milyounia» suscitent des questionnements sur la nature de ce mouvement, sa composante et son agenda. Des interrogations persistent également sur le timing et les conditions qui ont suscité l’organisation d’un mouvement citoyen englobant celui des chômeurs, des diplômés et des «antigaz» de schiste à la fois.

Des jeunes qui excellent dans l’utilisation des nouvelles technologies de communication et les mécanismes de protestation pacifique ainsi que la mobilisation des foules via Facebook pour avoir longtemps activé dans les organisations de la société civile locale. Face à eux, une administration qui investit à peine les réseaux sociaux et tente d’enrôler les élus, dénoncés par la rue et sans prérogatives réelles, pour jouer un rôle de médiation et d’information de la population.

Le wali reconnaît le déficit en communication institutionnelle. Une insuffisance qui lui a été fatale, vu la levée de boucliers et les risques d’enlisement du mouvement de rue qui réclame des changements drastiques et une cadence de développement que la wilaya n’a pas. Une main de fer dans un gant de velours.

Le plan d’action de l’administration consiste en une résorption de la colère avec des projets que le gouvernement concède au compte-gouttes alors qu’une action d’identification, voire de répression des meneurs du mouvement est menée par les services de sécurité.

Dans un communiqué rendu public cette semaine, le comité de la société civile de Ouargla a souligné sa détermination à poursuivre sa lutte pour le développement durable et la levée du gel des projets afin de stopper la «prolifération de la corruption et le règne des détenteurs de l’argent sale sur les affaires de la cité».

Les animateurs du mouvement citoyen de Ouargla, qui promettent au gouvernement de nouvelles «milyounias», ont toutefois mis en exergue leur volonté de circonscrire leur contestation à la seule wilaya de Ouargla. Leur dernier communiqué rassure sur l’ultime dessein et objectif du mouvement «qui cessera d’exister à la minute où les autorités centrales du pays répondront favorablement aux revendications de la plateforme du 15 septembre 2018».