Une loi de finances à fort caractère social

Le conseil des ministres l’a adoptée hier

Kamel Amarni, Le Soir d’Algérie, 27 septembre 2018

Abdelaziz Bouteflika a présidé, hier mercredi dans l’après-midi au siège de la présidence de la République à El Mouradia, une réunion du Conseil des ministres, la première de la rentrée. Une réunion dont l’ordre du jour était, bien sûr, dominé par l’examen et l’adoption du projet de loi de finances pour 2019, soit le budget de l’Etat en cette année électorale.
Kamel Amarni – Alger (Le Soir) – Et comme prévu, ce projet de loi de finances se veut à caractère social, malgré le contexte financier difficile que traverse l’Algérie depuis l’été 2014. «Aucune nouvelle taxe ou augmentation des prestations publiques n’est proposée dans le projet de loi de finances pour 2019», précisera, effectivement le communiqué officiel de la présidence rendu public à l’issue de la réunion. Élaboré tout de même prudemment, sur la base d’un prix de baril à 50 dollars, le projet de la loi de finances aura été assez «généreux» envers le front social en même temps il tient compte des dépenses supplémentaires inhérentes à la Sécurité nationale, notamment au déploiement de nos forces armées sur toute l’étendue de la bande frontalière. Ce qui explique une hausse sensible du budget de fonctionnement. Le communiqué de la présidence précisera, ainsi que concernant le budget de fonctionnement, il est estimé à 4 954 mds DA avec une légère hausse découlant de la situation sécuritaire aux frontières ainsi que du relèvement des transferts sociaux qui atteindront 1 763 mds DA (près de 21% de la totalité du budget de l’Etat). Les crédits budgétisés pour les transferts sociaux couvriront notamment plus de 445 milliards DA destinés au soutien des familles, près de 290 mds DA destinés aux retraites (auxquelles s’ajoutera une dotation d’appui de 500 mds DA à la Caisse nationale des retraites), près de 336 mds DA pour la politique publique de santé, et plus de 350 mds DA pour la politique publique de l’habitat (auxquels s’ajouteront près de 300 mds DA mobilisés pour le même secteur par le Fonds national d’investissement). Le solde global du Trésor pour l’exercice 2019 affichera un déficit de près de 2 200 mds». Il est loisible de constater que des secteurs clés et sensibles, très importants pour le maintien de la paix sociale et, donc, pour réussir une élection présidentielle, sont nettement privilégiés. Il s’agit de l’habitat, du soutien aux familles démunies ainsi que du maintien du système des retraites. Ceci dit, le communiqué note, par contre, une légère baisse dans le budget d’équipement : «Pour le budget d’équipement, il s’élèvera à 3 602 mds DA de crédits de paiement et 2 600 mds d’autorisations de programme». Cette légère baisse est expliquée par l’assainissement des créances détenues sur l’Etat, que le gouvernement avait opéré fin 2017. Sans doute inspiré par les protestations de ces derniers mois, dans plusieurs régions du pays, à la suite de catastrophes naturelles ou même sanitaires, Abdelaziz Bouteflika ne manquera pas d’insister sur «le développement humain». Il dira, notamment, selon le communiqué que «L’Algérie doit se mobiliser davantage dès à présent pour maintenir et améliorer le niveau de développement humain de la population, surtout que celle-ci connaît une progression de plus d’un million d’habitants par année, et l’Algérie dispose des moyens de réussir ce pari», a déclaré le président Bouteflika. Le développement humain de la population bénéficie, selon le projet de loi de finances 2019, d’une dotation budgétaire d’appui de 625 milliards de DA». Aussi «pour atteindre cet objectif, le chef de l’Etat a souligné qu’il était impératif d’ «approfondir les réformes déjà engagées dans tous les secteurs», observant qu’elles garantiront, d’abord, «une justice sociale toujours intense mais aussi plus transparente, plus efficace et plus équitable». Sans le dire, il fait ici allusion à l’équilibre régional en matière de développement, dans un clin d’œil évident en direction des wilayas de l’intérieur, particulièrement le Grand Sud. Bouteflika mettra également là où, il le sait, le citoyen y est très sensible : la bureaucratie. Le communiqué de la présidence ajoutera en effet que, selon Bouteflika «pour atteindre cet objectif, il était impératif d’approfondir les réformes déjà engagées dans tous les secteurs», observant qu’elles garantiront, d’abord, «une justice sociale toujours intense mais aussi plus transparente, plus efficace et plus équitable». Bref, il s’agissait pour Bouteflika, en cette vraie entame de la rentrée politique et sociale, de lancer des messages d’apaisement envers le front social. Cela, tout en insistant, en revanche, sur la poursuite de la nouvelle politique économique enclenchée depuis 2014. Il dira à ce propos : «Dans le même temps, la valorisation des richesses nationales, l’offre d’emplois et la promotion des exportations hors hydrocarbures doivent avancer de pair et de manière plus soutenue encore, avec le concours des investisseurs locaux et de nos partenaires étrangers, pour poursuivre et accélérer l’amélioration du climat des affaires dans le pays.» Faisant aussi allusion à la prochaine présidentielle, Bouteflika ajoutera dans le même sillage que : «Ce sont donc là un ensemble de chantiers majeurs dont ne doivent pas nous distraire les échéances politiques nationales aussi importantes qu’elles soient, des chantiers sur lesquels j’attends des résultats concrets et diligents». Ici, il s’agit d’une nouvelle feuille de route à court terme tracée pour le gouvernement…
K.A