Rentrée : le gouvernement à l’épreuve des colères sociales

Arab Chih, TSA, 30 Août 2018

La rentrée sociale s’annonce chaude pour le gouvernement Ouyahia. À une petite encablure de la grande rentrée de septembre, il a déjà sur les bras un grand dossier, celui de l’épidémie de choléra qui s’est déclarée dans six wilayas du centre pays.

Et déjà il est sous un feu nourri de critiques et, du coup, dans une bien mauvaise posture. Des critiques à coup sûr qui, soit dit en passant, sont amplement justifiées puisque, dans ce test grandeur nature, l’équipe gouvernementale a ‘’brillé’’ avec une communication approximative et une lenteur que beaucoup ne s’expliquent pas dans l’identification du foyer de départ du fléau.

Et dans quelques semaines pour ne pas dire quelques jours, il sera, à coup sûr, mis à plus rude épreuve puisqu’il sera amené à faire face à plusieurs foyers de tensions à la fois.

On le sait, et c’est une tradition bien ancrée chez nous,  à l’approche de chaque échéance électorale de grande importance, la température monte de plusieurs crans sur le front social. Les Syndicats et autres organisations sociales en profitent pour montrer leurs muscles et faire monter les enchères dans l’espoir de tirer le maximum de dividendes.

De l’opportunisme social ? Peut-être. De mauvais alois ? Pas du tout. Car, les Algériens ont compris et depuis longtemps que seules ces méthodes payent (quoique ça ne réussit pas à tous les coups et pour preuve, le débrayage des médecins résidents qui a duré des mois sans que ces derniers ne réussissent à avoir gain de cause) dans un pays où les responsables ne daignent prêter oreille attentive aux doléances des citoyens que mis Le dos au  mur.

Aussi, il y a fort à craindre que les colères citoyennes ravalées jusqu’ici et les sempiternelles revendications sociales (salaires, retraites, conditions de travail, etc) mises en sourdine, pour une raison ou une autre, ne puissent refaire surface toutes et d’un seul coup au point de mettre sérieusement en difficulté un gouvernement en panne d’idées et à la marge de manœuvre bien limitée, faut-il sans doute le connaitre.

Aussi, une montée au créneau des syndicats de secteurs à fort potentiel revendicatif, comme l’éducation et la santé, dans les toutes prochaines semaines, n’est pas du tout à exclure.

Car en plus du contexte politique favorable à la revendication sociale, il faut convenir que la chute du prix du baril et la forte dépréciation de la valeur de la monnaie nationale ont sérieusement laminé, ces deux dernières années, le pouvoir d’achat de larges couches sociales qui ont de plus en plus mal à faire face aux besoins les plus élémentaires.

Et la Centrale syndicale qui par le passé,  jouait les pompiers, ne sera d’aucun secours au gouvernement puisqu’elle a quasiment perdu, toute emprise sur le monde du travail.

Il est vrai que Ouyahia et son équipe peuvent compter sur la remontée spectaculaire du pétrole depuis 2018, en frôlant aujourd’hui les 76 dollars le baril.

Une vraie bouffée d’oxygène en effet pour le gouvernement et qui a permis au législateur de se permettre bien des libéralités dans l’élaboration de l’avant-projet de Loi de finances 2019, en revoyant à la hausse le budget de fonctionnement et le montant des transferts sociaux, au nez et à la barbe des fonctionnaires du FMI qui somment à cor et à cri et depuis des années l’État algérien à s’imposer une sévère cure budgétaire.

Le gouvernement bénéficiera donc d’un sursis et d’une vraie soupape pour passer sans grands encombres, l’épreuve de la présidentielle d’avril 2019. Et après ? Grande question !