Algérie-Allemagne: La visite de Merkel n’a en rien été économique

Akram Kharief, Maghreb Emergent, 18 septembre 2018

La visite officielle d’Angela Merkel a été préparée depuis trois mois avec l’envoi préalable d’émissaires et d’officiels pour évaluer la situation sur place et anticiper les réponses des autorités algériennes.

Reconduction aux frontières des migrants sub-sahariens, question des minorités religieuses et ethniques, des droits de l’hommes, droits des communautés LGBT. Les toutes ses problématiques répondaient à un seul but pour Berlin: faire tarir le flux de migrants algériens ou passant par l’Algérie qui finissent leur parcours en Allemagne.

Quid des questions économiques, aucun homme d’affaires ni responsable économique majeur n’a accompagné la chancelière allemande durant son voyage en Algérie.

C’est le premier ministre Ahmed Ouyahia qui a évoqué l’aspect économique des relations entre les deux pays notant que “l’Allemagne avait contribué dans la relance de l’industrie mécanique en Algérie, rappelant que la dernière décennie avait vu la participation de grandes firmes allemandes dans la concrétisation de projets de construction de véhicules légers et lourds, dans différentes régions du pays.
Il avait indiqué, au début de la conférence de presse, que sa séance de travail avec la Chancelière avait permis, aux deux parties, de “manifester une forte volonté à aller de l’avant, notamment en matière de coopération économique”, précisant qu’”il existe déjà plus de vingt partenariats qui fonctionnent et nous en ferons d’autres”.

Du coté de Merkel, pas un mot pour évoquer les aspects économiques. “Nous sommes venus ici pour confirmer de la bouche des officiels algériens que l’Algérie était sûre et que le rapatriement des demandeurs d’asile algériens et des sans papiers allait se faire avec la garantie de la partie algérienne qu’ils ne seront pas persécuté” nous affirme un officiel allemand sous couvert d’anonymat. Autre point relevé par nos interlocuteurs “nous avons pu constater que les opérations de reconduite aux frontières se faisaient de manière satisfaisante sur le plan humain et que de nombreux efforts ont été déployé par l’Algérie”.

Sur ce plan l’objectif a été atteint puisque Ahmed Ouyahia a affirmé lors de la conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande que “ l’Algérie récupérera ses enfants, qu’il s’agisse de 3.000 ou de 5.000”. Reste deux points sur les quels les deux capitales devront s’accorder qui sont la question des réfugiés sexuels et celle du mode de rapatriement des sans papiers algériens. Sur le premier point le premier ministre a répondu à la question d’une journaliste allemande sur le cas des homosexuels en Algérie d’une manière totalement hors contexte. Il évoquera le caractère religieux et conservateur de la société algérienne alors que les motivations de la journaliste étaient d’expliquer les raisons de l’augmentation des demandes d’asile basées sur l’orientation sexuelle des demandeurs.

Le second point étant le refus d’Alger d’accepter les rapatriements par charters des sans papiers et la collaboration de la compagnie allemande Lufthansa qui devra contribuer à l’effort fourni pour le moment par Air Algérie.

Le seul point positif pour les autorités est probablement d’avoir décroché la mention pays “sûr” dans un contexte interne très compliqué, même si ses implications dans la réalité n’auront aucune incidence sur la situation du pays.