Sonatrach perd 3 milliards de dollars par an

Difficultés de gestion et retard dans les grands projets

Liberté, 12 septembre 2018

“Nos projets de développement sont en retard”, a reconnu le P-DG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour.

Au cours des journées sur les opportunités d’investissement pour les entreprises, organisées par la compagnie pétrolière nationale les 9 et 10 septembre, le conseiller du P-DG de Sonatrach, Hammoudi Bouaddouda, a laissé entendre que les grands projets de développement de Sonatrach connaissent des difficultés dans leur réalisation. “Nous avons mis 19 mois pour mettre en service le gisement de Hassi Berkine sud (HBNS) en partenariat avec l’américain Anadarko (phase I production de
60 000 barils/jour de pétrole). Un record”, a-t-il lancé.
Le responsable a suggéré de voir pourquoi Sonatrach et son partenaire sont allés plus vite auparavant et pourquoi aujourd’hui la compagnie met beaucoup de temps pour achever les projets pétroliers et gaziers. Le P-DG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, a reconnu, dans la foulée, cette réalité. Il a déclaré devant un parterre de responsables et d’entrepreneurs publics et privés que “nos projets de développement sont en retard”.
En ce sens, la stratégie 2030 de Sonatrach fournit un chiffre édifiant sur ces pertes : ce sont 3 milliards de dollars de “manque à gagner” annuel en raison de surcoûts liés à des difficultés de gestion des projets et aux grands retards dans la mise en service principalement des nouveaux gisements de pétrole et de gaz. Pour tenter d’y remédier et réduire ces pertes financières, la compagnie nationale entend créer une direction centrale ingénierie et management des projets pour contrôler les coûts et les plannings des grands projets. Des documents de Sonatrach donnent une indication sur l’importance de ces retards. Dans les prévisions de Sonatrach de 2013, le gisement de Tinhert (gaz naturel) devait être mis en service en 2017, celui de pétrole brut d’El-Mzaid en partenariat avec le chinois CNPC en 2016, celui de gaz naturel et condensat et GPL d’Issaren, en partenariat avec le britannique Petroceltic et l’italien Enel en 2017, et celui de gaz naturel avec le français Engie en 2016. Les prévisions de 2018 indiquent un glissement important dans le planning des travaux. Tinhert ne sera mis en service qu’en 2021, Issaren en 2021 et El-Mzaid en 2019. La mise en service du gisement de Touat est annoncée vers la fin 2018.
Dans les prévisions de 2013, l’ensemble des champs satellites de pétrole de la périphérie de Hassi Messaoud devaient être mis en service en 2017. Les projections de 2018 signalent qu’uniquement le champ satellite de Hassi Guettar sera receptionné en 2020, l’ensemble serait mis en service en 2022, selon un responsable de Sonatrach. Cette situation est due à des facteurs endogènes à Sonatrach : l’insuffisante capacité d’absorption des projets, les changements dans le management des projets, les lenteurs dans les procédures d’appel d’offres, le choix des sociétés de services chargées de réaliser en EPC (ingénierie, procurement, construction) ces grands projets.
À cela s’ajoutent des facteurs exogènes : la crise financière à partir de 2014 contraignant la compagnie à un arbitrage dans le choix des projets, l’instabilité dans le top management de Sonatrach depuis 2010, les lenteurs dans la prise de décision à Alnaft, l’Agence nationale de valorisation des hydrocarbures, notamment pour accorder son feu vert au développement des gisements de pétrole et de gaz, la bureaucratie administrative.

K. Remouche