Le spectre de l’hyperinflation

Maktour, Le Soir d’Algérie, 2 août 2018

Il y a quelques jours, nous rapportions que le taux d’inflation moyen entre juillet 2017 et juin 2018 est de 4,6%, allant ainsi à l’encontre pratiquement de toutes les prévisions, celles du gouvernement comprises et qui situent ce même taux à 5,5% dans la loi de finances de cette année.
L’évaluation qui préoccupe en temps réel les ménages, c’est-à-dire la variation mensuelle des prix à la consommation, entre les mois de juin et mai 2018, a augmenté de 1,1% dans la capitale alors que pour le reste du pays, cette variation était de 1,2%, selon les calculs de l’Office national des statistiques (ONS). En termes de variation mensuelle et par catégorie de produits, les prix des biens alimentaires ont inscrit une hausse de 2% en juin dernier par rapport à mai 2018. Comparées aux statistiques de l’année dernière à la même période, il ressortait à l’époque que l’indice brut des prix à la consommation était en hausse qualifiée de modérée comparé au mois de mai qui le précédait (0,3%). En fait, la statistique de cette année 2018 est plutôt comparable à celle de la même époque, mai-juin, de l’année 2016, lorsqu’il a été relevé une hausse de 1,4%. On rappellera que l’année dernière entre mai et juin, lorsque l’indice des prix à la consommation enregistrait sa hausse de 0,3%, cela était dû surtout à l’augmentation des prix de produits tels la viande blanche (+9,1%) et les légumes (+2,5%) alors qu’il était dans le même temps relevé que les légumes avaient connu une baisse de 13,0% par rapport à la même période de l’année 2016. Quant aux statistiques rendues publiques la semaine dernière, l’ONS nous apprenait que les prix des biens alimentaires avaient affiché durant la période considérée une variation de près de +2,0% pour expliquer la hausse de l’indice des prix à la consommation. Cette hausse des prix a surtout touché les produits agricoles frais (3,2%), dont les plus significatives de ces hausses concernent les légumes (6,6%), avec comme exemple très parlant la pomme de terre (22,6%), alors que la viande blanche n’était pas loin des 10% d’augmentation du prix. Des variations positives mais modérées sont également observées, nous apprenait l’ONS dans son rapport pour citer les viandes rouges (+0,5%) et les fruits (+0,2%). Au rayon des produits ayant enregistré une baisse, on note les œufs et les poissons avec des taux respectifs de -14,4% et -15,1% par rapport au mois de mai et de -11,8% et -11,6% par rapport au même mois de l’année précédente.
Les prix des produits alimentaires industriels enregistrent une augmentation de 0,8% en juin 2018 par rapport au mois précédent. Par rapport à juin 2017, au même mois en 2018, l’évolution des prix des biens alimentaires est de +8,5%, avec +13,6% pour les produits agricoles frais et +3,5% pour les produits alimentaires industriels, alors que durant la même période, c’est-à-dire en juin 2018 et par rapport au même mois de l’année précédente, l’évolution des prix des produits manufacturés est de +4,7%, celle des services, de +4,9%.
Des augmentations que certains économistes jugent «normales» mais, d’un autre côté, ne cachent pas leurs craintes de l’impact que produiraient, d’un côté, les mesures restrictives à l’import avec l’entrée en vigueur du Droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS), toutes indiquées pour déséquilibrer l’offre par rapport à la demande, aboutissant à une logique d’augmentation des prix, et d’autre part, aux méfaits de la planche à billets contre lesquels le FMI a (encore tout récemment) averti en mettant le doigt sur la stratégie du gouvernement qui conduirait à «attiser les tensions inflationnistes. Faute de stérilisation adéquate, l’augmentation de la liquidité relèverait la richesse nominale, perçue ou réelle, et stimulerait la demande, ce qui se traduirait par une hausse des prix à court terme en raison de l’insuffisance de l’offre intérieure et des possibilités d’épargne. Dans le même temps, le durcissement des barrières à l’importation risquerait d’alimenter les pressions inflationnistes en réduisant l’offre — voire en débouchant sur des pénuries pour certains produits. Les attentes en matière de salaire et de prix pourraient s’ajuster rapidement et se renforcer mutuellement. Les autorités pourraient alors se trouver obligées de recourir au financement monétaire au cours des années suivantes, ce qui risquerait d’entraîner l’économie dans une spirale inflationniste». Alors gare aux premiers signes de cette menaçante hyperinflation, malgré les assurances du gouvernement.
Azedine Maktour