Abderrezak Makri répond à Gaïd Salah: “Personne ne nous fait peur !”

Liberté, 28 juillet 2018

Le parti insiste sur l’implication de l’ANP mais ne veut ni implication dans le processus politique ni que l’armée dialogue avec les partis.

Lors de deux activités tenues successivement, avant-hier et hier à Alger, la première consacrée à la célébration du 15e anniversaire du décès du père fondateur du MSP, la seconde relative à la première session ordinaire, depuis le 7e congrès, du madjliss echourra du MSP, Abderrezak Makri a tenu à répondre, dans des termes aussi clairs que crus, au SG du FLN, Djamel Ould Abbes, qui avait émis des réserves sur son initiative du “consensus national”, mais aussi au chef d’état-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense, le général Ahmed Gaïd Salah, dont le rappel à l’ordre, diffusé la veille via la télévision officielle (ENTV) était clairement adressé à M. Makri. Cette mise au point ne semble guère inquiéter le chef du MSP. Bien au contraire, il persiste et signe : “Oui ! Je confirme et réitère ma déclaration concernant l’appel à l’institution militaire pour se porter garante du consensus national. Car, je suis convaincu que sans des garanties de l’armée, l’initiative du consensus national ne connaîtra pas de succès. Je dis ceci en me basant sur la réalité du terrain et les expériences de différents pays à travers le monde. Nous ne demandons pas à l’armée de s’impliquer dans les affaires politiques, ni comment les militaires doivent procéder pour garantir la réussite de l’initiative. Aussi, nous n’appelons pas les militaires à dialoguer avec les politiques”, a-t-il expliqué, non sans rappeler que l’armée a toujours été “au cœur des affaires politiques” depuis l’indépendance. “Nous savons que l’armée a été, depuis l’indépendance, toujours au cœur des affaires politiques du pays. Tout le monde sait que les militaires ont pris le pouvoir dès 1962 à la faveur d’un coup d’État contre le pouvoir civil. Après la mort de Boumediene, c’est aussi l’armée qui a désigné le président (Chadli Bendjedid, ndlr). Nous savons aussi le rôle qu’a joué l’armée successivement en 1991 (rupture du processus électoral des législatives et dissolution du FIS, ndlr), puis en 1995 (désignation du président Liamine Zeroual, ndlr). Nous connaissons aussi le rôle qu’a joué l’armée en 1999 (année de l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, ndlr)”, a-t-il rappelé. “Notre initiative de consensus est claire. Nous avons déjà fait la concession de ne plus parler de transition. Mais personne ne nous fait peur”, a-t-il dit, déterminé “à ne jamais faire machine arrière”. M. Makri ne va pas sans souligner, convaincu, que “tout ce qui se passe, se dit et se fait sur la scène nationale en ces moments est étroitement lié à l’élection présidentielle de 2019”. 

“C’est l’armée qui a fait tous les Présidents de l’Algérie”

Cela, avant de se demander si l’armée compte désormais changer de cap pour ne plus s’immiscer dans la vie politique. Ce qui, dit-il, ne pourrait que l’enchanter. “Si l’institution militaire décrétait, aujourd’hui, et de manière effective que l’époque de la désignation des Présidents était révolue, cela ne pourrait me rendre qu’heureux et content”, a-t-il martelé. Néanmoins, regrette-t-il, les récentes prises de position de l’institution militaire dont le message de félicitations adressé par Gaïd Salah au dernier congrès du FLN indique tout le contraire. “On aurait souhaité que le même message dont était destinataire l’ex-SG du FLN (Amar Saâdani, ndlr) soit également adressé au reste des chefs de parti. Personnellement, je serais honoré de recevoir un tel message de l’institution militaire. Mais notre souhait est que ce genre de geste cesse tout court”, a-t-il déploré.
Et de préciser encore, jeudi, les objectifs de son initiative : “Ceux qui croient que le MSP chercherait, à travers l’initiative du consensus, juste à revenir dans le giron du pouvoir, se trompent lourdement. Nous ne reviendrons au pouvoir que si un consensus national est trouvé. Le cas échéant, nous ne sommes guère pressés. Nous sommes encore jeunes et nous avons, donc, tout le temps d’attendre”, a-t-il prévenu devant le regard peu enthousiaste de M. Ould Abbes, qui quittera la salle aussitôt le discours du chef du MSP terminé.

Farid Abdeladim