«Notre priorité consiste à améliorer la connaissance, qui reste lacunaire dans tous les domaines environnementaux»

Khatim Kherraz. Secrétaire exécutif de l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS)

Nouri Nesrouche, El Watan, 14 août 2018

– Quels sont les défis de l’Afrique jugés prioritaires par votre Observatoire ?

Le territoire est trop étendu pour que les défis soient les mêmes dans toutes les régions. On va un peu rétrécir le champ de la question au territoire de l’OSS, c’est- à-dire à 25 pays du nord de l’Afrique dans une bande de territoire qui va du Sénégal à la Somalie, et aux domaines de compétence de l’OSS. En matière d’eau, nous avons établi deux zones différentes : la première englobe le Maghreb en plus de l’Egypte.

Dans cette zone, nous avons un gros problème de ressources en eau renouvelables, insuffisantes pour affronter l’avenir. Toute cette région est déjà aujourd’hui dans une situation de stress hydrique. Il va donc falloir absolument, dans un premier temps, mieux gérer l’eau disponible en ayant recours, ensuite, aux eaux dites non conventionnelles (dessalement d’eau de mer et réutilisation des eaux usées) en plus du recours aux eaux fossiles, avec toutes les précautions d’usage sur la durabilité de la ressource et le respect de l’environnement.

La deuxième zone est celle du Sub-Sahara. Paradoxalement, ici il y a beaucoup plus d’eau disponible, mais peu d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, pour des raisons d’insuffisance de moyens financiers. Ajoutez à cela les difficultés d’approvisionnement en énergie électrique, qui rendent les pompages difficiles. L’énergie solaire est considérée comme une option de rechange, mais avec des coûts initiaux d’investissement qu’il faut de toute façon couvrir.

L’autre domaine de compétence concerne les terres. En priorité, nous activons pour la lutte contre la désertification sous toutes ses formes : à la fois l’avancée du désert, mais aussi l’appauvrissement des sols en raison de leur surutilisation. Aussi, en matière de changement climatique, nous savons que cette zone subit globalement l’élévation de température, qui va augmenter les besoins en eau, et provoquer une diminution des précipitations, qui va réduire la recharge des nappes et des cours d’eau. Dans certains cas, il est prévu l’inverse, c’est-à-dire l’augmentation des précipitations brutales et donc une augmentation des risques d’inondation.

– Et que prévoit l’OSS pour répondre à ces défis ?

Notre priorité consiste à améliorer la connaissance, qui reste lacunaire dans tous les domaines, et aussi développer les outils d’analyse et d’alerte en utilisant au mieux les moyens de télédétection, qui se généralisent et coûtent donc de moins en moins cher avec une qualité de plus en plus grande. Mais pour cela, il y a de gros besoins en renforcement de capacités.

– Vos missions englobent la définition de concepts et l’harmonisation d’approches et de méthodologies en rapport avec la gestion durable des terres et des ressources en eau, et le changement climatique. Pouvez-vous donner plus d’explications ?

De façon plus simple, cela veut dire améliorer simultanément la gestion de l’eau et des terres, puisque les deux sont liées, dans une logique de respect de l’environnement et en tenant compte de l’adaptation au changement climatique, qui est une contrainte supplémentaire.

– Les Etats africains ont élaboré une initiative stratégique de développement des énergies renouvelables. Quelle est votre place dans cette stratégie ?

L’OSS est un outil à la disposition de ses pays membres. Cela signifie que nous agissons selon deux approches : soit nous avons une idée de projet, que nous discutons avec les pays concernés, pour lequel nous cherchons ensuite des financements ; soit les pays viennent nous voir avec un projet que nous essayons de mettre en forme avant de lui chercher des financements.

– Justement, la COP21 a œuvré pour remettre sur les rails des projets jugés prioritaires en Afrique, comme la «grande muraille verte», la restauration du lac Tchad, la mise en valeur du fleuve Niger…

Notre stratégie 2020 et les actions que nous menons sont toutes inspirées ou en adéquation avec les stratégies des pays et avec les stratégies africaines. Nous sommes impliqués dans le projet Bricks, financé par la Banque mondiale, et qui vient en appui de la «grande muraille verte» dans 12 pays, nous sommes partenaires de la Commission du bassin du lac Tchad pour les questions liées aux eaux souterraines, nous sommes également partenaires de l’Autorité du bassin du Niger sur des projets de gestion intégrée de l’eau dans la région traversée par le fleuve Niger.

Notre rôle consiste aussi à promouvoir l’utilisation des énergies renouvelables (notamment pour un accès facilité à l’eau), et nous le faisons toutes les fois que nous le pouvons. J’ajouterai une chose : en trois ans, nous avons été rejoints par le Nigeria, le Cameroun et le Bénin, qui viennent tous les trois d’adhérer à l’OSS. C’est pour nous un immense sujet de satisfaction et la preuve que nous pouvons être utiles.

