Le pouvoir s’attaque aux moins connus d’entre nous

Tahar Belabas. Ancien leader du mouvement des chômeurs

El Watan, 10 août 2018

«C’est dans les régions reculées du Sud et les moins couvertes par les médias que le pouvoir s’attaque aux activistes qui s’expriment sur les réseaux sociaux. Pour tout vous dire, nous sommes dépassés.

Nous ne pouvons plus compter nos militants poursuivis ou harcelés par la justice et nous sommes dans l’incapacité de nous solidariser avec eux car ils sont des dizaines, si ce n’est des centaines, à souffrir de ce nouveau mode de répression. L’autre problème est que le pouvoir s’abat sur les moins connus d’entre nous.

Personnellement, plus de 7000 personnes me suivent sur facebook et je peux vous assurer qu’elles ont même peur de mettre un «j’aime » ou de commenter mes publications. Beaucoup d’entre elles ont été inquiétées par la justice, les Renseignements généraux ou la police à ce sujet.

Deux de nos militants ont été licenciés récemment de leur travail à Hassi Messaoud parce qu’ils ont dénoncé sur les réseaux sociaux des anomalies dans leur entreprise et la corruption de leurs responsables.

D’ailleurs, ils ne sont pas seuls ; plusieurs autres subissent les mêmes pressions dans leur travail. C’est une politique de répression sans égale que nous subissons depuis plus de cinq ans. Et comme résultat de cette dernière, peu de gens osent aujourd’hui dénoncer la corruption dans nos régions, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.

Les activistes font même de l’autocensure et beaucoup préfèrent aujourd’hui se retenir et ne plus s’exprimer sur des sujets qui fâchent pour éviter tout ennui.