Présidente du CEMOC: L’Algérie très attendue au Sahel

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 16 septembre 2018

L’accession de l’Algérie à la tête du CEMOC (Comité d’état-major opérationnel conjoint) a soulevé l’espoir de la mise en place d’une nouvelle dynamique dans la lutte anti-terroriste qui se mène au Sahel. Chargé de mener des opérations de localisation et de destruction des groupes armés, la réactivation de cette structure est aujourd’hui perçue comme une nécessité pour faire face à la situation prévalant dans la zone.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Il y trois jours, la réactivation officielle du Comité d’états-majors opérationnels conjoint était donc officiellement annoncée par l’Algérie qui rendait également publique son accession à la présidence tournante de l’organisme. Ce dernier regroupe le Mali, le Niger et la Mauritanie également impliqués dans la force du G5, structure chargée de la lutte anti-terroriste dans le sahel.
Le communiqué publié révélait ainsi qu’une réunion s’est déroulée ce mercredi à Niamey, au Niger, en présence d’une importante délégation de l’ANP conduite par le général major Zerrad Cherif. Objectif: évaluer la situation en cours dans la région, mais aussi faire l’état des lieux du niveau de coopération entre les états-majors impliqués dans cette structure. Sur place, les partenaires de l’armée algérienne proposent que la présidence tournante soit à présent assurée par l’Algérie.
Comme beaucoup d’autres pays, le Mali, le Niger et la Mauritanie sont depuis un long moment à la recherche d’une implication beaucoup plus importante et plus franche des militaires algériens dans la lutte qui se mène hors de ses frontières.
Pour des raisons bien connues, Alger s’est cependant toujours refusée à s’impliquer dans des initiatives entravant les principes contenus dans la constitution et limitant ses actions armées au territoire national. Force est de reconnaître aussi qu’en dépit de plusieurs tentatives poussant à son implication dans la force du G5 (Mali, Niger, Burkina Faso, Mauritanie et Tchad) supervisée par la France, Alger a su rester imperturbable et limiter son rôle à celui de «partenaire incontournable».
La réactivation du CEMOC pourrait toutefois indiquer que la donne semble être appelée à évoluer mais dans des limites tracées par les algériens eux-mêmes. L’organisme en question est en effet une création de l’armée algérienne puisque c’est sous son autorité et à son initiative qu’il a été créé en 2012 à Tamanrasset.
En raison des jeux d’influence étrangers dans la région, mais aussi des événements auxquels a eu à faire face l’armée durant toutes ces dernières années, le CEMOC est resté au stade de balbutiements et son existence connue uniquement des initiés. De nouveaux éléments semblent être cependant survenus depuis.
Le G5, projet cher au président français, peine à lutter efficacement contre les groupes terroristes qui redoublent de férocité. l’impossibilité de trouver une solution à la crise libyenne qui menace à tout moment de déborder hors de ses frontières, l’échec de l’opération Barkhane au Mali mais aussi l’arrivée massive de terroristes chassés d’Irak et de Syrie où ils étaient partis combattre sont autant de donnes qui menacent l’équilibre et la sécurité de la région. L’armée algérienne que l’on disait encore affaiblie par la décennie noire au moment où a été créé le CEMOC n’en est plus à ce stade elle aussi. En très peu de temps, elle a su se transformer en l’une des entités militaires les plus puissantes et les plus équipées de la région.
Ce statut lui confère une force et une aura incontestables qui peuvent lui permettre sans problème de régner en maîtresse sur le Sahel dans des limites qu’elle s’est cependant elle-même fixée. En d’autres termes, agir militairement dans la zone sans être soumise à une quelconque influence étrangère.
Dans l’intervention prononcée à Niamey, le général-major Zerrad Chérif a fait passer le message clairement : «il est nécessaire dit-il, de conjuguer les efforts dans une coopération franche et sincère entre les pays du champ basée essentiellement sur l’échange d’informations et de renseignements et la coordination de part et d’autres des frontières en comptant sur nos propres forces et moyens.»
Il va sans dire que la réactivation du CEMOC suscite un immense intérêt chez les partenaires subsahariens mais aussi et surtout chez les parties étrangères impliquées au Sahel. Ce jeudi, Emmanuel Macron et le président Bouteflika ont déjà eu un échange sur la situation en cours…
A. C.