Où va le dinar ?

A. Maktour, Le Soir d’Algérie, 12 août 2018

Depuis la chute des prix du pétrole, entamée il y a quatre ans, il est un critère d’évaluation de la santé économique du pays qui n’en finit pas d’inquiéter, économistes avertis de tous bords autant que le commun des citoyens : la santé du dinar.
Il y a quelques semaines, dans l’un de ses rapports, le FMI mettait en garde les autorités algériennes contre les «sérieux risques» qu’induiraient les choix que ces dernières ont pris pour remettre de l’ordre dans une économie nationale en mal de performance.
Parmi ces risques dits majeurs qu’encourt l’économie, la dépréciation de la monnaie nationale. Chute incontrôlée ? Dévaluation volontaire ? Dégringolade ? Tout est évoqué depuis quelque temps déjà dans l’appréciation de la valeur du dinar. Il faut savoir que la répercussion directe, une des toutes premières en tous les cas, d’une dépréciation de la monnaie nationale accentue le déséquilibre de la balance commerciale du pays.
Les prix des produits importés s’envolent lorsqu’ils sont convertis en monnaie locale, et en parallèle, les exportations génèrent des recettes bien loin de ce qu’ont coûté les importations. De là, de façon schématique, naît une hausse des prix des biens et services.
Depuis le début de cette année, le dinar a poursuivi une chute qui, selon le ministre des Finances, a atteint durant les quatre premiers mois 16,3% de sa valeur par rapport à la monnaie européenne comparé à la même période en 2017. Une baisse de la valeur du dinar qui, selon les autorités du pays, était beaucoup moindre que celle face au dollar américain, 3,67%.
Des chiffres, peut-être pas aussi alarmants à l’époque, mais illustraient les difficultés rencontrées pour la stabilisation du dinar. Est-il besoin de rappeler que cette chute a pris de l’allure depuis l’affaissement des cours des hydrocarbures qui ont eu un impact direct sur les réserves de change, passées tout récemment à moins de 100 milliards de dollars.
Comme le relève le journal online tsa-algérie.com, il fallait 79,82 dinars pour 1 dollar, et 106,9 dinars pour un euro il y a quatre ans, selon les cotations de la Banque d’Algérie. Il y a quelques jours, cette parité était de 118,14 dinars algériens pour un dollar alors que l’euro s’échangeait contre 137,07 dinars algériens. Ainsi, en quatre ans, le dinar algérien a perdu près de 48% de sa valeur.
Une chute qui s’explique, en grande partie, par l’amenuisement effréné des recettes du pays induit par l’effondrement des cours du pétrole, et ce, au même moment où l’importation à tout-va se poursuivait. Une situation d’urgence à laquelle les pouvoirs publics n’ont pas trouvé d’autre alternative que de puiser à partir des réserves de change jusqu’à ce que celles-ci passent, donc, de près de 200 milliards de dollars il y a un peu plus de quatre ans à moins de 95 milliards de dollars à la fin du premier trimestre de cette année.
Avec le déséquilibre de la balance commerciale du pays auquel ce n’est sans doute pas demain que la solution sera trouvée, eu égard à la dépendance aux hydrocarbures de l’économie nationale, et d’une, et du recours au financement non conventionnel, de deux.
Azedine Maktour