Me Saïd Younsi : “Abdelghani Hamel doit parler”

L’avocat de Kamel Chikhi se confie à “Liberté”

Liberté, 4 août 2018

“La justice est en droit de l’entendre sur ce qu’il sait. D’autant qu’au moment de l’éclatement de cette affaire, il venait de rentrer d’une mission officielle en Espagne”, affirme l’avocat de la défense.

Le magistrat instructeur n’a toujours pas statué sur la demande d’audition de l’ex-DGSN, le général-major Abdelghani Hamel, déposée le 15 juillet dernier par Saïd Younsi, avocat de Kamel Chikhi, à la 9e chambre du tribunal spécialisé d’Alger. La défense du principal accusé dans l’affaire de saisie des 701 kg de cocaïne le 29 mai dernier au port d’Oran s’impatiente. “Même si le juge n’est pas tenu par un délai précis, l’audition de Hamel doit avoir lieu le plus vite possible pour faire avancer l’enquête judiciaire. Ses déclarations sont très importantes et peuvent aider à élucider un certain nombre de zones d’ombre qui entourent l’affaire. L’ex-directeur général de la Sûreté nationale n’a certainement pas tout dit. Ses propos méritent d’être explicités. Il doit parler”, insiste Me Saïd Younsi.
L’avocat de Kamel Chikhi rappelle que le général-major Hamel avait avoué publiquement qu’il détenait des informations sur ce dossier et qu’il allait les remettre à la justice. “Il est temps qu’il le fasse. La justice est en droit de l’entendre sur ce qu’il sait. D’autant qu’au moment de l’éclatement de cette affaire, il venait de rentrer d’une mission officielle en Espagne.” Dans son bureau, non loin de la cour d’Alger où il nous a reçus,
Me Saïd Younsi déroule le film des déclarations de l’ancien directeur général de la Police nationale. “Hamel a dit aussi qu’il y a eu des dépassements graves lors de l’enquête préliminaire menée par les gendarmes. Il détient des preuves que nous sommes en droit de connaître et qu’il est tenu de remettre à la justice.” Le limogeage du DGSN le 26 juin dernier, quelques heures après ses déclarations sur cette affaire, renforce la conviction de la défense que certaines parties ont des choses à cacher.
“L’interception du cargo au large avait sûrement pour objectif de ne pas remonter jusqu’aux complices qui devaient réceptionner la drogue au port d’Oran”, pense Me Saïd Younsi, qui précise que, selon le droit maritime, la cargaison de viande n’était pas sous la responsabilité de Kamel Chikhi puisqu’il n’y a pas eu d’échange de documents de réception entre lui et les représentants du fournisseur et l’armateur au port sec d’Oran. L’avocat nous expose ses vérités : “La transaction avec l’entreprise brésilienne Minerva Foods avec laquelle Chikhi avait un contrat d’exclusivité depuis 2007 d’importation de viande vers l’Algérie a été conclue par l’intermédiaire de Trust Bank de Kouba. Le ‘Boucher’ disposait, à ce niveau, d’une ligne de crédit ouverte de l’ordre de 160 milliards de centimes au profit de ses sociétés Dounia Meat et Amazone Meat.” Toujours selon la même source, le cargo avait pris le large depuis le port de Santos après vérification de la marchandise par les autorités portuaires et de douanes brésiliennes en présence du représentant de la société Minerva Foods, de celui de l’entreprise suisse de transport MSC et du capitaine du bateau “Amalfi”. La cargaison avait donc un titre de connaissement maritime remis au transporteur et à l’expéditeur.
Sur ce document sont consignés la nature et le poids de la marchandise embarquée. Cette pièce est signée par le capitaine après réception de la marchandise avec l’engagement de la remettre dans l’état où il l’a reçue, au destinataire, sauf périls de mer. Le cargo a fait escale aux ports de Las Palmas et de Rio de Janeiro avant d’accoster et de décharger les conteneurs à Valence. “Les ports de Las Palmas et de Rio ne sont pas des escales obligatoires, hormis pour des considérations techniques ou pour déposer au passage une marchandise. La commission rogatoire nous édifiera sur ce point”, fait remarquer Me Saïd Younsi.

Nissa hammadi