– Y a-t-il des projets concrets d’adaptation au changement climatique ?

L’OSS est aujourd’hui accrédité comme entité régionale d’implémentation par le Fonds d’adaptation (depuis 2013) et par le Fonds vert climat (depuis octobre 2017), qui sont les deux principaux fonds dédiés au changement climatique. Cela veut dire que nous aidons les pays membres à monter des projets acceptables par ces deux fonds et que nous en suivons ensuite la mise en œuvre.

Aujourd’hui, nous avons un important projet de gestion des terres et de l’eau en Ouganda, un autre démarre en Afrique de l’Est (Djibouti, Kenya, Ouganda et Soudan), et nous sommes en charge de deux projets de préparation à l’accès à la finance climat en Tunisie et en Libye. Et pour répondre à la question, ce sont en effet des projets concrets qui ont démarré. Plusieurs autres sont en cours de préparation.

– Avez-vous des projets en Algérie ? Si oui, de quoi s’agit-il et comment évoluent-ils ?

L’OSS a beaucoup travaillé sur le système aquifère du Sahara septentrional partagé par l’Algérie, la Libye et la Tunisie, en plusieurs phases très pertinentes (qui se sont achevées en 2015) et qui ont donné beaucoup de résultats, dont un mécanisme de concertation exemplaire depuis 2008, que nous sommes en train de dupliquer en Afrique de l’Ouest sur le système aquifère d’Iullemeden -Taoudeni-Tanezrouft. Nous avons préparé une phase supplémentaire d’expérimentation à grande échelle de techniques économes en eau (Vales), dans la même région, pour lequel nous cherchons encore des financements.

Par ailleurs, nous menons depuis 2014 un projet sur la gestion de l’eau au Maghreb (le projet CREM), financé par la coopération allemande, qui implique l’Algérie, le Maroc et la Tunisie avec deux volets, l’un institutionnel (avec la GIZ) et l’autre tourné vers la gestion des eaux souterraines (avec le BGR, dans la région de Remila). Les résultats sont intéressants et je suis particulièrement satisfait à la fois des diagnostics qui ont été faits, mais aussi des formations qui ont été données à de jeunes ingénieurs de l’ANRH, de l’ABHCSM ainsi que des DSA et des DRE des wilayas concernées, sur les outils de télédétection.


Qu’est-ce que l’OSS ?

El Watan, 14 août 2018

L’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) est une organisation internationale à vocation africaine, créée en 1992, coïncidant avec la tenue du Sommet de la Terre en 1992, qui a vu la naissance des trois Accords multilatéraux sur l’environnement concernant la désertification, la biodiversité et le changement climatique.
Son action se situe dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches de la région sahélo-saharienne.

L’OSS compte parmi ses membres 25 pays africains, 7 pays non africains, 13 organisations représentatives de l’Afrique de l’Ouest et 3 organisations non gouvernementales. A ces entités s’ajoutent l’Unesco, le Secrétariat exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), la FAO et Unitar. Depuis 2000, le siège de l’OSS est basé à Tunis.

Très actif, l’OSS a pour mission d’appuyer ses pays membres africains dans la gestion durable de leurs ressources naturelles dans un contexte de changement climatique particulièrement défavorable. Pour cela, il s’investit dans :

• la mise en œuvre des Accords multilatéraux sur la désertification, la biodiversité et le changement climatique;
• la promotion des initiatives régionales et internationales liées aux défis environnementaux de l’Afrique;
• la définition de concepts et l’harmonisation d’approches et méthodologies en rapport avec la gestion durable des terres et des ressources en eau et le changement climatique.

Cette mission s’appuie nécessairement sur la transmission des connaissances, le renforcement des capacités et la sensibilisation de toutes les parties prenantes. Ses activités et ses projets sont financés respectivement par les contributions volontaires des pays membres, et par les subventions et les dons provenant des partenaires au développement.

L’Observatoire développe des concepts et des méthodologies pour le suivi environnemental, la gestion des ressources naturelles et l’adaptation au changement climatique autour des programmes «Terre», «Eau» et «Climat» pour favoriser une gestion durable des ressources naturelles en Afrique.

Grâce à leur appropriation par les pays et à leurs équipes multidisciplinaires, les projets de l’OSS peuvent contribuer à apporter des solutions régionales et internationales aux défis environnementaux. Ces projets sont financés par des contributions volontaires, des subventions et des dons de pays membres, d’organisations et de partenaires.
L’OSS a été accréditée, en juillet 2013, en tant qu’Institution de mise en œuvre régionale pour le Fonds pour l’adaptation. Il a été également accrédité en octobre 2017 par le Fonds vert pour le climat (GCF), en tant qu’agence régionale de mise en œuvre. Source : site web